Profession: guerrier pour la paix en Irak
Austin. Lorsque le guerrier a posé pied sur sol américain début 2004, quelque chose s’est cassé en lui. Soldat d’infanterie, Hart Viges avait fait partie des troupes américaines qui ont pris l’Irak au printemps 2003. Il avait combattu près d’une année du côté de Bagdad. Viges qui avait rejoint l’armée au lendemain des attentats du septembre 2001 dans l’espoir «de rendre le monde meilleur », était jusqu’à son retour chez lui sûr de sa cause irakienne : «Au début, les gens nous criaient «Non à Saddam (Hussein), Oui a à Bush », raconte-t-il assis en dans un café d’Austin (Texas) en cette soirée de mars. Des gens qui n’avaient plus d’oreilles venaient nous remercier. Nous nous nous sentions vraiment bien dans la peau de libérateurs. Mais quand j’ai quitté Bagdad pour une permission aux Etats-Unis, les sourires avaient disparu» Viges n’est jamais retourné en Irak. Il parle de religion, de la rencontre avec sa petite amie pacifiste Alejandra, et de crises de panique quand il explique pourquoi il a entrepris les démarches pour obtenir sons statut d’objecteur de conscience. Sa requête acceptée, le GI au crâne rasé s’est métamorphosé en pacifiste aux cheveux longs dont le passé de soldat se lit encore sur ses bras noueux. « Nous ne resterons pas silencieux ». Ce soir-là à Austin, Hart Viges, 31 ans, arbore le mot d’ordre de son combat sur son t-shirt noir. L’homme qui fait aujourd’hui des études d’histoire religieuse, est l’un des piliers de la contestation à la guerre dans la région de la capitale texane. Il a récemment rejoint une hotline qui renseigne les soldats sur leurs droits pour refuser un déploiement en Irak et sur les moyens qu’ils ont à disposition pour devenir objecteurs de conscience. Quatre ans après le début de la guerre en Irak, de nombreuses organisations de vétérans d’Irak sont aujourd’hui au cœur de la lutte contre la politique de George Bush. Leur principal cheval de bataille est la décision du président d’envoyer 26000 hommes supplémentaires en Irak en ce début d’année. Mais ces organisations comme Iraq and Afghanistan Veterans of America, ont aussi été très actives au Congrès pour demander des meilleurs conditions de traitement pour les grands blessés d’Irak et d’Afghanistan. « J’ai eu de la chance ». Hart Viges parle d’une époque où l’armée américaine acceptait les objecteurs de conscience. Katherine Jashinski a, elle, fait trois mois de prison l’année dernière pour avoir refusé de servir en Afghanistan. La jeune femme travaille désormais pour la même organisation que Hart à Austin et renseigne les adolescents qui songent à rejoindre l’armée, sur les conséquences d’un tel choix. Mark Wilkerson, un vétéran d’Irak, vient d’écoper de sept mois de prison pour avoir refusé d’y retourner. Au siège du Centre sur la Conscience et la Guerre, à Washington une organisation qui conseille les objecteurs de conscience, Bill Galvin explique que l’armée ne communique pas de statistiques sur les troupes qui refusent de servir en Irak (voir blog) mais que la hotline de son mouvement reçoit des centaines d’appels de soldats par mois. Hart Viges dit que sa bataille pacifiste est sa mission aujourd’hui. «Je me rappelle de cette mère irakienne dont nous avions arrêté les deux fils. Elle pleurait, elle s’était mise à genoux et m’embrassait les pieds. J’étais supposé libérer ces gens. Cette femme sera toujours avec moi. J’ai changé sa vie et essaie de faire quelque chose pour réparer ce que j’ai fait » Le regard d’Harta plongé dans le vide. Le discours du prêcheur qu’il aspire à devenir, s’est momentanément éteint. Vous pouvez lire une information liée à cet article sur le blog de jean-cosme delaloye Une version similaire de cet article a été publiée le 17 mars 2007 par les quotidiens 24heures et Tribune de Genève le 17 mars 2007 CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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