Les Etats-Unis se réinvestissent au Proche-Orient avec une idée derrière la tête

  • Alors que les pays arabes ont accepté hier soir de réactiver le plan de paix séoudien pour le Proche-Orient, le gouvernement Bush fait des efforts dans la région en pensant à l’Irak.

New York. La paix pour Israël en échange d’un engagement de l’Etat hébreu à revenir à ses frontières de 1967 et à accepter le retour des réfugiés palestiniens. Voilà en substance ce que les participants au sommet de la Ligue arabe ont accepté à l’unanimité ce soir à Ryad.

La réactivation de ce plan de paix séoudien déjà approuvé en 2002 mais rejeté à l’époque par les Etats-Unis, avait été discutée le week end dernier lors d’une rencontre au Caire entre Condoleezza Rice, la Secrétaire d’Etat américaine, et les représentants séoudiens, égytiens, jordaniens et émiratis. A l’issue de l’entrevue de ce week end, la représentante du gouvernement Bush s’était montrée plus conciliante tout en demandant aux pays arabes d’être prêts à modifier le texte pour que celui-ci puisse servir de base de négociations avec Israël.

Fait nouveau, la cheffe de la diplomatie américaine a aussi exigé quelque chose de la part d’Israël. Condoleezza Rice a obtenu qu’Ehoud Olmert, le premier ministre israélien, rencontre tous les quinze jours Mahmoud Abbas, le président palestinien et surtout un homme qu’Olmert refusait de voir tant que des membres du Hamas feraient partie du gouvernement palestinien.

La récente visite de la cheffe de la diplomatie américaine au Proche-Orient – la quatrième en quatre mois dans la région -, témoigne d’un regain d’intérêt de Washington pour un conflit longtemps oublié par un gouvernement Bush concentré sur l’Irak. Certains analystes considèrent d’ailleurs l’offensive diplomatique de la Maison Blanche dans la région, comme un moyen de progresser en Irak. Le temps commence à presser pour elle. Mardi, le Sénat américain a rejoint la Chambre des Représentants et a accepté donner au président un délai pour un retrait d’Irak.

«L’administration Bush souhaite créer un processus diplomatique au Proche-Orient pour tenter d’obtenir le soutien de l’Arabie Saoudite, de la Jordanie et de l’Egypte en Irak et contre l’Iran, tout en permettant à ces pays de ne pas passer pour des traîtres qui abandonnent les Palestiniens », explique Ian Lustick, professeur de sciences politiques à l’Université de Penssylvanie et spécialiste du Proche-Orient. Pour cet ancien employé du Département d’Etat, «l’entourage du vice-président Dick Cheney estime que les problèmes entre sunnites et chiites sont plus importants pour le monde arabe que le conflit israélo-palestinien». «Du coup, la Secrétaire d’Etat n’avait pas véritablement le pouvoir de véritablement changer la donne au Proche-Orient», poursuit-il

Ian Lustick souligne également le paradoxe de la politique américaine dans le monde arabe: « D’un côté le gouvernement Bush « drague » l’Arabie Saoudite, l’Egypte et la Jordanie. Mais de l’autre, ces Etats considèrent notre présence en Irak comme un facteur de destabilisation pour toute la région ». Hier soir, le roi saoudien Abdallah a dénoncé à Ryad l’ «occupation étrangère illégitime » de l’Irak et a critiqué les « forces étrangères à la région » qui entendent dessiner le « futur » du Moyen-Orient. Une allusion à peine voilée aux Etats-Unis.

Jean-Cosme Delaloye / New York
Cet article est paru le 28 mars 2007 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève.


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