Le cauchemar des survivants de Virginia Tech
Blacksburg. Il répond d’abord aux questions avec le sourire. Il raconte quasiment avec détachement ce qu’il a vécu. Il s’excuse presque de n’avoir rien entendu, lui qui dormait à quelques portes de la chambre où s’est déroulée la première fusillade, lundi matin sur le campus de la Virginia Tech à Blacksburg. «J’habite sur l’étage où le gamin a commencé à tirer, raconte Andre Cayne, étudiant afro-américain de 19 ans. Mais je dormais. Les policiers m’ont réveillé en catastrophe vers huit heures et m’ont dit d’évacuer les lieux.» Au fur et à mesure de son témoignage, Andre réalise la chance qu’il a eu. Il se met à pleurer. «Je réalise que je suis encore en vie, poursuit-il. Mon conseiller en éducation, un type que j’aimais bien, n’a pas eu cette chance ». Sur le verdoyant campus de la Virginia Tech à Blacksburg, les témoignages comme celui d’Andre tourbillonnent et résonnent dans les bâtiments désertés. Miguel Ruiz habitait aussi sur l’étage où s’est déroulé la première fusillade. Il dit n’avoir pas encore réalisé ce qui arrive à son université. Et avoue n’avoir qu’une intention : rentrer quelques jours chez lui à Atlanta. L’ampleur du choc est à la mesure de la surprise vécue dans cette petite ville retirée de Virginie, nichée dans les vallons du sud-ouest de l’Etat. Ici, la vie tourne autour de Virginia Tech, immense Université qui compte 26 000 étudiants. Le campus est quasiment aussi grand que le reste de la localité. La grande ville la plus proche est Roanoke, à 45 kilomètres d’ici. Washington est à plus de quatre heures de voiture. Du coup, il y a chez les étudiants un véritable sentiment d’appartenance à cette communauté universitaire, fière de ses couleurs orange et jaune. Sur ce campus qui semble sorti de la campagne britannique avec ses vénérables bâtiments de pierre ressemblant à l’Université de Cambridge, on peut entendre le lourd silence par moments troublé par le passage d’un avion de chasse . «C’est très bizarre, explique Chad, un étudiant qui observe la scène derrière ses lunettes de soleil. En temps normal, ça bouge beaucoup ici». «On a perdu notre innocence ». Bobbie Fellinger, étudiante de 20 ans, ne comprend pas le geste de Cho Seung-hui, le jeune homme de 23 ans qui a abattu hier 32 personnes sur le campus, avant de se donner la mort. Bobbie fait partie de la longue procession qui se dirige en ce mardi après-midi vers le grand stade de football américain. L’enceinte de 65000 places a dû être ouverte à la dernière minutes pour accueillir des centaines d’étudiants venus se recueillir sous un soleil radieux . George Bush est à quelques mètres de là, dans une salle dont les 10 000 places ont trouvé preneur en quelques minutes. Dans une atmosphère solennelle, le président s’adresse sobrement aux étudiants, professeurs, familles et amis des victimes. Il leur dit être venu à Blacksburg le «cœur rempli de chagrin». Il leur assure que les Américains choqués par l’ampleur de la tuerie, prient pour eux. Blacksburg / Jean-Cosme Delaloye Le tueur était “discret” mais «troublé»Carolyn Rude, responsable du département d’anglais de Virginia Tech où étudiait Cho Seung-Hui, l’auteur de la tuerie de lundi, se rappelle d’un jeune homme discret qui avait eu des problèmes par le passé. L’affaire remonte à il y a un peu plus d’un an. Elle semble concerner des textes que Cho Seung-hui, un étudiant d’origine sud-coréenne, avait écrit. Elle avait été jugée suffisamment sérieuse, selon Carolyn Rude, pour que l’administration de l’université soit prévenue à l’époque. La professeure est en revanche incapable de dire pourquoi elle n’avait pas eu de suites. « Je suis attérée d‘apprendre que l’un de mes étudiants ait pu perpétrer un acte d’une telle violence, dit-elle en contenant ses larmes Je ne comprends pas».. «Vous m’avez poussé à faire cela ». Voilà ce que Cho Seung-hui a écrit dans une longue lettre retrouvée dans son dortoir. Le meurtrier s’en prend aux « gosses de riches » et s’insurge de la «débauche » sur le campus. De son côté, Larry Hincker, vice-président de Virginia Tech, a indiqué que l’auteur de la fusillade était un «solitaire » et que les autorités avaient de la peine à trouver des informations sur lui. Selon des documents officiels, L’étudiant avait été amendé par la police le 7 avril dernier pour un excès de vitesse. Il devait passer devant un juge le 23 mai prochain. Cho Seung-hui est arrivé aux Etats-Unis à l’âge de huit ans. Le jeune homme au visage de gamin sur la photo du registre de l’université, possédait une carte verte, permis de séjour américain. Cet étudiant vivait sur le campus mais était originaire de Centreville, une ville de Virginie à 40 minutes de Washington. Ses parents y résident encore, mais ont été évacués par les autorités lundi soir avant que l’identité de leur fils ne soit révélée. L’étudiant a été retrouvé avec deux revolvers sur lui, un 9 mm et un 22mm. Hier soir, les autorités n’avaient pas confirmé que Cho Seung-Hui était l’auteur des deux fusillades à deux heures d’intervalle. Mais le colonel Steve Flaherty, chef de la police du campus, a déclaré qu’il était « raisonnable » de penser que l’étudiant sud-coréen était le seul responsable du carnage qui a fait 32 victimes. Les témoins du drame ont livré hier en boucle leur histoire sur les plateaux de télévision improvisés devant les bâtiments de l’administration de l’université. Erin Sheehan, une survivante, a décrit un meurtrier « minutieux ». Cho Seung-hui avait barricadé les portes du deuxième bâtiment pour empêcher les étudiants de sortir. Dans son sac à dos, la police a retrouvé un reçu pour l’achat d’un revolver 9mm en mars dernier. Détenteur d’un permis de séjour valable, le forcené s’était procuré son arme légalement. Blacksburg / J-C De. «Je ne sais pas ce que je dirai à mes étudiants lundi»
Nicolas Graf va devoir en trouver pour reprendre ses cours. Tâche difficile. «Il faut s’imaginer que c’est comme le Gros-de-Vaud ici, dit-il aux côtés de son épouse Stéphanie. La criminalité est quasmient inexistante et les gros titres étaient jusqu’ici réservés à l’équipe de football américain ». Ancien professeur de finance à l’école hôtelière, Nicolas Graf, 31 ans, est arrivé à Blacksburg en janvier pour terminer son doctorat. Il doit y rester jusqu’à la fin de l’année. Sa femme suivait un cours en bordure du campus lundi matin au moment de la double fusillade. Le Lausannois explique pour sa part avoir appris ce qui se passait dans son université au travers d’ emails envoyés par l’univesité. «C’ette situation est d’autant plus inexplicable que je n’ai jamais véritablement senti la présence des armes dans cette région », poursuit-il. «Mon rêve américain ne s’est pas cassé lundi puisque je ne l’ai jamais véritablement eu, conclut Nicolas Graf. Ma femme et moi sommes ici pour me permettre de terminer mon doctorat. Mais il est vrai que notre expérience est aujourd’hui troublée». J-C De CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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