Seung-hui Cho: « Je l’ai fait pour mes frères et sœurs »
New York. Les lunettes que Seung-hui Cho portait sur sa photo d’immatriculation diffusée mardi, ont disparu. Les traits de l’étudiant au visage de gamin, que les témoignages recueillis ces derniers jours à Virginia Tech de Blacksburg décrivaient comme chétif, mal dans sa peau, morbide et solitaire, se sont violemment durcis hier. Le cheveu court, le regard empli de colère : dans un paquet comprenant des vidéos, 43 photos et des textes, envoyé à la chaîne NBC News entre les deux fusillades du lundi 16 avril qui ont fait 32 victimes, Seung-hui Cho, le tueur, se revendique comme le défenseur des humiliés : «Je n’avais pas à le faire, dit-il dans une séquence vidéo. J’aurais pu partir. J’aurais pu fuir. Je ne l’ai pas fait. Mais non, je ne vais pas fuir plus longtemps. Ce n’est pas pour moi. C’est pour mes enfants, pour mes frères et sœurs que vous avez enc….Je l’ai fait pour eux». Les expressions de Seung-hui Cho changent au fil des séquences tournées dans des lieux distincts. On le voit tour à tour menaçant, déterminé, hagard, haineux. L’étudiant de 23 ans qui a grandi aux portes de Washington, se compare à Jésus-Christ: «Vous avez vandalisé mon coeur, déchiré mon âme, torturé ma conscience. Vous pensiez mettre fin à la vie d’un garçon pathétique. Grâce à vous, je meurs comme Jésus-Christ, pour inspirer des générations de personnes faibles et sans défense ». «Vous m’avez acculé et donné qu’une seule option, ajoute-t-il dans une autre séquence. C’était votre décision. Maintenant vous avez du sang sur les mains que vous ne pourrez pas laver.» Les photos montrent Seung-hui Cho avec une arme dans chaque main, un pistolet sur la tempe ou un poignard sous la gorge. Le jeune homme aux tendances suicidaires avait été interné contre son gré dans une institution psychiatrique en décembre 2005. Ce placement aurait théoriquement dû l’empêcher de se procurer une arme. Au cours d’une conférence de presse hier matin, Steve Flaherty, le commandant de la police de Virginie, a relativisé l’importance du courrier pour son enquête. «Ce paquet a confirmé ce que nous savions déjà », a-t-il indiqué avant d’expliquer que les investigations allaient entrer dans une nouvelle phase pour tenter de déterminer le déroulement des deux fusillades et de trouver des explications à la tragédie. Le timbre postal indique que le pli a été envoyé en express à 9 heures 01, soit après la première fusillade qui a fait 2 morts, et une quinzaine de minutes avant le début du bain de sang qui a coûté la vie à 30 autres personnes. Le courrier a mis deux jours pour arriver à New York car le code postal était faux. Une fois son envoi effectué, Seung-hui Cho a quitté le bureau de poste situé sur la buccolique et vallonée rue principale de Blacksburg pour retourner sur le campus. Un trajet qui prend une dizaine de minutes à pied. Aux allentours de 9 heures 15, l’étudiant commençait son carnage avant de finalement retourner l’arme contre lui. La police a dit hier n’être pas encore en mesure de dire si le jeune homme avait tiré au hasard ou choisi ses victimes. Dans son message vidéo, le meurtrier s’en prend à ceux qui « avaient tout » et mentionne les « martyrs Eric et Dylan », une référence à Eric Harris et Dylan Klebold, les auteurs de la tuerie au collège de Columbine (Colorado), au cours de laquelle 13 personnes avaient trouvé la mort. C’était le 20 avril 1999. Jean-Cosme Delaloye Cet article est paru le 20 avril dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève A lire sur le même thème les articles de tpinews.com: Le cauchemar des survivants de Blacksburg. Le vendeur du pistolet du massacre se dédouane. CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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