Barry Bonds, le roi du baseball qui divise l’Amérique

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  • BASEBALL Barry Bonds, joueur afro-américain dont le nom est associé au dopage dans le baseball, a battu le 7 août le record de 755 home-runs détenu jusqu’ici par Hank Aaron.
  • Il a frappé son 756 ème home-runs à San Francisco lors de la défaite des Giants contre les Washington Nationals.
  • Sur les terrains de New York, les avis sur les performances de Bonds divergent selon la couleur de peau.


New York
. A l’ombre d’un grand arbre, l’homme à la peau basanée tourne délicatement les pages de l’histoire du baseball (Photo Daniella Zalcman). Pedro Marrero, 59 ans, raconte ce sport emblématique aux Etats-Unis, qui rythme sa vie. L’homme originaire de Porto Rico dit encore jouer chaque mercredi dans la «ligue des grands-pères », un championnat vétéran de New York. Le dimanche, il aime assister aux matches amateurs à Red Hook, un ancien quartier industriel et portuaire de New York.

Quand on lui parle de l’exploit que s’apprête à réaliser Barry Bonds, superstar afro-américaine des San Francisco Giants, l’ancien Marine soupire. Pour lui, Bonds représente la dérive d’un jeu corrompu par les millions de dollars et les produits dopants. A 43 ans, le joueur des San Francisco Giants a battu le 7 août le record de 755 home-runs, détenu depuis 1974 par Hank Aron. Bonds a fait tomber cette statistique sportive historique aux Etats-Unis contre les Washington Nationals à San Francisco.

Hank Aaron lui a aussitôt rendu hommage dans un communiqué:”J’aimerais féliciter Barry Bonds pour être devenu le leader de home-runs dans le baseball. C’est une magnifique réussite qui demande du talent, de la longévité et de la détermination”.

Friande de ce genre d’exploits, l’Amérique ne sait pourtant pas que faire de cette performance, le nom de Barry Bonds étant constamment associé aux stéroïds. Le joueur des San Francisco Giants n’a jamais admis avoir pris des produits dopants comme de nombreux autres joueurs suspectés. Mais la polémique a enflé au fur et à mesure qu’il s’est rapproche du record de Hank Aaron, un Afro-Américain comme lui. Quand il n’évolue pas à domicile, Bonds est régulièrement sifflé et une éditorialiste du Washington Post lui a récemment demandé d’avoir la décence de déposer sa batte.

A Red Hook, les avis sur Bonds sont partagés et varient souvent selon la couleur de peau. D’un côté d’une grande avenue, des équipes hispaniques s’affrontent dans une odeur de tacos et au rythme des mariachis. Manny Reyes, lanceur dominicain de 22 ans à la peau mate et au regard fier, a joué dans les ligues mineures américaines et rêve encore d’une carrière professionnelle. Il respecte Barry Bonds. « Les stéroïds ne vous aident pas à frapper la balle, dit-il. Il faut avoir du talent ».

«Le baseball reste à mon avis un sport de blancs». Assis sur les gradins en attendant d’entrer en jeu, Eduardo Lopez, 19 ans, est lui catégorique. « Les Blancs n’aiment pas trop voir un Noir ou un Latino leur faire de l’ombre ». Pour beaucoup d’immigrés ou fils d’immigrés latinos, le baseball est devenu une question d’identité américaine et ces derniers sont fiers de voir les nombreux joueurs d’origine hispanique évoluant dans le ligue profseeionnelle de baseball faire de l’ombre aux Américains pure souche.

De l’autre côté de la rue qui traverse Red Hook, des équipes blanches et afro-américaines s’affrontent. Américain d’origine irlandaise, Frank Moran boit une bière en attendant de jouer. Pour lui, Barry Bonds est un « tricheur» qui «ne devrait pas battre le record». «Je ne crois pas que l’on puisse parler de racisme à l’encontre de Barry Bonds, ajoute-t-il. Il a sali le baseball. Mais à sa décharge, ils se dopent tous». John Savinon, 37 ans, coéquipier noir de Moran, n’est pas d’accord: «Barry Bonds est le meilleur joueur de notre époque, dit-il. Il sait tout faire». John Fallanga, un Blanc aux bras tattoué balaie cet argument d’une robuste affirmation: «Comment un homme peut-il soudainement gagner trois pointures à l’âge de 40 ans? Bonds ne mérite pas le record ».

Le baseball est le reflet d’une Amérique qui devient chaque jour un peu plus hispanophone et le futur record de Bonds pourrait à l’avenir être battu par Alex Rodriguez, joueur d’origine dominicaine évoluant aux New York Yankees. « Les gens ont toujours quelque chose à dire sur ceux qui sortent du lot, affirme Carlos Ventura, un policier d’origine dominicaine lui aussi . Quand Alex Rodriguez se rapprochera de Bonds, il devra aussi faire face à ce genre d’accusations».

A l’ombre de son arbre, Pedro Marrero a le regard plongé dans le passé. Il parle de son idole Roberto Clemente, un joueur originaire de Porto Rico. Très actif dans l’humanitaire, Clemente est décédé à l’âge de 38 ans dans un accident d’avion en 1972. «Pour Clemente comme pour Hank Aaron, que vous soyez Blanc, Noir ou Latino, un coéquipier était sacré. Ce sont des valeurs qui se perdent dans le baseball d’aujourd’hui ».

Jean-Cosme Delaloye

Une version courte de cet article est parue le 3 août 2007 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève.


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