L’émir de Dubaï accusé d’esclavagisme

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  • JUSTICE Un juge de Miami a examiné le lundi 16 juillet une plainte collective accusant l’émir de Dubaï d’avoir réduit des milliers d’enfants à l’état d’esclaves pour des courses de chameaux aux Emirats arabes unis.
  • Les avocats de l’émir ont demandé un non-lieu..
  • La magistrate a réservé sa décision.

New York. Dans la peau du juge : Cecilia Altonaga, première magistrate fédérale d’origine cubaine. Cette femme de 45 ans se penchait hier sur une plainte collective déposée au nom de milliers d’enfants-jockeys qui disent avoir été enlevés pour participer à des courses de chameaux aux Emirats arabes unis. Dans la peau des prévenus : le Cheikh Mohammad ben Rached Al Maktoum, émir de Dubaï et Premier ministre des Emirats arabes unis, ainsi que le Cheikh Hamdan ben Rashed Al-Maktoum, son frère et ministre des finances.

Cette affaire entérine la «mondialisation» des plaintes collectives si courantes aux Etats-Unis. En général, des groupes de défense des droits de l’homme initient ce genre de démarche. Mais cette fois, Motley Rice, une grande firme privée qui a fait plier l’industrie du tabac dans les années 1990, s’est lancée dans cette bataille qui pourrait coûter aux deux cheikhs visés des millions de dollars en dommages et intérêts.

Les abus contre les enfants jockeys engagés dans les courses de chameaux aux Emirats arabes unis, sont documentés. En 2005, un rapport du Département d’Etat américain estimait que des milliers d’enfants – dont certains âgés de 3 ou 4 ans - étaient victimes d’un traffic qui touchait principalement le Bangladesh, le Pakistan, le Soudan et la Mauritanie. Selon les auteurs du rapport, les enfants jockeys étaient notamment «abusés sexuellement et physiquement».

Les avocats de ces milliers d’enfants fondent leur démarche sur loi de 1789 aux Etats-Unis qui permet à la justice américaine de se pencher sur des torts faits à des tiers à l’étranger. Pour Beth Stephens, professeur de droit à l’Université de Rutgers et spécialiste des plaintes collectives visant les étrangers, «les prévenus doivent avoir été présents sur le sol américain à un moment ou à un autre et doivent avoir encore un lien avec les Etats-Unis pour pouvoir invoquer la loi de 1789». C’est le cas avec les deux cheikhs qui ont aujourd’hui encore des propriétés en Floride et dans le Kentucky.

Les avocats des deux frères affirment que le lien est trop ténu et demandent un non-lieu. L’émir de Dubaï a personnellement écrit à George Bush en février dernier pour demander au président américain d’intervenir. Les autorités émiratis disent avoir banni l’utilisation d’enfants jockeys et affirment que 1077 enfants ont été rappatriés dans leur pays d’origine depuis 2005. En avril, les Emirats arabes unis dont Dubaï fait partie, ont en outre accepté d’accroître le fond de compensation pour les petits jockeys à 11 millions de dollars.

Pour les avocats des enfants, ce n’est pas assez. Le professeur Beth Stephens estime pour sa part que « dans les cas de violations graves de droits de l’homme, il est bien que les tribunaux américains puissent agir ». Le Département d’Etat américain avait demandé la semaine dernière à la juge Altonaga de déferer son verdict jusqu’à septembre pour laisser le temps au gouvernement Bush de déterminer sa position. A l’issue de l’audience d’hier, la magistrate n’a pas indiqué quand elle rendrait public sa décision.

Jean-Cosme Delaloye
Cet article est paru le 17 juillet 2007 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève.


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