Dans l’enfer d’une banlieue de Dallas
Dallas. «C’est généralement là que les gens vomissent». Bettany sirote son soda. «Mais cette année, il y aura moins de sang». Dans sa voix , une pointe de déception. En temps normal, Bettany est une élève du gymnase privé de l’église Trinity (Trinité). Mais ce soir d’octobre, l’adolescente supervise la violente scène de l’avortement de la Maison de l’Enfer (photo Jarin Blaschke). Chaque année en période d’Halloween, Trinity Church, une grande congrégation évangélique située dans une banlieue blanche et propre de Dallas, propose aux adolescents un voyage en enfer pour leur inculquer l’amour de Dieu. Pour 10 dollars l’entrée, les jeunes traversent une maison “hantée” dans laquelle ils sont confrontés aux horreurs de la vie jouées par des adolescents de leur âge et des paroissiens adultes. Au programme: suicide, avortement, homosexualité, alcool, drogue, inceste et meurtre. «Pendant 45 minutes, nous leur mettons des réalités de la vie plein a vue ». Carlos Ortiz a 30 ans. L’affable pasteur dirige la Maison de l’Enfer depuis trois ans : «Dans la vie, il y a deux certitudes : les impôts et la mort. Les choix que vous faites au cours de votre existence vont déterminer votre vie après la mort. C’est ce que nous voulons montrer aux jeunes». Choix. Carlos aime ce mot. Il parle de sa jeunesse torturée par l’alcool et les molestations dont il dit avoir été victime. Il parle de sa redécouverte du Christ à l’âge de 18 ans, de sa décision de tirer un trait sur les vices de la vie. Aujourd’hui guidé par sa propre «résurrection», Carlos a des ambitions pour sa Maison de l’Enfer. Il a développé une image marketing et a investi 10 000 dollars dans une campagne de publicité. Le retour sur investissement est conséquent : la Maison accueille compte jusqu’à 1200 visiteurs par soir pendant un mois. L’avortement mis en scène par Carlos et supervisé par Bettany ressemble à ça : un «ado-médecin» retire un à un des bouts de viande sanguinolants de l’entre-jambe d’une jeune fille qui hurle : « Rendez-moi mon bébé ! ». Carlos a agrémenté la représentation de vidéos d’avortment des plus graphiques sur un fond sonore de heavy metal. Le pasteur se défend de faire du catéchisme de l’effroi : « Nous ne voulons pas que les gens aient peur de Dieu. Nous voulons qu’ils l’aiment. Mais dans l’amour, il y a toujours une part de peur». « Etes-vous prêt à sauver des âmes ce soir ?» John Kincaid, paroissien d’une quarantaine d’années à la chevelure blond platine, a le feu sacré. Kincaid a rassemblé quelques minutes avant l’ouverture de la Hell House un groupe de jeunes acteurs pour leur donner le sens de leur mission céleste. «Oui ! », lui répondent les jeunes sauveurs d’âme. Kincaid joue un père incestueux qui tue le petit-ami de sa fille. Dans la Maison de l’Enfer, on utilise des armes avec des balles à blanc. «C’est plus réaliste, explique Carlos. Chaque soir un policier vient s’assurer que nous manipulons bien les pistolets». Au bout de 45 minutes de supplice, les enfants sont «récupérés» par Larry, un pasteur afro-américain à l’élocution aussi raffinée qu’efficace. Larry donne à son jeune public le «choix » entre deux portes pour conclure la visite. Celle de droite qui les mène dans une salle où les attendent des paroissiens pour des prières personnalisées à la minute. Ou celle de gauche vers la sortie : «C’est votre choix, lance Larry. Vous pourriez vous faire renverser par une voiture ce soir et mourir. Le diable n’attend que vous preniez la porte de gauche» Comme tous les enfants de son groupe, Dustin Brown a choisi celle de droite et la prière. Ce petit bonhomme de 12 ans a difficilement encaissé la scène de l’avortement mais dit avoir «vraiment apprécié » la visite. «J’ai peur de mourir, explique-t-il en s’éloignant de la Maison d’un bon pas pour rejoindre ses copains. Si vous mourez et que Dieu n’est pas disposé à vous accueillir, vous êtes piégé dans un cercueil ». Russell, employé dans une fonderie et coordinateur pour les jeunes dans sa paroisse, a accompagné un groupe des d’adolescents depuis Hardmore, dans l’Etat de l’Oklahoma. A la sortie de la Maison de l’enfer, il a le regard extasié. «En enfer, ce sera le feu étermnel, lance-t-il aux enfants dont certains sont visiblement ébranlés par la visite. Vous comprenez? C’est éternel ! Jesus est le seul chemin ». Russell va repartir dans l’Oklahoma déterminé. «Nous allons aussi ouvrir une Maison de l’Enfer à Hardmore. On nous a déjà offert une ambulance, glisse-t-il. Nous allons pouvoir faire une scène du suicide super réaliste». Jean-Cosme Delaloye / Dallas Jarin Blaschke (photos) CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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