Enfants jockeys : l’émir de Dubai échappe à la justice américaine

agence de presse the.point.is.

  • Le 30 juillet 2007, une juge fédérale de Miami a indiqué que l’émir de Dubai ne pourrait pas être poursuivi devant les tribunaux américain dans l’affaire des milliers d’enfants réduits à l’état d’esclaves pour participer à des courses de chameaux aux Emirats arabes unis.
  • La magistrate estime que l’affaire n’est pas du ressort de la justice américaine.
  • La plainte collective avait été déposée par une grande étude d’avocats américaine.

New York. La juge Cecilia Altonaga a tranché le lundi 30 juillet 2007 à Miami. Le cheikh Mohammed ben Rashid al Maktoum, émir de Dubaï et Premier ministre des Emirats arabes unis, et le cheikh Hamdan ben Rashid al Maktoum, son frère et ministre des finances, ne pourront être poursuivis devant les tribunaux américains dans l’affaire des enfants jockeys. La magistrate estime que leurs liens avec les Etats-Unis – les deux hommes possèdent de l’immobilier et des compagnies en Floride – étaient trop ténus pour qu’ils puissent être jugés à Miami.

La plainte collective déposée l’année dernière au nom de miliers d’enfants qui disent avoir été enlevés et réduits à l’état d’esclaves pour participer à des courses de chameaux aux Emirats arabes unis, a donc été classée pour le plus grand soulagement de l’émir et de son frère.

Cette affaire avait entériné la « mondialisation » de ces plaintes collectives si courantes aux Etats-Unis. En général, des groupes de défense des droits de l’homme initient une démarche qui vise surtout à rendre le public à des injustices commises hors des Etats-Unis. Mais cette fois, une grande firme privée qui a fait plier l’industrie du tabac dans les années 1990, s’était lancée dans la bataille. John Thornton, l’un des avocats des enfants, n’a pas répondu le 1 er août 2007 à plusieurs appels et aux messages lui demandant une réaction.

Les abus contre les enfants-jockeys engagés dans les courses de chameaux aux Emirats arabes unis, ont été bien documentés. En 2005, un rapport du Département d’Etat estimait que des milliers d’enfants – dont certains étaient âgés de 3 ou 4 ans, étaient victimes d’un traffic qui visait principalement le Bangladesh, le Pakistan, le Soudan et la Mauritanie. Selon les auteurs du rapport, les enfants-jockeys étaient «abusés sexuellement et physiquement» et n’étaient pas nourris pour ne pas prendre de poids. En refusant de considérer l’affaire, la juge Altonaga a précisé que son verdict ne concernait pas les mérites de la plainte mais bien le juridiction.

Les avocats américains représentant les milliers d’enfants jockeys avaient fondé leur démarche sur une loi de 1789 qui permet à la justice américaine de se pencher sur des torts faits à des tiers à l’étranger. Dans une récente interview avec l’agence the.point.is, Beth Stephens, professeur de droit à l’Université de Rutgers et spécialiste des plaintes collectives visant les étrangers, avait indiqué qu’il falllait que deux éléments soient réunis pour qu’une Cour américaine puisse juger une affaire en invoquant la loi de 1789: «Les personnes visées doivent été présentes physiquement sur le sol américain à un moment ou à un autre et doit avoir encore un lien avec les Etats-Unis ». C’était le cas avec les deux cheikhs qui ont des propriétés et des affaires en Floride et dans le Kentucky. La magistrate fédérale a néanmoins estimé que ces liens n’étaient pas assez solides.

“Nous avons dit depuis le début que cette affaire n’acait pas sa place dans les tribunaux américains, déclare Habib Al Mulla, représentant des deux cheikhs. Cette plainte a détourné notre attention des efforts importants entrepris par les Emirats arabes unis et l’UNICEF pour offrir des services sociaux et des compensations financières à des garçons anciennement employés comme jockeys sur des chameaux ».

L’émir de Dubaï avait personnellement écrit à George Bush en février dernier pour demander au président américain d’intervenir en faveur d’un non-lieu. Les deux prévenus avaient aussi engagé une firme de relations publiques outre-Atlantique pour défendre leur image. Les autorités émiratis disent avoir banni l’utilisation d’enfants-jockeys et les avoir remplacé par des robots télécommandés. Elles affirment aussi que 1077 enfants ont été rappatriés dans leur pays d’origine depuis 2005. En avril dernier, les Emirats ont aussi accepté d’accroître leur fond de compensation à 11 millions de dollars. Le gouvernement de Dubaï souligne enfin que ses efforts ont été reconnus dans un rapport de l’UNICEF en décembre 2006. Un soutien onusien qui ne convainc pas les parents des victimes. Ces derniers affirment que les mesures prises ne constituent pas une punition pour des individus accusé d’esclavagisme.

Jean-Cosme Delaloye

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