George Bush accroît la pression sur le Soudan

  • Le président américain a annoncé le 29 mai 2007 de nouvelles sanctions économiques américaines contre le Soudan pour tenter de mettre fin au génocide au Darfour.
  • La Maison Blanche va aussi essayer d’obtenir une nouvelle résolution onusienne contre le Soudan.

New York. Fidèle à ses habitudes, George Bush a commencé sa journée de bonne heure le 29 mai 2007 à la Maison Blanche. A huit du matin, heure de Washington, le président américain a annoncé sa décision d’imposer de nouvelles sanctions économiques américaines sur le Soudan (photo: combattant du Darfour ©Tim McKulka, UNMIS). « Le peuple du Darfour souffre depuis trop longtemps aux mains d’un gouvernement qui est complice dans le bombardement, le meurtre et le viol de civils innocents, a-t-il déclaré. Mon gouvernement a justement qualifié ces actions de génocide. Le monde a la responsabilité d’aider à y mettre fin ».

Après avoir durement critiqué le président soudanais Omar Al-Bachir, George Bush a annoncé que le Département américain du Trésor renforcerait les sanctions économiques contre une centaine de sociétés soudanaises et incluerait 31 nouvelles compagnies, deux hauts responsables gouvernementaux soudanais et un chef rebelle à la liste noire américaine. Tous les groupes visés ne pourront plus traiter avec les Etats-Unis et utiliser le dollar comme devise pour leurs échanges commerciaux. Condoleezza Rice, la Secrétaire d’Etat, a aussi été chargée de faire approuver une nouvelle résolution onusienne pour imposer des sanctions contre le Soudan et un embargo sur la vente d’armes.

Le président américain accroît régulièrement la pression sur le Soudan. En août 2004, il avait décrit la situation au Darfour comme « brutale » avant de parler pour la première fois de génocide le mois suivant.

Au siège des Nations Unies à New York, Jean-Marc de la Sablière, ambassadeur de France à l’ONU, a indiqué le 29 mai 2007 être en consultations avec ses homologues britanniques et américains sur la question d’une nouvelle résolution et a dit que la France était « prête ». Le personnel de la Mission du Soudan à l’ONU à Genève a pour sa part refusé de commenter les sanctions américaines sous prétexte que l’ambassadeur « n’était pas à Genève ». A Khartoum, le gouvernement soudanais a cependant critiqué la démarche de la Maison Blanche : « Je pense que ces sanctions ne sont pas justifiées. Nous coopérons avec les Nations Unies » a assuré à l’agence Reuters Mutrfif Siddig, sous-Secrétaire soudanais aux Affaires étrangères.

Eric Reeves, expert sur le Soudan au Smith College dans le Massachusetts et auteur d’un ouvrage sur le Darfour, estime que « les sanctions américaines n’auront aucun effet » : « Nous avons depuis 1997 un important régime de sanctions contre le Soudan mais il n’a pas servi à grand chose, explique-t-il. Ces sanctions ne font que rendre plus difficile le commerce en dollars pour les compagnies et les individus visés. Mais ils n’ont qu’à traiter en euros ou en yens ».

Le professeur a lancé en début d’année aux Etats-Unis une campagne intulée « Les Jeux Olympiques du Génocide » pour tenter d’inciter la Chine à lâcher Khartoum avant les Jeux Olympiques de Pékin l’année prochaine. La Chine achète actuellement plus de la moitié de la production pétrolière soudanaise et est le principal investisseur au Soudan : « Le gouvernement chinois a réitéré hier son opposition aux sanctions, poursuit Eric Reeves. Il faut le mettre sous pression. Comment pouvez-vous sinon imposer de nouvelles mesures si l’un des acteurs majeurs n’en veut pas ? ».
Jean-Cosme Delaloye / New York

Cet article est paru le 30 mai 2007 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève.


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