Port-au-Prince, Haïti. Il y a ces regards durs. Ces regards soulignés par des chaînes en argent, des lunettes de soleil, des chemises propres bien repassées ou des tatouages. A Bel Air, bidonville au centre de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, ces regards contrôlent le quartier. Et il y a ces coups d’œil furtifs jetés de derrière des portes entrouvertes, des fenêtres, qui se baissent quand ils croisent les durs. C’est la loi tacite dans ce fief d’Aristide contrôlé par les «chimères», supporters armés de l’ancien président.

Port-au-Prince. L’adolescent attend que sa jambe inerte lui fasse un signe. Son regard cherche dans le vide le signe d’une improbable visite. Sonson Castin a 16 ans et des cicatrices sur tout le corps, traces indélébiles de la guérilla urbaine qui déchire depuis de long mois son pays, Haïti. L’histoire qu’il raconte doucement le 4 février est celle d’une longue chute qui l’a amené jusque dans cette chaise roulante du centre de réhabilitation de Médecins sans frontières (MSF) à Port-au-Prince.