Al Gore : la voix de la terre
New York. Al Gore (photo Daniella Zalcman) ne souhaiterait très certainement pas que son portrait commence par ce 13 décembre 2000. Ce jour-là, son rêve de devenir président des Etats-Unis, vole en éclats. L’homme vient de passer huit ans à la Maison Blanche comme loyal bras droit du charismatique Bill Clinton. Il a remporté plus d’un demi-million de voix de plus que George Bush lors de l’élection mais doit accepter la décision de la Cour Suprême qui donne la victoire à son adversaire républicain. Ce 13 décembre 2000, Al Gore concède. Cette date a irrémédiablement changé l’ancien vice-président et lui a donné une nouvelle dimension. Après avoir passé des mois dans l’ombre pour (di)gérer une défaite que Karenna, sa fille aînée, a décrit un jour comme «le crève-cœur de sa vie», Al Gore s’est métamorphosé en superstar de l’écologie. L’homme qui se décrit encore parfois comme l’«ancien prochain de président des Etats-Unis» est aujourd’hui la voix de la terre au charisme improbable et au visage rond. Le prophète Gore a secoué les esprits outre-Atlantique avec «An Inconvenient Truth» (Une vérité qui dérange), son documentaire sur le réchauffement de la planète, oscarisé au début de cette année. Même son ancien adversaire George Bush, président qui a longtemps douté de l’impact de l’homme sur les changements climatiques, s’est récemment mis à penser et à parler vert. La démarche est timide – la Maison Blanche refuse toujours de fixer des limites contraignantes aux pollueurs– mais elle est la preuve que les choses sont en train de bouger outre-Atlantique. Live Earth est le nouveau pari d’Al Gore. Le 7 juillet, huit mégaconcerts seront organisés sur 7 continents. L’ambitieux projet de l’ancien vice-président et du producteur Kevin Wall, a pour but de «déclencher un mouvement global pour résoudre la crise climatique». Plus de 150 artistes dont Madonna, The Police, les Beastie Boys, Genesis et les Red Hot Chili Peppers ont répondu à l’appel de Gore et Wall. La défense de l’environnement n’est pas la lubie passagère d’un homme qui chercherait à se réinventer au travers d’une cause. «Je me sens comme le chanteur de country qui a passé 30 ans sur les routes et qui, du jour au lendemain, devient une célébrité», a-t-il récemment déclaré au magazine Time à propos de sa nouvelle notoriété. La santé de la planète inquiète Al Gore depuis longtemps. A la fin des années 1970 et au début des années 1980, il est le co-sponsor d’auditions parlmentaires sur l’environnement et le réchauffement climatique. En 1994, il lance Globe, un programme scolaire qui s’appuie sur Internet pour sensibiliser les enfants à l’écologie. Né à Washington le 31 mars 1948, Albert Arnold Gore Junior a d’abord suivi la voie de son père - Albert Arnold Gore Senior – qui fut Représentant puis Sénateur du Tennessee de 1939 à 1971. Al Gore junior fait sa scolarité en école privée avant de rejoindre Harvard en 1965. Dans la prestigieuse université, il partage sa chambre avec Tommy Lee Jones qui deviendra acteur (les deux hommes sont restés amis). Après avoir passé quatre mois au Vietnam en 1971, il se lance en politique à son retour aux Etats-Unis et est élu au Congrès dès 1976. L’homme qui avait travaillé toute sa vie pour devenir président, gagne beaucoup d’argent depuis qu’il a quitté la politique en 2000. Il réside aujourd’hui avec sa femme Tipper à Nashville (Tennessee) et fait partie du Conseil d’administration d’Apple. Il est impliqué dans Google et préside General Investment Fund, un fond d’investissement qui gère un milliard de dollars. Il est en outre le co-fondateur de Current TV, une chaîne de télévision par cable et sur le Net. Al Gore dit ajourd’hui «ne plus être amoureux de la politique» pour le plus grand désespoir de certains de ses supporters dont Steve Jobs, le patron d’Apple : « Nous sommes coincés dans le trou profond que nous avons creusé et avons besoin de quelqu’un qui sache construire une échelle, a récemment déclaré Jobs. Al est cet homme. Comme beaucoup d’autres, j’ai essayé de le convaincre (n.d.l.r. : de se présenter à la présidentielle) mais je n’ai pas réussi. » Il n’empêche que même libéré de son obsession présidentielle, Al Gore ne s’accorde de temps en temps qu’un coup d’œil intéressé voire envieux vers cette Maison Blanche qui lui a échappé ce 13 décembre 2000. L’ancien vice-président ne fait d’ailleurs pas grand chose pour faire taire les spéculations sur une éventuelle candidature en 2008. «Je n’envisage pas de me présenter », dit-il simplement à qui veut l’entendre. Jean-Cosme Delaloye CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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