Kelly Clarkson: “On m’a dit : tais-toi et chante”

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  • INTERVIEW de Kelly Clarkson.
  • Première gagnante d’ «American Idol», emission phare de la television américaine, Kelly Clarkson, 25 ans, a sorti le 22 juin 2007 My December, son troisième album, sur fond de frictions avec sa maison de disque.
  • Elle a récemment annulé sa tournée estivale aux Etats-Unis.

Los Angeles. Elle entre dans la pièce en parlant de son acné. «Pas cool » dit Kelly Clarkson (photo Chapman Baehler) en riant. Le propos ne cadre ni avec l’endroit – un hôtel de luxe à Beverly Hills -, ni avec l’image de la jeune femme – une véritable star aux Etats-Unis. Il est en revanche l’expression de ce franc-parler caractéristique du Texas, d’où la chanteuse de 25 ans est originaire. Malgré deux Grammys et 11 millions d’albums vendus avec Breakaway, son précédent disque, Kelly Clarkson sait qu’elle a beaucoup de choses à prouver avec My December, un album qu’elle a entièrement composé. Les désaccords avec sa maison de disque ont fait les choux gras de la presse people et la chanteuse a récemment annulé sa tournée américaine de cet été. Rasion officielle : Kelly Clarkson avait besoin de souffler. Rasion offcieuse : l’ancienne ganagnante d’American Idol peinait à remplir les salles.

On a beaucoup parlé aux Etats-Unis des désaccords avec votre label.
C’est drôle. Il n’y a pas eu de différence avec les autres albums. Mon label n’a déjà pas aimé Thankful (nd.l.r. : le premier disque de Kelly Clarkson) pas plus que Breakaway. Il y a toujours un problème. Que ce soit avec moi, Justin Timberlake ou n’importe qui d’autre.

Mais est-ce vrai que votre maison de disque a retardé le lancement de votre album pendant des mois pour tenter de vous faire changer de direction ?
C’est vrai que Clive Davis (n.d.l.r. puissant patron de RCA, le label de Clarkson) et moi avons eu des désaccords sur mes trois albums. Et ce sera vrai pour les sept disques qui suivront. L’album était prêt depuis janvier mais nous avons tenté de trouver la meilleure date de sortie par rapport aux autres artistes du label.

Avec My December, vous quittez définitivement la pop pour le rock.
C’est ce que les gens disent. Mais à part Never Again, Hole et Judas, il n’y a pas de guitares lourdes sur cet album. Il y a un peu de tout. Ce n’est pas du Metallica, ni du Courtney Love. Jusqu’ici j’ai eu raison et cela marche plutôt bien pour moi. Je fonctionne avec mes tripes et ne veux jamais faire le même disque. Qui voudrait acheter Breakaway II alors que j’ai déjà fait Breakaway ? Les suites ne sont jamais aussi bonnes.

Mais que va-t-il se passer si cette fois vous échouez?
J’ai gagné. Mon album va sortir et il est exactement comme je le voulais. Les gens mesurent le succès au nombre d’albums vendus, mais je n’ai jamais ressenti la pression. Je n’étais pas nerveuse à la sortie de Breakaway quand mon label pensait que je ne vendrais que 600 000 disques. Je n’ai pas ressenti la pression quand j’ai travaillé comme une folle à travers le monde et que personne ne me soutenait. Je suis déterminée. Mon but avec cet album est que les gens sachent que je ferai toujours des albums que j’aime et auxquels mon public peut s’identifier.

L’une de vos chansons s’intitule Judas. Pourquoi ?
Dans la Bible, Judas est la trahison ultime. Quand vous avez une vingtaine d’années, vous décrouvrez qui sont vos véritables amis. Les gens grandissent différemment. Ce morceau chanson parle de la sensation d’humiliation et de la stupidité que vous ressentez quand vous avez été trahi.

Avez-vous été trahie ?
Oui malheureusement, mais ce n’est pas rare dans cette industrie.

Vous êtes la première gagnante d’American Idol. Du coup, il y a cette perception que votre carrière a été formattée pour la télévision. Avez-vous choisi de vous rebeller contre cette image avec My December ?

Non je ne me suis jamais rebellée ? Pourquoi me rebellerai-je contre 60 millions de téléspectateurs ?

Pas forcément contre les téléspectateurs mais contre ce système de starification.
Mais ce n’est pas un système. Le public est la raison d’être de cette émission. J’ai rencontré beaucoup d’artistes qui ont été formatés par des labels pour avoir une image de mauvais garçon. «American Idol» rencontre autant de succès aux Etats-Unis parce que l’avis des gens compte. Les labels ne donnent pas assez de crédit au public. Ils considèrent les auditeurs comme des robots idiots que l’on contentera avec des formules toutes prêtes. Tout le monde n’est toutefois pas comme cela dans cette industrie et il y a des gens avec lesquels je m’entends très bien dans mon label.

Vous parlez souvent de l’influence de Dieu dans vie. Pourquoi?
Dieu est très important. Je suis croyante depuis que j’ai 13 ans. Lorsque j’ai écrit la chanson Irvine pour mon album, j’étais au plus bas. Après cette expérience, j’ai su qu’il doit y avoir quelqu’un qui veille sur moi. Que ce soit Dieu, Allah ou quoi que ce soit d’autre, je pense qu’il y a définitivement quelqu’un qui nous soutient.
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Kelly Clarkson et Jean-Cosme Delaloye (photo Karine Vouillamoz)

Vous avez dit que vous ne voulez pas être la Jeanne d’Arc de l’industrie du disque. Que voulez-vous dire par là ?
Il y a des gens qui m’opposent aux labels et qui disent que nous nous disputons. C’est le cas. Mais le gens me dépeignent comme une fille qui va faire plier les labels. Je ne suis pas ce genre de personne. Je travaille bien avec mon label. Dans un groupe, je suis toujours celle qui fait le plus de compromis. C’est bizarre de me labelliser comme la fille qui va changer l’industrie du disque parce que ce n’est pas moi. Moi, j’écris de la musique que j’aime et si les gens des labels n’aiment pas ce que je fais, tant pis pour eux. Mais ça s’arrête là.

Que ressentez-vous quand vous pénétrez dans un coffee shop, un bar ou un théâtre de Hollywood et que vous voyez ces jeunes Américains qui, comme vous il n’y a pas si longtemps, sont venus ici pour tenter de réaliser leur rêve. Vous aviez vous–même abandonné dans un premier temps…
C’est ce qui a été écrit mais ce n’est pas le cas. Mon appartement a brûlé. Je ne crois pas que l’on puisse parler d’abandon. C’est de la poisse. J’avais quatre petits boulots. J’aime bien aller dans les cinémas, cafés et autres endroits où je travaillais. Des gens vous donnent leurs cartes et des démos qu’ils vous demandent d’écouter. Je le fais 99% du temps car j’étais dans leur situation il n’y a pas si longtemps. J’ai engagé des groupes de cette manière. Je pense qu’il faut promouvoir cette approche. Si vous êtes à Hollywood, cela veut dire que vous voulez vraiment réaliser votre rêve car c’est intense ici.

Est-ce plus difficile d’être une femme dans l’industrie de la musique ?

Je pense qu’il est plus dur d’être jeune car tout le monde vous regarde de haut. Je me rappelle l’une des chansons que j’ai écrites sur mon précédent album. Tout le monde a rit quand je l’ai apportée. On m’a dit que j’étais un compositeur de m…., on m’a dit « tais-toi et chante ». Mais je me suis battue pour garder ce morceau sur mon album. C’est devenu un hit et tout à coup, tout le monde l’a trouvé génial. J’ai déjà écrit des morceaux pour mon premier album et on dit aujourd’hui encore que j’essaie d’écrire. Combien de tubes devez-vous faire pour que l’on vous considère comme un compositeur ?

Certains essaient sûrement de profiter de vous et de votre succès…
Ca peut être émotionnellement et mentalement éprouvant d’être la patronne à 25 ans, mais ça n’est rien d’insurmontable. Dans la vie en général, je ne crois pas qu’il vous arrive des choses que vous ne puissiez pas gérer. Je me suis fait avoir, oui. Mais je vais pas le ruminer. Je ne vais pas tout à coup me méfier de tout le monde parce que telle ou telle personne m’a trahi. C’est de l’ignorance. Je préfère qu’on continue à profiter de moi plutôt que de me renfermer. Ca sonne comme si on me trahisait souvent, ce qui n’est pas le cas. Mais quand vous vous faites avoir, je ne crois pas que ce soit une raison pour vous réfugier derrière le cliché « Mon Dieu c’est si dur d’être une star ». C’est ridicule. Ce n’est pas dur.

Qu’avez-vous fait de votre premier cachet ?
Je l’ai utilisé pour offrir une voiture à mon amie Jessica. C’est elle qui m’a inscrite à «American Idol » quand mon appartement a brûlé. Je rentrais aux Texas après avoir vécu pendant trois jours dans ma voiture. Inutile de vous dire que ça n’avait pas fonctionné. Quand je suis arrivée au Texas, elle m’a parlé de cette audition pour American Idol. Je lui ai dit que si je gagnais, je lui achèterais la voiture de ses rêves. C’est ce que j’ai fait.

Habitez-vous toujours au Texas ?
Oh oui.

Pourquoi ?
C’est ma maison et mon endroit favori. C’est là que j’ai grandi et il n’y a rien de comparable. J’habite dans un ranch. Il n’y a personne à la ronde. C’est calme et c’est normal.

Jean-Cosme Delaloye / Los Angeles
Une version courte de l’interview est parue le 16 juin 2007 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève.


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