Premiers pas du Suisse Thabo Sefolosha en NBA


Chicago, 26 Octobre 2006. Thabo Sefolosha, lancer franc final. ©Jarin Blaschke

  • Thabo Sefolosha, basketteur de Vevey et premier joueur suisse à évoluer professionnellement en NBA, prend ses quartiers à Chicago.
  • Il y retrouve Jim Boylan , coach assistant des Bulls, qui a joué et entraîné Vevey Basket dans les années 80.

Chicago. Il reste quatre secondes. Dans le caverneux United Center, antre des Chicago Bulls, les 18 000 personnes venues assister à l’un des derniers matches de pré-saison contre les Memphis Grizzlies, sont suspendues à cette main qui va décider de l’issue de la partie. Les Bulls mènent 85-84 et ont deux lancers francs. Le Veveysan Thabo Sefolosha, premier basketteur suisse à évoluer en NBA et nouveau venu qui intrigue l’exigeant public de Chicago, a pris le ballon.

Sefolosha s’est positionné face au panier. Il est seul. Lorsqu’il était gamin, il rêvait de NBA. Ce soir, le Vaudois de 22 ans a donné rendez-vous à ce destin qu’il a fait graver sur ses deux bras l’année dernière. «Le basketball m’a choisi» proclame en anglais sur l’épaule gauche le tatouage représentant un ballon de basket avec une couronne. «Dieu guide mes pas» ajoute l’avant-bras droit. «Sans Dieu, je ne serai pas là aujourd’hui, expliquait Thabo au centre d’entraînement de Bulls, à la veille du match contre Memphis. Je n’aurai pas le corps ni la famille que j’ai». Ce croyant a fait le reste et s’est construit une carrière qui l’a mené de Vevey à Chicago en passant par la France et l’Italie.

«Prononcez TA-bow sef-o-LOSH-a». Le programme de la saison de Bulls se charge des présentations phonétiques. Dans une ville où Michael Jordan, star du basket dans les années 90 a sa statue, Thabo doit littéralement se faire un nom. Pas de quoi effrayer un jeune homme qui semble avoir déjà digéré son saut en NBA : «Cette première saison sera pour moi un apprentissage, glisse-t-il de sa voix calme. Il y a beaucoup de très bons joueurs dans l’équipe et ça va me faciliter la tâche».

Sur le terrain, même si le staff technique s’accorde à dire qu’il a encore beaucoup à apprendre (lire encadré), Thabo fait l’unanimité. «Il est très talentueux. Mais surtout il écoute les conseils», dit de lui Malik Allen, cinq saisons au plus haut niveau. «Thabo sera un excellent joueur de NBA. Il a déjà pris ses marques et travaille énormément», complimente l’imposant PJ Brown, vétéran des Bulls avec ses 13 saisons de NBA.

«Thabo a cette capacité de rester serein ». Bertille Masson, la petite amie de Thabo, l’a accompagné à Chicago. Licenciée de sciences politiques, la jeune femme de 21 ans veut poursuivre ses études aux Etats-Unis. Elle parle de «solidarité» avec Thabo, de chocs des cultures mais de ce plaisir partagé d’être là. Thabo se dit encore «en période d’adaptation» dans cette ville de Chicago dont il aime la population métissée. Le Veveysan qui maîtrise parfaitement l’anglais, parle d’une «vie plus solitaire qu’en Europe». Bertille corrobore: «En France ou en Italie, l’équipe se retrouvait après le match. Ici, tout le monde rentre chez soi.». Le couple commence néanmoins à avoir un cercle d’amis, dont fait partie Luol Deng, joueur britannique d’origine soudanaise arrivé aux Bulls en 2004.

Le quotidien de Thabo et Bertille a pour décor Deerfield, banlieue typique américaine avec ses pavillons, ses centres commerciaux tentaculaires et ses cinémas multiplexes. Après avoir passé deux longs mois dans l’anonyme hôtel situé à côté du centre d’entraînement des Bulls, le couple va pouvoir emménager chez lui d’ici une quinzaine de jours. A Deerfield, la vie ne s’envisage pas sans voiture et Thabo a passé son permis il y a un mois.

Sefolosha se réjouit de rencontrer les Los Angeles Lakers et leur superstar Kobe Bryant. Ce sera le 19 novembre. Mais d’ici là, la route est encore longue. Avant de pouvoir viser une place dans le «cinq de base» des Bulls cette saison, le porteur du numéro 2 doit déjà se battre pour faire partie du cadre qui débutera mardi la saison à Miami face aux Heat, champions en titre. Contre Memphis, le Vaudois a passé 20 minutes sur le terrain. Avant son lancer final, il marqué quatre points, perdu quatre ballons mais a aussi été l’auteur du geste technique du match avec une passe dans le dos pour son coéquipier Tyrus Thomas, star du championnat universiatire et autre nouveau venu des Bulls.

Thabo fixe le panier. Il expire et tire. Son geste est fluide et le ballon termine dans le panier. 87-84 pour Chicago, score final. Thabo a marqué ses deux lancers francs et des points pour la suite de la saison comme le confirmera à l’issue du match son entraîneur Scott Skiles. A sa sortie des vestiaires, Sefolosha est heureux de sa performance. Une question encore : son rêve de gosse ressemblait-il à ça? «Oui, glisse-t-il en souriant. Peut-être que dans mon rêve, je marquais un peu plus. Mais je suis sûr qu’il y aura encore plein de bonnes choses».

Jean-Cosme Delaloye / Chicago

Chicago à l’heure de Vevey

Leur chemin avait failli se croiser une première fois. «Thabo est né le 2 mai 1984 à Vevey et ma fille dix jours plus tard dans le même hôpital». A l’époque, Jim Boylan était entraîneur de Vevey Basket. Coach adjoint des Chicago Bulls, Boylan a accueilli cette saison Thabo Sefolosha au sein de son équipe. « Quand j’ai demandé à Thabo d’où il venait et qu’il m’a répondu «Vevey», j’ai été très surpris. Je n’aurai jamais pensé voir un jour un joueur de Vevey en NBA».

Jim Boylan raconte cette soirée passée il y a quelques semaines en compagnie de Thabo et de son frère au cours de laquelle il leur a montré des photos des Galeries du Rivage pleines dans les années 80. «J’ai des souvenirs magnifiques de cette époque sur la Riviera, poursuit Boylan. Et j’y pense encore souvent.»

L’entraîneur adjoint apprécie Sefolosha : «Thabo a un talent naturel qui va beaucoup l’aider en NBA. Il est très athlétique et a une volonté d’acier. Même s’il a côtoyé le haut niveau très jeune en France et en Italie, ce passage en NBA reste un grand saut pour lui». Boylan parle du processus d’apprentissage pour s’adapter au championnat américain: « Il faut environ une année pour s’y sentir bien. Thabo a beaucoup de choses à apprendre. Il doit s’habituer à habiter aux Etats-Unis et jouer quatre matches en cinq jours. De notre côté, nous allons faire en sorte de l’introduire progressivement à ce niveau». L’ancien coach de Vevey se dit toutefois impressionné par la maturité de la nouvelle recrue des Bulls. «Il garde la tête sur les épaules. C’est très important car parfois les jeunes joueurs qui arrivent en NBA se font happer par l’argent et oublient pourquoi ils sont là : pour être de bons joueurs de basket au service de leur équipe».
J-C De

Des Bulls attendus

C’était l’équipe des années 1990. Une époque où le duo infernal Michael Jordan et Scottie Pippen avait permis aux Chicago Bulls de remporter six titres de champions de NBA en huit ans. Depuis le sacre de 1998, les Bulls courent après leur glorieux passé. Après de longues années noires, la saison dernière semble avoir marqué leur retour en force. L’équipe a été battue au premier tour des play-offs par les Miami Heat, champions en titre. Cet été, les Bulls ont été très actif sur le marché des play-offs en faisant notamment signer Ben Wallace, star des Detroit Pistons, et Tyrus Thomas, l’une des révélations du championnat universitaire. Du coup, public, médias et staff technique visent cette année au minimum une place au deuxième tour des play-offs.
J-C De

Une version similaire de cet article est parue dans le quotidien 24heures du 30 octobre


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