Jimmy Carter et le «syndrome de Genève» aux Etats-Unis

New York. «Anti-sémite », « bigot », « sénile », « menteur », « lâche ». Jimmy Carter, ancien président américain et prix Nobel de la paix en 2002, a tout entendu ces dernières semaines à cause du titre de son dernier livre « Palestine Peace not Apartheid » (Palestine : la paix pas l’apartheid). Dans un discours le 23 janvier la Brandeis University, une université laïque dont près de la moitié des étudiants est juive, Carter s’est excusé pour avoir écrit: « Il est impératif que la communauté arabe et les groupes palestiniens fassent savoir clairement qu’ils mettront fin aux attentats suicide et autres actes de terrorisme quand les lois internationales et les buts de la Feuille de route seront acceptés par Israel ».

Le 39ème président des Etats-Unis a déclaré ce jour-là que cette formulation semblant cautionner le terrorisme était «maladroite » et « stupide » et a annoncé avoir pris des mesures pour la faire changer. Il s’est aussi excusé d’avoir pu heurter les sensibilités de certains en utilisant le terme d’«apartheid » mais a exclu de modifier le titre de son livre. Il s’est défendu d’avoir fait un amalgame entre sionisme et racisme, expliquant que le mot « apartheid » faisait référence à la situation dans les Territoires Occupés et non pas à celle en Israël.

Carter a déclenché la polémique en osant remettre en question le soutien indéfectible de la Maison Blanche à Israël. George Bush appelle régulièrement à la création d’un Etat palestinien qui vivrait pacifiquement aux côtés de l’Etat hébreu. Mais son rejet de toute critique envers les gouvernements successifs d’Ariel Sharon et Ehud Olmert, a discrédité ses efforts dans la région. Jimmy Carter condamne cet unilatéralisme de la Maison Blanche. Il mentionne les plus de 40 vetos américains aux résolutions des Nations Unies critiquant l’Etat hébreu et regrette que de «puissantes forces religieuses, politiques et sociales aux Etats-Unis» empêchent tout débat sur les décisions prises à Tel Aviv.

Son discours, bien plus que le titre de son livre, lui vaut aujourd’hui d’être la cible des lobbies conservateurs et pro-Israéliens. Quatorze des 200 membres du Conseil de sa fondation pour la paix ont démissionné pour protester contre son livre. L’un de ses proches collaborateurs l’accuse d’avoir fait preuve d’un manque de rigueur factuelle. Carter est toutefois défendu par des mouvements progressistes juifs américains comme Tikkun qui rappellent à ses détracteurs que l’ancien président est à l’origine de l’un des traités de paix majeurs dans la région : les Accords de Camp David de 1978 entre l’Egypte et Israël.

Les propositions faites par Carter sont largement en phase avec l’Initiative de Genève pour la paix au Proche-Orient. Le 1er décembre 2003, lors de la signature de cette Initiative dans la cité de Calvin, Jimmy Carter avait déclaré qu’elle contenait des éléments «cruciaux» tout en demandant aux Palestiniens de renoncer à la violence contre les citoyens israéliens. Dans son livre, Carter préconise notamment que l’Etat hébreu revienne à ses frontières internationalement reconnues de 1967 et prône une approche globale du conflit israélo-palestinien.

Jimmy Carter a eu le mérite de relancer outre-Atlantique le débat sur le conflit israélo-palestinien. Mais les manifestations d’intransigeance à son encontre et le rejet systématique de l’Initiative de Genève par le gouvernement Bush, ne laissent aujourd’hui guère entrevoir de perspectives de progrès pour un processus de paix proche-oriental au point mort.

Jean-Cosme Delaloye / New York

Cet éditorial a été publié le 1er février 2007 dans le quotidien 24heures.


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