Les Etats-Unis et l’Iran entament un dialogue “positif” en Irak
New York. Il y a des face-à-face qui entrent dans l’histoire. Celui du 28 mai 2007 entre Ryan Crocker, ambassadeur américain en Irak, et Hassan Kazemi-Qomi, son homologue iranien, marque une étape importante dans les relations torturées entre les Etats-Unis et l’Iran. Leur rencontre à Bagdad est la première réunion formelle entre des représentants des deux pays depuis que Washington a offciellement rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran en 1980. Pendant quatre heures, Ryan Crocker et Hassan Kazemi-Qomi ont abordé, dans les bureaux du premier ministre irakien Nouri al-Maliki, la question de la sécurité en Irak. A l’issue de la rencontre qualifiée de « positive » par l’ambassadeur américain en poste à Bagdad, les deux parties ont affirmé leur volonté d’avoir un Irak stable, pacifique et démocratique. Ryan Crocker a toutefois estimé que l’Iran devait concilier ses paroles et ses actes. L’amabassadeur américain a aussi déclaré avoir exposé aux Iraniens les déolances de son gouvernement. Washington accuse depuis des mois les autorités iraniennes de s’ingérer dans les affaires irakiennes. Le mois dernier, le général William Caldwell a affirmé que les services secrets iraniens forment les milices shiites irakiennes. Ryan Crocker dit avoir demandé à son homologue iranien que ces pratiques « cessent ». « Les Iraniens n’ont pas répondu dans le détail aux point que j’ai exposé », a-t-il dit lors d’une conférence de presse organisée peu après la réunion. Le diplomate américain a aussi fait part des intentions du gouvernement irakien d’organiser une nouvelle rencontre avec les Etats-Unis et l’Iran. La rencontre d’hier marque un changement de cap important dans l’approche du dossier iranien par le gouvernement Bush. Le 30 mai 2006, Condoleezza Rice, la Secrétaire d’Etat américaine avait donné son feu vert sous conditions à l’ouverture de négociations bilatérales avec l’Iran pour autant que le gouvernement du président Mahmoud Ahmadinejad suspende ses activités nucléaires. Cette condition a toujours été rejetée par Téhéran. Du coup, en décembre 2006, lorsqu’ un groupe d’experts emmené par James Baker, l’ancien Secrétaire d’Etat, présente son rapport sur l’Irak et se prononce en faveur de l’ouverture d’un dialogue à trois avec la Syrie et l’Iran pour tenter de trouver une solution à la crise irakienne, George Bush refuse avant de finalement assouplir sa position dans les mois qui suivent. En mars de cette année, premier signe d’ouverture : des représentants américains et iraniens participent ensemble à une conférence à Bagdad. Le 5 mai dernier, Condoleezza Rice échange quelques mots avec son homologue iranien en marge d’un sommet régional en Egypte. Ce rapprochement entre Washington et Téhéran sur l’Irak ne masque toutefois pas la profonde discorde qui persiste entre ces deux capitales à propos du programme nucléaire iranien. Cette question n’a pas été abordée hier à Bagdad. Le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad est sous la menace de nouvelles sanctions onusiennes après n’avoir pas respecté la semaine dernière une nouvelle date butoir pour geler ses activités d’enrichissement d’uranium. Ari Larijani, négotiateur iranien pour les questions nucléaires, doit normalement rencontrer après-demain Javier Solana, le chef de la politique étrangère européenne. La portée de ces discussions reste modeste. Ces dernières doivent permettre de déterminer aux Européens et Iraniens sur quels points ils peuvent ouvrir des négociations. Jean-Cosme Delaloye / New York Crocker, le nouvel homme fort de George Bush en IrakOn le dit discret et stoïque. Ryan Crocker, le nouvel ambassadeur américain à Bagdad qui a rencontré hier son homologue iranien, a passé 36 ans au service de la diplomatie américaine et connaît bien le Moyen-Orient. Avant d’être dépêché en Irak, Crocker a notamment servi comme ambassadeur en Syrie, au Liban, au Koweit et au Pakistan. En 2001, c’est lui qui avait déjà rencontré officieusement des représentants iraniens pour leur demander de contribuer à la stabilité de l’Afghanistan, une fois les talibans chassés du pouvoir. En 2003, l’homme qui parle couramment l’arabe, aurait mis en garde Colin Powell, alors Secrétaire d’Etat, sur les risques d’une attaque américaine en Irak. A Bagdad, il a remplacé Zalmay Khalilzad qui a été nommmé ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU et a prêté serment le 29 mars dernier. Cet article est paru le 29 mai 2007 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève. CommentsYou must be logged in to post a comment. |
||

