Le vendeur du pistolet du massacre se dédouane
Roanoke. “Guns!” (Pistolets !) Le conducteur de la voiture rouge qui longe le magasin d’armes, lève le poing par la fenêtre et crie son soutien à John Markell, le propriétaire du commerce. Markell, un homme de taille moyenne, a vendu l’un des deux pistolets utilisés par Seung-hui Cho lundi 16 avril 2007, pour abattre 32 personnes à la Virginia Tech à Blacksburg, avant de se suicider. Il se défend : «Je suis désolé, mais je n’y peux rien. Le gamin ne sortait pas du lot et rien ne l’empêchait légalement de s’acheter une arme. Il aurait pu le faire n’importe où Virginie ». Roanoke Firearms, l’armurerie de John Markell est dans la banlieue de Roanoke, la principale ville du Sud-Ouest de la Virginie, à près de 60 kilomètres de Blacksburg. En huit ans d’exploitation, le magasin a vendu 16 000 armes. Parmi elles, le propriétaire précise que sept sont impliquées dans des morts violentes. Le carnage de lundi ne remet cependant rien en cause pour lui: « Le deuxième amendement de la constitution américaine (n.d.l.r. : qui garantit le droit au port d’arme) a été conçu il y a plus de 200 ans pour protéger nos libertés, affirme-t-il. Changer les lois ne servirait à rien. Cho, par exemple, a enfreint la loi de son université qui interdisait toute présence d’arme à feu sur le campus. Et ça ne l’a pas empêché de perpétrer son acte». En Virginie, tout majeur muni de trois pièces d’identité et qui n’a pas de casier judiciaire, peut se pocurer une arme en une trentaine de minutes. Jusqu’en 1998, une loi au niveau fédéral ordonnait un délai de 5 jours lors de l’achat d’une arme. Sous la pression des puissants lobbies pro-armes comme la National Rifle Association (NRA), le Congrès ne l’a pas renouvelée, laissant aux Etats le soin de légiférer eux-mêmes. La Californie impose par exemple un délai de dix jours entre l’achat et la prise de possession de l’arme. La Virginie n’en exige aucun. John Markell fait partie de deux associations. Il est membre de la NRA au niveau national et de la Ligue de Virginie pour la défense des citoyens au niveau étatique. La machine des lobbies pro-armes est extrêmement bien huilée. La NRA qui est aujourd’hui dirigée par Sandra Froman, la deuxième présidente de son histoire, dit avoir 4,3 millions de membres. Considéré comme l’un des plus puissants lgroupe de pression aux Etats-Unis, la NRA a plusieurs lobbyistes au Congrès qui se battent contre toutes les tentatives de légiférer sur le port d’armes. La NRA est très active sur Internet. A chaque fois qu’un vote touche de près ou de la loi aux armes, elle envoie des emails à ses membres pour leur demander d’appeler les parlementaires qui se battent contre ses intérêts. La NRA pèse aussi sur la campagne présidentielle. Certians analystes la créditent d’avoir fait perdre la Maison Blanche à Al Gore. Le candidat démocrate a avait à l’époque proposé de faire inscrire toutes les armes dans un registre national. L’idée depuis été abandonnée. Même scénario en 2004. Cette fois, c’est John Kerry qui a été la cible de la NRA qui a créé en 2004 NRA News, une chaîne d’information. Le lobby est aujourd’hui dépassé sur sa droite par une organisation plus agressive fondée par un dissident de la NRA, Guns owner of America (littéralement Propriétaires d’armes à feu américain). Au niveau étatique, la NRA et Guns Owner of America sont secondées par des organisations régionales comme la VCDL à laquelle appartient John Markell et qui se battent pour le droit au port d’armes. Le commerçant se méfie aujourd’hui de certains démocrates qui veulent limiter le droit de posséder des fusils d’assaut : « S’ils arrivent à leurs fins, je devrai mettre la clé sous la porte.» Le tueur avait brièvement été interné
A fin 2005, Seung-hui Cho avait fait un bref séjour dans une institution psychiatrique pour être examiné. Deux jeunes filles l’avaient accusé de harcèlement cette année-là. La personnalité de Seung-hui Cho, l’auteur de la pire tuerie de l’histoire moderne américaine, est un puzzle dont les pièces se mettent lentement en place. Au cours d’une conférence de presse hier matin, la police a confirmé les nombreux témoignages recueillis qui décrivaient un jeune homme à problèmes. En 2005, deux jeunes filles ont contacté les forces de l’ordre pour accuser Seung-hui Cho de harassement. L’étudiant sud-coréen a même été emmené dans un hôpital psychiatrique à fin 2005, à la suite d’un appel de l’une des connaissances qui le suspectait d’être suicidaire. Les jeunes filles n’ont pas porté plainte et ne font pas partie des 32 victimes de la tuerie de lundi. Depuis ces deux affaires, Cho n’avait plus eu de problèmes avec les forces de l’ordre. Ses compositions et pièces de théâtre morbides lui ont en revanche d’être renvoyé de l’un de ses cours. L’une d’elles, intitulée Richard McBeef a été publié mardi sur Internet. Elle raconte l’histoire d’un enfant de 13 ans qui s’en prend violemment à son père adoptif et l’accuse d’être pédophile. «Je dois tuer Dick », dit l’enfant dans l’une des répliques. La pièce se termine par le meurtre du garçon par son beau-père. Le portrait dressé par les professeurs et camarades de Cho est celui d’un jeune homme solitaire qui portait des lunettes de soleil pendant les cours et évitait les contacts visuels. Il écoutait en boucle « Shine » (brille), une chanson du groupe Collective Soul. Il en avait même affiché les paroles au mur de sa chambre. Un texte qui dit notamment : « Apprends-moi à aimer, apprends-moi à patager, dis-moi ou aller, dis-moi que l’amour sera au rendez-vous ». Selon l’un des collocataires interrogés par CNN, Cho s’est levé à 5 heures du matin lundi. Fidèle à son habitude, le jeune homme n’aurait rien dit, ni regardé celui avec qui il partageait son apppartement. Deux heures plus tard, le carnage commençait. Une version similaire de cet article a été publiée le 19 avril 2007 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève. A lire sur le même thème les articles de tpinews.com: CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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