Les Etats-Unis sur la voie de l’immigration “choisie”

  • Le 17 mai 2007, des sénateurs démocrates et républicains se sont mis d’accord sur un projet de réforme en profondeur de la politique d’immigration aux Etats-Unis.
  • Ils proposent de légaliser sous conditions les 12 millions de clandestins tout en privilégiant désormais une immigration «au mérite».
  • Cette loi transformerait radicalement l’actuelle politique américaine d’immigration qui privilégie le regroupement familial.

New York. Entre Jon Kyl, sénateur conservateur de l’Arizona, et Ted Kennedy, sénateur progressiste du Massachusetts, il y a généralement un monde. Les deux hommes ont toutefois réussi à s’entendre jeudi sur un épineux dossier: l’immigration. Le 17 mai 2007, des élus républicains emmenés par Kyl et des démocrates réunis derrière Kennedy ont annoncé avoir trouvé un accord pour réformer en profondeur politique d’immigration américaine. S’il est accepté par le Congrès, ce projet de loi permettra de régulariser sous conditions la situation des quelque 12 millions de clandestins aux Etats-Unis tout en bouleversant les conditions d’accueil des futurs immigrés en privilégiant une « immigration choisie » aux dépens du regroupement familial.

A l’heure actuelle, les étrangers vivant légalement aux Etats-Unis peuvent faire venir leurs proches en les sponsorisant. Les républicains ont obtenu dans le pacte l’instauration d’une immigration «au mérite », semblable à ce qui se fait au Canada et en Grande-Bretagne. Les futurs candidats à l’installation aux Etats-Unis seraient jugés sur la base d’un système à points qui prendrait notamment en compte leur formation et leur maîtrise de l’anglais et non plus leurs liens de parenté avec des gens déjà établis sur le territoire américain.

En échange, les démocrates obtiennent un programme de régularisation des clandestins sous conditions. Si la loi est votée, les sans-papiers devront payer une amende de 5000 dollars (6100 CHF), rentrer dans leur pays d’origine pour faire une demande de visa et attendre entre 8 et 13 ans avant d’obtenir leur carte verte, permis de séjour permanent aux Etats-Unis.

Bousculé depuis que son parti républicain a perdu le contrôle du Congrès à la fin de l’année dernière, George Bush a fait de la réforme de la politique d’immigration américaine l’un des grands dossiers de son second mandat. Jeudi, le président américain a immédiatement salué le projet qui se rapproche de ce qu’il demande depuis des mois.

A peine annoncé, l’accord a sévérèment été critiqué dans les milieux anti- et pro-immigration. Lou Dobbs, présentateur de la chaîne CNN et fervent partisan d’une politique d’immigration restrictive, a décrit le jeudi 17 mai l’accord comme une victoire du « lobby pro-illégaux ». Les milieux conservateurs comparent le pacte des dix sénateurs républicains et démocrate à une amnistie généralisée des sans-papiers.

En face, Hoy, le plus important quotidien hispanique gratuit à New York, a titré le lendemain « inacceptable » en « Une ». Le journal qui se profile depuis des mois comme le porte-parole des immigrés latino-américains critique les conditions auxquelles doivent se plier les sans-papiers pour que leur situation soit régularisée et s’en prend surtout à l’intention des sénateurs de limiter sérieusement le droit au regroupement familial. Cet appel est relayé par la Coalition pour l’Immigration à New York qui proclame dans un communiqué : « pas de famille, pas d’accord ! »

Les groupes de pression vont peser de tout leur poids dans le débat qui s’ouvre dès le 21 mai au Sénat. En ballottage favorable à la Chambre Haute du Congrès, ce projet de loi risque d’avoir plus de peine à passer à la Chambre des Représentants lorsqu’il sera discuté en juillet prochain. George Bush croit, lui, en cette réforme qui, si elle était acceptée, représenterait l’un des rares succès de son second mandat.

Jean-Cosme Delaloye / New York
Cet article a été publié le 19 mai 2007 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève.


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