Kinky Friedman, le cowboy qui veut gouverner le Texas
Livingston (Texas). Il plante son regard brun dans l’objectif et prend la pose. Large sourire, cigare à la bouche, stetson légèrement incliné vers l’avant et les bras autour d’une mère et sa fille. En ce chaud samedi d’octobre à Livingston, petite ville texane au milieu de nulle part, Kinky Friedman, cowboy-auteur-compositeur qui fait campagne pour devenir gouverneur du Texas le 7 novembre prochain, répète l’exercice pendant plus de deux heures. Et comme à chaque fois, il restera jusqu’à ce que tout le monde ait pu lui serrer la main, avoir sa photo ou faire signer les t-shirts, posters et figurines interactives à son effigie. «Je signerai tout ce que vous voulez, avait-il lancé un peu plus tôt aux quelque 200 personnes venues le voir. Tout, sauf de mauvaises lois». Kinky Friedman sait que la boutade déclenchera des états de rires dans l’assemblée. A 61 ans, l’homme qui se décrit comme trop jeune pour la retraite mais trop vieux pour « emballer » la gent féminine, a une longue carrière d’artiste derrière lui. Dans les années 70, il était le chanteur de Kinky Friedman and the Texas Jewboys (Kinky Friedman et les garçons juifs texans), un groupe qui faisait dans la satire. Né de parents juifs à Chicago, Kinky Friedman a toujours mis sa confession en scène avec humour. Aujourd’hui, dans ce Texas, chrétien et conservateur, son slogan tient sur un autocollant vendu 1 dollar : «Mon gouverneur est un cowboy juif». Friedman ne s’appelle pas vraiment Kinky, un surnom à connotation sexuelle. Son véritable prénom est Richard mais il a fait de «Kinky Friedman » la marque déposée d’une candidature qui n’a rien d’un gag. Un élu républicain texan récemment cité dans la presse locale, parlait du phénomène Kinky comme un «bras d’honneur» au système politique actuel. L’homme se décrit comme le candidat du bon sens face à des «politiciens corrompus». Aux électeurs de Livingston, il lance fièrement : «Je suis le seul dans cette campagne à n’avoir aucune expérience politique». Il dit aussi n’avoir pas «toutes les réponses» et avoue qu’équilibrer les comptes n’est pas son fort. Mais ce cowboy de candidat, symbole de la rupture, recueille actuellement entre 18 et 23% d’intentions de vote et talonne le républicain Rick Perry, gouverneur républicain sortant. «Moins Kinky connaît la politique, plus je l’apprécie», dit Bob Reed, un électeur de Livingston. Bob en a assez des scandales politiques qui ébranlent son Etat et son pays (lire encadré). Il a le visage marqué de l’homme qui a bossé dur toute sa vie mais qui aujourd’hui survit plutôt qu’il ne vit. Les mains rosâtres et enflées de Bill Beletka racontent la même histoire. Bill parle de sa vie sur les plateformes pétrolières avant d’échouer là, à une demi-heure de voiture de Huntsville, capitale pénitencière américaine. Bill a quarante-cinq ans et un espoir : que sa région s’extirpe de sa pauvreté qui la ronge. «Je ne vais pas demander à Kinky de résoudre un problème que je suis incapable de résoudre moi-même, dit-il en référence à la très vague réponse donnée par le candidat sur son programme contre la pauvreté. Il semble en revanche plus en phase avec moi que les autres. Les politiciens traditionnels en ont rien à f….de nous.» Bill Beletka a d’ailleurs beaucoup applaudit. Il a aimé les boutades d’un homme qui, entre deux gags, place tous les éléments de son programme. Kinky veut renforcer la sécurité à la frontière avec le Mexique mais pas du mur qui doit être construit entre les deux pays. Il cite son ami Jesse Ventura, ancien catcheur et ex-gouverneur indépendant du Minnesota : «Jesse m’a convaincu que la barrière n’était pas une bonne idée, glisse-t-il à chacune de ses étapes de campagne. Dans dix ans, nous aurons peut-être envie de nous enfuir d’ici.» Devant la cabane qui fait office de salle communale, Friedman enchaîne les bons mots. Il n’a rien contre George Bush : «C’est un bon gars emprisonné dans un corps républicain». assure-t-il à propos du président. Friedman n’a voté qu’une fois ces quinze dernières années. C’était lors de la présidentielle de 2004. Et sa voix était pour George Bush, cet homme avec lequel il n’a pas beaucoup de points communs commun si ce n’est l’amour du Texas. Les idées de Kinky Friedman sont inclassables. Le cowboy répète qu’il est pour la décriminalisation de la marijuana. «C’est absurde de bousiller la vie de gamins pour un pétard», dit-il. Il est pour la prière à l’école, contre la peine de mort tant que le système judiciaire de son Etat n’aura pas été profondément réformé, pour le mariage homosexuel – «ils ont le droit d’être aussi misérables que nous » -, pour le droit à l’avortement, pour les énergies renouvelables mais aussi pour le port d’arme. En 20 mois de campagne, Kinky Friedman a simplifié l’équation politique à sa fierté d’être texan. Ce message résonne auprès des classes moyennes et inférieures blanches qui se reconnaissent en lui mais peine en revanche à convaincre une communauté afro-américaine qui se rappelle les blagues de Kinky sur les «Nègres» à l’époque où celui-ci était comédien. S’il devient gouverneur le 7 novembre, la première chose qu’il fera, sera de contourner la loi du Texas qui interdit les jeux d’argent et d’autoriser - par «décret ou un truc du genre» - l’ouverture de casinos dans les réserves indiennes. Et s’il perd ? «Je me retirerais de la vie publique et irai élever des chèvres». Parole de cowboy. Jean-Cosme Delaloye / Livingston (Texas) Mise à jour, 26 avril 2007: Kinky Friedman n’a pas été élu. Il a terminé quatrième avec 12,43 des voix soit 546 869 bulletins de vote en sa faveur. Il est depuis très discret. Une version courte ce reportage à été publiée en octobre 2006 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève. CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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