Un général américain l’affirme : «Nous voulons pas de label «Made in USA» en Irak»

- Le brigadier général Robert Holmes, un ancine chauffeur de taxi new-yorkais, est directeur adjoint de la planification des opérations au Commandement central (CENTCOM), branche de l’armée américaine qui couvre l’irak, l’Afghanistan et le Moyen-Orient.
- Le 24 juillet 2007, George Bush a utilisé le mot Al-Qaïda 95 fois en 29 minutes pour justifier la guerre en Irak.
- Le général Holmes fait le point sur la nouvelle stratégie de la Maison Blanche.
New York. Le général Robert Holmes (photo Jean-Cosme Delaloye) connaît bien la «jungle». Avant de rejoindre l’aviation américaine à la fin des années 70, le parachutiste conduisait son taxi dans les rues de New York. Aujourd’hui, l’officier est directeur adjoint de la planification des opérations au Commandement central (CENTCOM), branche de l’armée américaine qui couvre l’irak, l’Afghanistan et le Moyen-Orient. «D’une certaine manière, ce que j’ai vu dans les rues de New York ressemble étrangement à ce que j’ai pu observer dans les rues afghanes, explique-t-il lors de la rencontre avec une poignée de journalistes, le 24 juillet 2007 à New York. New York fut un bon laboratoire pour ma carrière».
Alors que démocrates font pression pour obtenir un retrait des troupes américaines d’Irak, George Bush continue à défendre sa guerre. Le 24 juillet, il a utilisé le mot Al-Qaïda 95 fois dans un discours de 29 minutes sur l’Irak. Pour le général Holmes, la décision du président d’augmenter le nombre de soldats américains du côté de Bagdad, a ouvert de nouvelles perspectives : «Nous avons désormais la possibilité de conduire des opérations simultanées avec les troupes irakiennes dans tout le pays, explique-t-il. C’est une très bonne chose car nous sommes plus unis».
Quel est le but militaire de l’augmentation du nombre de soldats américains en Irak?
Nous n’avons pas changé d’approche: notre but n’est pas de parvenir à une solution militaire en Irak mais de donner aux Irakiens le moyen de gouverner et sécuriser leur pays. Nous voulons pas créer un label «Made in USA» en Irak.
Mais quelle solution militaire peut-il y avoir face à des insurgés qui ont transformé la guerre en guerilla urbaine ?
Nous devons affronter plusieurs ennemis distincts. Nous avons toujours dit que la solution militaire seule ne fonctionnerait pas. Nous avons aussi besoin d’un solide engagement diplomatique pour pouvoir réussir.
Le 23 juillet 2007, lors du débat démocrate pour la présidentielle de 2008, le Sénateur Joe Biden a affirmé qu’il faudrait au moins un an pour retirer les troupes américaines d’Irak. Est-ce vrai ?
Dans ce genre de conflit, un retrait prend du temps. Je n’aime pas fixer des délais car nous faisons face à une insurrection. Les groupes que nous devons combattre ont tous des motivations différentes.
Le 24 juillet 2007, le New York Times a obtenu une copie d’un nouveau plan militaire qui prévoit que les troupes américaines resteront en Irak jusqu’en 2009.
Je n’ai pas lu ce rapport mais notre stratégie reste la même. Nous visons à garantir la sécurité pour permettre aux institutions irakiennes de se développer. Après l’invasion, notre stratégie fut d’entraîner les soldats irakiens afin de leur donner les moyens d’aider leur gouvernement.
Comment voyez-vous la coalition mise sur pied par les Etats-Unis en Irak ? Elle semble continuellement perdre des forces.
La coalition est saine. L’engagement militaire de certains pays fluctue mais il ne faut pas s’arrêter à ça. Il faut aussi regarder l’engagement de nos partenaires dans d’autres domaines. Tous les membres de la coalition lui apportent quelque chose.
Êtes-vous satisfait de l’impact de l’augmentation du nombre de soldats américains en Irak?
Dans les provinces, certains signes sont encourageants. Des villes retrouvent un certain calme et les marchés commencent à réouvrir. Les gens osent sortir de chez eux. La confiance de la population dans son armée croît. Les troupes irakiennes dirigent désormais les opérations dans quatre des 18 provinces. Mais il est vrai que la violence reste une réalité. Des attentats horribles ont pour but de donner l’impression que nous ne progressons pas alors que certaines provinces sont plus sûres.
Avez-vous préparé des plans militaires pour régler la situation au Darfour ?
Le Darfour est une région clé. Les populations ont besoin d’institutions et de services. Des régions comme le Darfour servent de refuge aux groupes terroristes comme Al-Qaïda. Je n’ai pas de plan militaire pour le Darfour mais il faut que la communauté internationale dans son ensemble réagisse.
De plus en plus d’Américains désapprouvent la guerre en Irak. Quel effet cela a-t-il sur le moral de vos troupes?
Nos soldats sont très professionnels et très intelligents. Ils comprennent les implications de cette précieuse liberté qu’est le débat politique. C’est aussi pour cela que je porte l’uniforme. Les batailles politiciennes n’ont pas d’impact sur le moral de nos troupes en Irak. Je n’essaie pas d’enjoliver la situation. L’état d’esprit est sain.
Le 24 juillet, une délégation américaine a rencontré des émissaires iraniens à Bagdad. Qu’espérez-vous à terme de telles rencontres ?
A CENTCOM, nous sommes convaincus que l’Iran peut avoir un rôle positif à jouer au Moyen-Orient. Nous aimerions un Iran qui collaborerait avec nous.
Les Etats-Unis et les pays occidentaux sont-ils plus sûr grâce à cette invasion de l’Irak?
Il ne faut pas parler en termes de sécurité. Il faut comprendre la nature de l’ennemi ainsi que ses ramifications globales. La communauté internationale ne pourra vaincre le terrorisme que si elle réalise à quel point les extrémistes sont dangereux. D’une certaine manière, nous sommes plus en sécurité qu’avant le 11 septembre 2001, mais de loin pas totalement.
Un retrait des troupes américaines d’Irak d’ici est-il réalisable?
Tout à fait. Mais nous ne sommes pas les seuls à avoir notre mot à dire. Les Irakiens ont aussi le leur. Et cela dépendra aussi de nos ennemis.
Jean-Cosme Delaloye
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