Les Etats-Unis et l’Iran bombent le torse mais se parleront

  • Washington et Téhéran ont annoncé dimanche 13 mai 2007 la tenue prochaine de discussions directes sur l’Irak.
  • Parallèlement, la guerre des mots se poursuit.
  • the.point.is. fait le point avec deux experts sur l’Iran

New York. Parlera, parlera pas. Les Etats-Unis et l’Iran ont finalement annoncé le dimanche 13 mai avoir opté pour la première solution. Des représentants américains et iraniens vont se rencontrer dans les semaines qui viennent à Bagdad pour parler de la situation sécuritaire en Irak. Ces discussions formelles qui auront lieu au niveau des ambassadeurs, représentant une évolution historique pour deux pays qui ne parlent plus depuis 1979. Lors d’une conférence sur l’Irak en Egypte la semaine dernière, Condoleezza Rice, la Secrétaire d’Etat américaine, avait côtoyé son homologue iranien des Affaires étrangères, mais sans lui parler directement.

Pour Washington, l’enjeu d’une telle rencontre est de tenter de trouver une solution à la crise politique et sécuritaire du côté de Bagdad. « Le but de ses discussions est de faire en sorte que les Iraniens jouent un rôle productif en Irak », a expliqué hier Gordon Jonhndroe, porte-parole du Conseil pour la Sécurité nationale de la Maison Blanche. Ces discussions permettent à Téhéran de lutter contre son isolement sur la scène internationale en raison de son programme nucléaire.

Malgré ce timide rapprochement sur l’Irak, les suspicions entre les deux pays restent profondes. Lors d’une conférence de presse hier aux Emirat arabes unis, le président iranien Mahmoud Ahmedinejad a déclaré que les Etats-Unis « regretteront » une éventuelle opération militaire. « Ils ne peuvent pas attaquer l’Iran, a aussi dit Mahmoud Ahmadinejad. Le peuple iranien est en mesure de riposter, de bien se protéger et de se défendre ». Le président iranien répondait aux propos tenus vendredi dernier par Dick Cheney. Le vice-président américain avait affirmé que les Etats-Unis ne permettraient pas à l’Iran de se doter d’armes nucléaires.

« Contrairement à ceux qui pensent que l’envoi de renforts américains dans la région du Golfe, est un prélude à une attaque contre l’Iran, il me semble plus plausible que cette démarche ait été décidée pour renforcer la position américaine en vue de négociations », déclare Gary Sick, un ancien du Conseil pour la Sécurité nationale sous les présidents Ford, Carter et Reagan. « A mon avis, réunir les rerésentants des deux pays dans une même pièce est une belle évolution, étant donné que les Etats-Unis ont dit qu’ils ne considéreraient pas de discussions directes avec l’Iran tant que ce pays n’aurait pas rempli certaines conditions. Conditions qui ne sont d’ailleurs toujours pas remplies », poursuit l’homme qui est aujourd’hui expert sur l’Iran à l’Université de Columbia à New York.

Raphaël Ramos, chercheur associé à l’European Stategic Intelligence Security Center (ESISC) affirme pour sa part que la question iranienne est liée à la question du bouclier anti-missile américain que Condoleezza Rice a défendu les 14 et 15 mai à Moscou: « Dans le dossier nucléaire iranien, l’unité de la communauté internationale est essentielle, dit-il. Des tensions entre les Etats-Unis et la Russie risquent d’être contre-productives ».

Gary Sick rappelle que l’Iran cherche à obtenir des discussions directes avec les Etats-Unis depuis 2003 et reste sceptique sur l’issue de la future rencontre irano-américaine : « Après plus de 27 ans d’hostilité, il est très difficile d’imaginer les Etats-Unis ou l’Iran être capables d’une approche plus logique des problèmes bilatéraux», conclut-il.

Jean-Cosme Delaloye / New York
Une version similaire de cet article a été publiée le 15 mai 2007 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève.
Retrouvez l’analyse mise à la disposition de the.point.is. par Gary Sick, ancien conseiller sur le Moyen-Orient pour trois présidents américains. Le texte est disponible sur la version anglaise de tpinews.com.
Retrouvez également l’article de Raphaël Ramos consacré aux relations américano-iraniennes et publié sur le site de l’ESISC.


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