La résurrection des «Antébush»
Alors que sa voix résonne sous les hautes voûtes du bâtiment, la foule applaudit. Dans les rangées, on entend chuchoter des «oui c’est vrai» quand Jim Wallis affirme «que John Kerry n’a pas inspiré les gens». Narrant l’histoire d’un jeune homosexuel de Boston qui la remercié pour l’avoir aidé dans son coming out, le révérend martèle : «Aujourd’hui, il est plus facile de faire son coming out à Boston que de s’assumer comme religieux au sein du parti démocrate». A des milliers de kilomètres de San Francisco, Howard Dean, s’efforce de faire en sorte que cela change. En tournée dans les Etats conservateurs du Sud, le nouveau patron de l’opposition a beaucoup parlé de religion mardi à Biloxi (Mississipi) : «Jesus a dit qu’il était plus facile pour un chameau de passer à travers une tête d’épingle que pour un riche d’accéder au paradis, a-t-il déclaré. Je n’ai pas vu ça dans le programme républicain.» Et Dean d’ajouter : «Je veux tendre la main aux démocrates anti-avortement car ils s’intéressent au bien-être des enfants après leur naissance et pas seulement avant. Nous allons nous adresser aux démocrates évangéliques». Les efforts de Wallis et de Dean pour tenter d’inverser la tendance dans une Amérique où la religion est aujourd’hui largement assimilée au conservatisme, s’annoncent longs et difficiles. Mais ils sont indispensables pour un parti démocrate qui tente de reprendre du terrain à l’heure où George Bush en perd un avec son impopulaire projet de privatisation des retraites. Le 2 novembre 2004, M. Bush avait remporté 78% des votes du bloc chrétien évangéliste blanc qui représente un quart de l’électorat. A 21 mois du prochain scrutin parlementaire, le besoin des électeurs religieux d’être inclus dans le programme démocrate est là. A San Francsco la progressiste, beaucoup l’ont exprimé. C’est le cas de Charlene Stockwell, une chrétienne d’une cinquantaine d’années venue écouter le révérend Wallis : «L’utilisation par les républicains de la religion pour faire réélire George Bush, est une atrocité. Ils ont réussi à faire passer les démocrates pour des immoraux et des athées. Je suis ici ce soir pour participer au mouvement que M. Wallis est en train de mettre en place afin de promouvoir une autre religion que celle de Karl Rove (n.d.l.r. : le stratège politique de Bush) ». «Les démocrates ont 35 ans de retard»George Lakoff, professeur de linguistique à l’Université de Berkeley, aide l’opposition à recréer son message politique. On l’aurait pas imaginé là, dans un petit bureau sombre au rez-de-chaussée d’un bâtiment de l’Université de Berkeley. Depuis la défaite de John Kerry en fin d’année dernière, George Lakoff, professeur de linguistique, est sous les feux de la rampe. Il est considéré comme l’une des figures centrales de ce qui doit être le renouveau démocrate aux Etats-Unis. «Depuis le 2 novembre 2004, ma vie est devenue complètement folle», explique l’auteur de «Moral Politics» (la politique de la morale), un ouvrage qui décortique les modes de pensée progressiste et conservatrice.» Le professeur a une mission : aider les démocrates à reformuler leur message politique face à ce qu’il appelle la «machine républicaine». «Les républicains ont modelé à leur guise les questions de société comme les unions homosexuelles ou l’avortement avec des phrases comme «défense du mariage» ou «culture de la vie», explique-t-il. Ils opèrent toujours de la même manière : ils testent le message puis le diffusent dans les médias qui le relaient à grande échelle. A force de répétition, leurs idées changent l’esprit humain. Et leur vision de la morale finit par être considérée comme du bon sens». George Lakoff qui a déjà donné des cours de linguistique aux parlementaires démocrates, est constamment sollicité. Le professeur est aussi en train de mettre sur pied une petite entreprise qui doit travailler en étroite collaboration avec Howard Dean, nouveau patron démocrate, pour élaborer le message et apprendre aux progressistes à répéter sans cesse la même chose pour faire entrer leurs idées dans le subconscient des Américains : «Les démocrates ont 35 ans et trois milliards de dollars de retard, conclut Lakoff en faisant référence au montant dépensé par les conservateurs en plus de trois décennies pour définir le discours politique. Aujourd’hui, 80% des experts interrogés sur les chaînes de télévision américaines sont conservateurs. » Une version similaire de cet article est parue en février 2005 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève. CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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