Thabo eclipse «le Shaq» pour son premier match en NBA

  • Lors de son premier match en NBA le 31 octobre 2006, le basketteur vaudois Thabo Sefolosha a fait mieux que Saquille O’Neal, superstar des Miami Heat.
  • Le Veveysan des Chicago Bulls a marqué 11 points en 10 minutes 34 sur le terrain et contribué à la large victoire de son équipe face aux champions en titre (108-66).

Miami. Il y a dans ses grandes enjambées à son entrée sur le terrain l’empressement du jeune homme de voir son rêve de gosse se réaliser. Il y a aussi la faim du basketteur pressé de participer à ce match qu’il a jusqu’ici suivi depuis le banc des remplaçants. Le 31 octobre 2006 à Miami, le Veveysan Thabo Sefolosha a dû patienter jusqu’à deux secondes du terme de la première mi-temps avant de pouvoir officiellement inaugurer son statut de premier joueur suisse en NBA. Il est alors 21 heures 23. Pointé du doigt par Scott Skiles, son entraîneur, le numéro 2 des Chicago Bulls enlève précipitemment son survêtement rouge. Il court vers l’espace réservé aux joueurs qui doivent entrer sur le terrain et gesticule pour attirer l’attention de l’arbitre et profiter de ces deux précieuses petites secondes.

A la pause, retour sur le banc des remplaçants. La physionomie de la seconde période sera pourtant totalement différente pour le Vaudois. Alors qu’il reste un peu plus de 10 minutes à joueur dans le match, Thabo fait sa «véritable» entrée sur le terrain. Les Bulls mènent 80-54 face à une équipe de Miami apathique et totalement étouffée par le collectif de Chicago (lire ci-dessous). Sur sa première action du match, le Veveysan se fait chipper le ballon par Dwyane Wade, l’une des superstars des Heat. 80-56.

Après ce couac, Thabo Sefolosha va véritablement exploser . Dans un championnat américain féru de statistiques, il fait trembler les chiffres. Quatre paniers à deux points sur quatre tentatives. Trois lancers francs sur trois. Avec ses onze points , le joueur vaudois termine quatrième meilleur marqueur de son équipe et a inscrit quatre points de plus que Shaquille O’Neal, monument du basket américain.

Pendant les huit dernières minutes du match, Sefolosha orchestre même le jeu des Bulls. «Thabo était bon». A l’issue de la partie facilement remportée par les Bulls (108-66), Scott Skiles complimente son nouveau joueur. «Je suis heureux d’avoir pu lui donner un peu de temps de jeu. J’espérais un tel scénario pour lui permettre de prendre un peu la température de la NBA et de se relaxer sur le terrain. Je suis heureux pour lui». Compliments similaires de la part de Ben Wallace, la star des Bulls, arrivée cette année en provenance de Detroit : «J’aime la manière de jouer de Thabo. C’est un super défenseur et un mec bien. C’est toujours un plus».

Dans les vestiaires, Sefolosha relativise sa performance. Il parle de «bonne première expérience» et de son premier ballon perdu contre Wade comme d’une «chose qui arrive». «Je ne me suis pas dit que j’allais sortir, explique-t-il à propos de cette action. Je pense aussi à avoir réussi à me relaxer et à avoir pu apporter un plus offensif ». Thabo sourit à celui qui mentionne son 100% de réussite face aux Miami Heat, mais le masque ne tombe pas. Celui qu’Ivica Dunkan, le recruteur des Bulls, décrit comme un garçon «possédé par son envie de se faire sa place en NBA», a déjà les yeux tournés vers Orlando, où Thabo et les Bulls son attendus dans moins de 24heures.

Jean-Cosme Delaloye / Miami

Jarin Blaschke (photos)

Le coup de foudre d’Ivica

Dans les travées de l’American Airlines de Miami, un spectateur était particulièrement attentif à la performance de Thabo Sefolosha mardi. Grand gaillard au crâne rasé, Ivica Dukan, recruteur des Bulls en Europe, est l’homme qui a repéré le joueur vaudois lorsque celui-ci évoluait en France. «Un de mes amsi suisses m’avait appelé un jour pour me parler de lui, raconte-t-il. Quand le nom de Thabo est réapparu en France, je me suis dit que j’allais voir ce qu’il avait dans le ventre. Un coup d’œil m’a suffi. J’ai tout de suite aimé ce que j’ai vu.»

Ivica Dukan parle de son plaisir d’avoir pu recruter Thabo mais des ajustements auxquels celui-ci doit désormais procéder : «Il doit développer sa masse musculaire mais il a beaucoup de marge de progression. Il doit aussi apprendre à être plus détendu sur le terrain». Ancien joueur de Bellizone dans les années 80, Ivica Dukan estime que la transition entre les championnats européens et la NBA peut prendre une à deux saisons. «Thabo est quelqu’un aime la compétition et n’a pas peur de prendre ses responsabilités., poursuit-il. En ce moment, il est en train d’apprendre ce qu’il peut faire et ne peut pas faire. Sur le banc, il observe et enregistre tout».

Le recruteur des Bulls ne tarit pas d’éloges sur «son» joueur suisse : « Thabo doit aussi s’habituer à la vie aux Etats-Unis, conclut Dukan Mais son rêve était de jouer ici. Thabo a la possibilité de devenir un grand joueur de NBA. La saison prochaine sera la sienne».

J-C De

Dans le cirque de la NBA

La NBA est un grand cirque et chaque ouverture de saison est un événement médiatique. Mardi soir, alors que Miami célébrait Halloween, le match entre les Heat et les Chicago Bulls se jouait à guichets fermés et en direct sur une chaîne de télévision américaine. Champions en titre, les Heat ont officiellement reçu avant-hier leur trophée et une imposante bague de diamants, lors d’une cérémonie d’avant-match bourrée d’effets pyrotechniques.
«J’essaie de ne pas trop penser au match et à tout ce qui l’entoure», disait Thabo Sefolosha à l’heure de l’échauffement. Pendant qu’il répétait inlassablement ses gammes, Boris Becker, teint orangé et cheveux blonds platine, enregistrait dans un coin du terrain une émission pour une chaîne privée allemande.

Dès le coup d’envoi du match, les Bulls qui étaient restés cloîtrés dans leur vestiaire pendant que les joueurs des Heats se faisaient fêter, ont immédiatement imposé leur collectif. Au cours d’un deuxième quart où ils ont surclassé leurs advesaires, ils ont creusé un écart de près de 30 points qui n’a jamais pu être comblé. La deuxième mi-temps a même tourné à la correction pour des Heat rapidement abandonnés par leur public. En s’inclinant 66 à 108, les joueurs de Miami ont pris la plus grosse claque de l’histoire de la NBA en match d’ouverture de saison.
J-C De
Une version similaire de ce reportage est parue le 2 novembre dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève.
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