Deux anges de Hollywood au chevet des enfants de Katrina
Nouvelle-Orléans. Le ventilateur géant tente de dissipper l’odeur de moisissure du hangar. Un combat à armes inégales contre l’humidité étouffante de cet après-midi de début-mai à la Nouvelle-Orléans. Sur la structure du bâtiment privé de ses murs intérieurs par le passage du cyclone Katrina, il y huit mois, un grand panneau a été fixé. On peut y lire une inscription en couleur : « Je dois avoir un impact positif sur ma vie, sur ma famille, sur ma ville, sur mon pays et sur le monde». Les yeux embués, Jennifer Garner et Reese Witherspoon, écoutent une trentaine de garçons et de filles – tous Afro-américains - chanter en refrain : «Quelque chose en moi de si fort. Je sais que je peux y arriver». Les stars hollywoodiennes sont présentes en ce 8 mai 2006 à la Nouvelle-Orléans pour tenter d’attirer l’attention de leurs concitoyens sur le traumatisme vécu par les enfants de Katrina. Jennifer Garner a pris son petit appareil de photo numérique pour immortaliser les scènes de misère et les sourires de gamin. Dans cette opération de relations publiques organisée sous le bon œil du photographe du magazine People qui a suivi chaque pas de Garner et Witherspoon à la Nouvelle-Orléans, les rôles ont été inversés : «Est-ce que je peux prendre une photo avec toi?» demande Jennifer Garner à une petite fille qui fait partie de la première «Freedom School». Cette école ouverte par l’association de Garner et Witherspoon, doit permettre aux enfants des classes défavorisées, en mal de repères depuis le passage de Katrina, de recevoir un soutien psychologique. «Nous devons procéder pas à pas, explique Jennifer Garner. Notre but est que personne n’oublie les enfants de Katrina. L’environnement dans lequel les plus jeunes peuvent s’épanouir a volé en éclats et rien n’a été fait pour les aider à s’en remettre. Nous allons au devant d’une crise importante si nous ne donnons pas à ces enfants une raison d’espérer”. L’actrice avoue sa surprise face à l’état de La Nouvelle-Orléans: «C’était la première fois que je revenais ici depuis le passage de Katrina. Je ne m’attendais pas à voir des montagnes d’ordures dans la rue. Je dois avouer que j’étais comme la plupart des Américains. Je pensais que les problèmes étaient réglés ou sur le point de l’être. Je pensais que les familles avaient pu être réunies et que la ville était en train d’être reconstruite.Mais ce n’est pas le cas. Si ça s’était produit à Beverly Hills, les rues auraient déjà été nettoyées et on aurait planté des fleurs ». Blonde menue, discrète dans ses jeans et baskets, l’abordable Reese Witherspoon a prié avec Jennifer Garner un moment pour les enfants: «Ce retour à La Nouvelle-Orléans, ville où je suis née, a été émotionnellement très fort, dit-elle. Je ne m’attendais pas à ces scènes de destruction. Nous allons nous battre à Washington pour que ces familles ne soient pas oubliées. » Peu convaincu de l’impact à long terme de ces visites de célébrités, le professeur Joy Osofsky, responsable des services de psychologique aux enfants dans l’un des hôpitaux universitaires de la Nouvelle-Orléans, reconnaît l’étendue du problème: «De nombreux enfants sont traumatisés. Mais j’espère que l’histoire se terminera bien pour eux», explique-t-elle. Selon certaines études, 10% des quelque 1,2 million de jeunes de moins de dix-huit ans qui vivaient dans les zones frappées par Katrina risquent de développer des troubles du comportement. Le tour organisé pour les deux stars les a menées en fin de journée dans un campement d’une centaine de mobile homes blancs fournis par le gouvernement américain. Situé au coeur du Lower Ninth Ward, un quartier pauvre et devasté, ce site silencieux, encerclé par un haut grillage, a des allures de prison. A l’arrivée de Reese Witherspoon et Jennifer Garner, une habitante sort de sa caravane. «C’est qui?» demande-t-elle à l’une de ses voisines. «Une actrice, Drew quelque chose», lui répond l’autre. «Oh, soupire l’habitante d’un air las. Ils auraient au moins pu prévoir du poulet grillé pour faire un barbecue. » Jean-Cosme Delaloye / La Nouvelle-Orléans Tim McKulka (photos) Une version plus courte de ce reportage a été publiée le 13 mai 2006 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève. Le long cauchemar d’ErickaRetrouvailles avec Ericka Johnson, 8 ans, et sa mère Patrice rencontrée en septembre 2005 dans un motel de Houston. De retour à la Nouvelle-Orléans depuis novembre 2005, mère et fille peinent à retrouver leurs marques. Ericka Johnson ne tient pas en place. «Venez voir ce que Katrina a fait à ma maison», dit-elle en pénétrant dans ce qui était, avant août 2005, le jardin de sa grand-mère. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un terrain vague dans lequel gisent deux carcasses de voitures. «L’une était à moi et l’autre à ma soeur,», dit Patrice, sa mère. En attendant que leur maison soit réparée, mère et fille vivent aussi dans l’un des mobile homes blancs mis à disposition par le gouvernement américain. Une petite boîte d’allumette blanche de 7 mètres sur 2 qu’elles partagent avec la mère de Patrice et les cousines d’Ericka : «C’est impossible d’avoir un petit peu d’intimité, glisse Patrice. Mais nous n’avions pas d’autre choix». Ericka va avoir neuf ans à la fin de l’année. Avec son regard malicieux, elle a déjà des allures de petite dame mais son écriture maldaroite raconte l’histoire d’une petite fille troublée : «Ce n’était pas comme ça avant Katrina, explique Patrice. Depuis que nous sommes rentrées à la Nouvelle-Orléans en novembre, Ericka a toutes les peines du monde à se concentrer en classe». Patrice, 33 ans, qui a tout perdu dans les inondations, n’a pas d’assurance maladie et donc pas les moyens de solliciter une aide médicale pour sa fille. Elle-même diplômée de psychologie, la jeune femme va reprendre des études à Dallas. «J’espère que le changement d’air va aider Ericka, soupire Patrice. Avant, c’est elle qui voulait rentrer à la maison. Aujourd’hui, elle demande à partir». Ericka a sorti son journal intime. Il y est question du chien qu’elle a dû abandonner à cause de Katrina et de Rufus, ce hamster qu’elle rêve d’avoir. Elle a d’ailleurs conscaré une page de son journal à ce qu’il faut faire pour voyager avec un hamster. J-C De Nouvelle-orléans, ville fantômeLa bouteille de champagne tient encore debout sur la table de la cuisine. Les murs de la maison ont été emportés par les inondations, mais elle, poussiéreuse et fermée, est toujours là. Comme si elle attendait un impossible retour des propriétaires. A une trentaine de mètres de là, des ouvriers s’affairent pour élever les murs de l’un des canaux qui n’ont pas résisté à l’irrésistible montée des eaux provoquée par le cyclone Katrina à fin août 2005. Le temps est compté, la prochaine saison des ouragans commence dans moins d’un mois. Le quartier de Lakeview, ancien paradis des classes moyennes à l’Ouest de la Nouvelle-Orléans où se trouve la maison à la bouteille de champagne, est aujourd’hui quasiment rayé de la carte et désert. Scènes similaires dans l’Est de la ville totalement dévasté. Des quartiers pauvres comme le Lower Ninth Ward sont, là aussi, complètement livrés à eux même. La nuit, des pans entiers de la Nouvelle-Orléans ressemblent à une ville fantôme et sont livrés aux gangs. La criminalité est en train de remonter en flèche. Alors que la ville n’avait connu que 17 homicides entre janvier et mars de cette année – contre une moyenne de 22 meurtres par mois avant Katrina -, les autorités en ont recensé 13 en avril. Les structures de la Nouvelle-Orléans ont volé en éclats avec l’ouragan. Dans l’Est de la ville, les écoles sont encore fermées, les magasins d’alimentation et les médecins se font rares Sur les 455 000 habitants que comptait la capitale du jazz avant le passage du cyclone, à peine 210 000 sont rentrés. Et avant Katrina, quelque 14 000 familles habitaient dans des logements subventionnés. Aujourd’hui elles ne sont plus que 900. CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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