Flexibilité, nouvelle vertu de George Bush

  • Quatre mois après la victoire des démocrates au Congrès, les signes ne trompent pas : George Bush a adapté sa politique étrangère à la nouvelle réalité politique à laquelle il est confronté.
  • Des représentants de son gouvernement rencontrent ce 4 mars 2007 à New York des émissaires nord-coréens.

New York. Ils vont se parler aujourd’hui. Impensable il y a encore quelques semaines, la rencontre ce 4 mars 2007 à New York entre des représentants du gouvernement Bush et des émissaires nord-coréens pour discuter du programme nucléaire de Pyongyang, est la dernière manifestation de la nouvelle flexibilité de George Bush. Pendant des mois, ce dernier a insisté sur le fait que son équipe ne parlerait jamais directement à celle de Kim Jong-il, le dictateur nord-coréen. Le président américain a pourtant changé d’avis et autorisé des discussions bilatérales en janvier dernier à Berlin. Cette rencontre dans la capitale allemande est à l’origine de l’accord sur le nucléaire nord-coréen le mois dernier et des discussions d’aujourd’hui.

En 2000 et en 2004, George Bush a fait campagne pour la Maison Blanche en insistant sur sa fidélité à des valeurs centrales. Mais depuis le début de son second mandat, la situation s’est péjorée. La guerre en Irak est massivement rejetée par les Américains et les démocrates ont remporté les élections pour le Congrès il y a quatre mois. Le président a dû s’adapter à la nouvelle réalité politique. Comme le montre l’exemple nord-coréen, il accepte désormais de parler à ses ennemis.

La semaine dernière Condoleezza Rice, la Secrétaire d’Etat, a annoncé que les Etats-Unis participeraient à deux conférences sur l’Irak en compagnie de représentants syriens et iraniens. La Maison Blanche a tenté de minimiser la portée de ce changement de stratégie en dressant la liste de réunions lors desquelles Américains, Iraniens et Syriens s’étaient croisés ces dernières années. Le mois dernier, George Bush avait pourtant exclu toute discussion directe sur l’Irak avec Damas et Téhéran, tant que les Syriens n’arrêteraient pas de se mêler des affaires libanaises et que l’Iran ne stopperait pas son programme nucléaire.

Ce week end les membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne et France) et l’Allemagne ne sont pas parvenus à s’entendre sur le passage de nouvelles sanctions contre l ‘Iran qui n’a pas respecté un délai onusien pour arrêter ses activités d’enrichissement d’uranium. Malgré ce désaccord, les émissaires américains seront bien présents aux côtés des Iraniens le 10 mars à Bagdad, lors de la conférence régionale sur l’Irak.

A Bagdad, les choses bougent. George Bush n’a pas seulement augmenté les effectifs américains en Irak malgré l’hostilité de la nouvelle majorité démocrate (lire encadré). Il vient de nommer l’un de ses détracteurs pour superviser la reconstruction et les programmes économiques du pays. L’ambassadeur Tim Carney avait dirigé le ministère irakien de l’Industrie en 2003 mais avait quitté son poste après deux mois en critiquant amèrement le gouvernement Bush. Le diplomate américain regrettait que ses supérieurs ne prennent pas en compte l’avis des Irakiens.

Le retour de Carney à Bagdad est un signe de la nouvelle approche du gouvernement Bush en Irak. Sur le plan militaire, les Américains ont pénétré ce week end dans Sadr City, bastion de Moktada Al Sadr, religieux chiite. Washington a aussi accru la pression sur le gouvernement du premier ministre irakien Nouri al Maliki qui annoncé hier un futur remaniement ministériel.

Malgré cela, certaines choses ne changent pas du côté de Bagdad. Le nombre de victimes américaines et civiles irakiennes continue à grimper. Selon le site « Iraq Body Count », entre 57660 et 63428 Irakiens auraient trouvé la mort depuis le début de l’invasion américaine il y a près de quatre ans. Et les Américains horrifiés par les attentats à répétition continuent à douter de George Bush. Selon un sondage du New York Times la semaine dernière, sept Américains sur dix désapprouvent sa politique irakienne.

Jean-Cosme Delaloye / New York

Les democrates divisés sur l’Irak

En plein scandale sur les conditions de traitement des soldats américains blessés en Irak et en Afghanistan, certains démocrates aimeraient inclure des conditions aux 100 milliards de dollars demandés par George Bush pour la guerre en Irak.

Le scandale a eu raison de Francis Harvey, Secrétaire américain aux forces armées. Ce dernier a démissioné le 2 mars 2007 au terme d’une semaine marquée par les révélations sur les terribles conditions sanitaires à Walter Reed, hôpital de l’armée américaine à Washington où sont soignés les grands blessés des guerres en Irak et en Afghanistan.

Alors que le gouvernement Bush est secoué par cette nouvelle affaire, les démocrates peinent à s’entendre sur la stratégie à adopter pour tenter de contrer la politique de la Maison Blanche en Irak. La semaine dernière, un groupe de Représentants de la nouvelle majorité au Congrès, a lancé l’idée de poser des conditions aux 100 milliards de dollars demandés par George Bush pour financer la guerre en Irak et en Afghanistan. La direction du parti démocrate s’est rapidement distancée de cette fronde de peur d’être accusée d’abandonner les troupes. Nancy Pelosi, la présidente du parlement, a assuré que l’armée aurait les fonds nécessaires pour mener à bien sa mission.

Au Sénat, les démocrates Joe Biden et Carl Levin veulent faire réécrire la résolution parlementaire qui avait autorisé George Bush à déclencher la guerre en Irak, sous prétexte que la mission a changé. Ils estiment que l’opération militaire avait été prévue pour libérer l’Irak de Saddam Hussein, mais que les troupes américaines sont aujourd’hui impliquées dans une guerre civile qui ne les concerne pas. L’initiative de Biden et Levin pourrait limiter le rôle des soldats américains à l’entraînement des Irakiens. La démarche des deux élus a cependant été critiquée par Russ Feingold. Le Sénateur démocrate du Wisconsin voudrait une stratégie plus radicale pour freiner George Bush.
J-C De
Cet article est paru le 4 mars 2007 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève


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