Le « taliban australien » plaide coupable pour échapper à Guantanamo

  • David Hicks, un ressortissant australien arrêté en Afghanistan en 2001, a plaidé coupable de soutien logistique au terrorisme lundi soir au cours d’une commission militaire.
  • Son audience a été marquée par l’éviction de ses avocats civils.

New York. «Il a vécu cinq ans d’enfer». A l’heure d’expliquer à la presse australienne pourquoi David Hicks venait de plaider coupable de soutien logistique au terrorisme lors de son audience ce lundi soir à Guantanamo, Terry Hicks, le père du « taliban australien », a expliqué que son fils voulait rentrer chez lui.

Accusé d’avoir combattu aux côtés des talibans jusqu’à son arrestation en Afghanistan en décembre 2001, David Hicks est le premier détenu de Guantanamo à plaider coupable. Il l’a fait à l’issue d’une audience militaire décousue au cours de laquelle le juge a exclu les deux avocats civils du prévenu pour ne laisser que son représentant militaire. Hicks, 31 ans, n’a aussi plaidé coupable que pour l’un des deux chefs d’accusation contre lui. Mais sa démarche lui permet d’éviter un procès au cours duquel il risquait la peine de prison à perpétuité.

Cinq membres de la commission militaire doivent désormais déterminer la durée de la peine du «taliban australien». Morris Davis, le procureur, a indiqué qu’il ne chercherait pas à obtenir la perpétuité et que 20 ans de prison représenteraient une punition «raisonable». Les avocats du détenu estiment pour leur part que le cas devrait être réglé d’ici la fin de la semaine. Selon un accord entre l’Australie et les Etats-Unis, Hicks, un ancien écarisseur de kangourous converti à l’Islam, pourra purger le reste de sa peine dans son pays.

L’affaire Hicks est la première à avoir été traitée par les tribunaux d’exception militaires instaurés par le Congrès américain en octobre 2006. Ces cours sont les «descendantes» de celles que George Bush avait tenté d’instaurer depuis fin 2001 pour les combattants ennemis capturés dans le cadre de la guerre contre la terreur. La Cour Suprême des Etats-Unis avait cependant donné tort au président en juin de l’année dernière et lui avait reproché d’avoir créé ces commissions sans autorisation du Congrès.

De leur côté, les avocats des détenus de Guantanamo et mouvements de défense des droits de l’homme critiquent ces tribunaux d’exception qui acceptent les éléments à charge obtenus par la manière forte. Ancien procureur militaire, Victor Hansen est, lui aussi, sceptique: «Le gouvernement Bush a créé une structure qui met un prévenu dans une situation impossible quelle que soit sa culpabilité, explique-t-il. Dans notre système judiciaire, nous ne forçons en général pas les gens à plaider coupable. Face au risque d’une détention indéfinie à Guantanamo, David Hicks n’avait pourtant guère d’autre choix ».

Jean-Cosme Delaloye / New York

Cet article est paru le 28 mars dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève


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