Dans les petits bijoux de Nina


Nina Egli©DR

  • Arrivée à New York en 2002 pour devenir comédienne, la Zurichoise Nina Egli, 29 ans, est aujourd’hui à la tête de Toujours Toi, sa marque de bijoux qui s’impose dans la constellation du show bizz.
  • Ses dernières clientes sont Juliette Lewis et Scarlett Johansson.

New York “Je voulais vraiment essayer”, lance Nina Egli, jeune créatrice de bijoux pas encore trentenaire. Le people en vogue remarque sont travail et la voici propulsée sous les feux de la rampe , mais pas ceux auxquels elle pensait…

Retour en arrière. En 2002, Nina quitte Zurich et débarque à New York. Premier point de chute, Harlem, chez un ami américain qui accepte de la loger gracieusement dans son appartement qui tient plus de la boîte à chaussure que du logis douillet. Peu importe, Nina est arrivée à New York la tête pleines de rêves, mais avec un but: devenir actrice. Elle suit des cours au Lee Strasberg Institute ou tout se déroule à merveille. Seul bémol: son école à un coût et le manque d’argent se fait de plus en plus ressentir même pour assurer le quotidien. “Il fallait que je trouve rapidement un job, ce qui s’est révélé impossible. Nous étions au lendemain du 11 septembre et aucun restaurant ne voulais m’engager car je n’avais pas de visa de travail”.

Que faire pour ne pas se transformer en l’une de ces Cosette égarées dont New York ne sait plus que faire ? Son ami logeur, baignant plus ou moins dans le petit monde de la mode new yorkaise lancera l’idée qui va changer la vie de Nina: créer des bijoux. “J’ai tout de suite dit ok. Le projet ne me faisait pas peur, ma mère est styliste”.
Sans business plan, mais avec sa fibre artistique et en travaillant très dur, le duo se fait un peu connaître. “En fait on a commencé à vendre dans la rue, mais comme on n’avait pas de permis pour cela on s’est dit qu’il vallait mieux démarcher directement les acheteurs”. Les premières étincelles du succès ne se font pas attendre. Les boutiques branchées des hypissimes quartiers de Nolita ou de Soho passent commande. Mais l’entente entre les deux acolytes s’efrite. Leur séparation sonne le glas de cette première expérience pour mieux laisser éclore Toujours Toi, le label sous lequel Nina Egli crée désormais ses bijoux et autres tribulations ornementales. Pourquoi Toujours Toi? “Parce que j’adore le franCais, même si je ne le parle pratiquement pas et que ça sonne bien non? ”

Quatre ans plus tard, ce petit bout de femme nymphatique aux cheveux châtains foncés que font ressortir un teint diaphane, des yeux clairs et une bouche soulignée de rouge carmin, est a des années lumières de ses premiers déboires. Aujourd’hui bien installée dans son appartement-atelier dans un brownstone du quartier de Fort Greene à Brooklyn, elle est tout simplement sereine.
“J’ai rassemblé toute mes forces et j’y ai cru, même si au début ce fut très dur. Je devais m’occuper de la création, mais aussi de la production, des acheteurs, des clients et de la communication. Je faisais tout toute seule et c’est encore comme ça aujourd’hui”.

Pari réussi. Son style est à son image: en bronze, en argent ou en or 14 carats, romantique parfois teinté d’une noirceur profonde ou de pastels acidulés , avec une touche de symbolisme ironique, ses bijoux restent infiniment féminins. ” Je crée ce que j’aime porter” martele-t-elle.
Et la formule magique ne fonctionne pas que sur la cliente lambda. Elle agit désormais dans les milieux du rock et du cinéma: Juliette Lewis, natural born killeuse chez Oliver Stone, ex de Brad Pitt qui lui brisa le coeur, reconvertie en icône rock en panne d’apaisement dans son groupe Juliette and the Licks, porte du Toujours Toi, tout comme l’anglaise Beth Orton autre dame rock’n’roll qui pèse lourd dans la balance. Mais le dernier coup d’éclat c’est l’apparation de Scarlett Johansson dans l’un des ses derniers films “The Nanny Diaries” avec autour de son cou, une chaîne signée Toujours Toi.
“Ce qui est dingue dans cette histoire, c’est que je ne sais pas comment mes bijoux se sont retrouvés entre leurs mains. Je suppose que c’est en faisant un peu de shopping, ” annonce-t-elle avec un petit sourire en coin, mais fière quand même. Ou peut-être en lisant les nombreux magazines, tels que Nylon et Lucky qui publient ses modèles dans leurs pages.

Ce qui occupe Nina en cette fin d’année ce sont surtout les deux collections qu’elle signe sous son nom cette fois, pour la fameuse marque de sport Roxy et qui sortiront au printemps 2007. Surprenant. “Oui, en fait j’ai créee la couronne décernée à la gagante du Roxy Chiken Jam, une compétition de snowboard qui s’est déroulée à St-Moritz l’an dernier. Ce que je fais leur plaît et c’est comme ça que cette association est née. ”

Voilà comment Nina Egli se laisse glisser sur la vague du succès, l’air de rien, entre Tokyo, Paris, Zurich et New York ou ses bijoux font un malheur.
Et la comédie dans tout ça ? “Et bien je ne l’oublie pas, les rares moments ou je ne crée pas, je trouve le temps de jouer, comme cette année en Suisse dans un tout petit théâtre, j’adore”.

Danielle Delaloye-Suter / New York

Une version similaire de ce texte a été publiée par Migros Magazine du 11 décembre 2006.


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