Un best-seller l’affirme : « Les cons nuisent à la productivité de l’entreprise »

agence de presse the.point.is.

  • INTERVIEW Bob Sutton (photo Jarin Blaschke) est professeur de management à l’Université de Stanford en Californie.
  • Il s’est lancé à la chasses aux despotes, harceleurs et imbéciles sur le lieu de travail et a récemment publié Objectif zéro-sale-con, un best-seller qui s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires.


Bob Sutton (photo Jarin Blaschke), que représente l’objectif zéro-sale-con?

Le but est d’essayer de ne pas engager des cons. Si vous en repérez dans votre entreprise, vous les sanctionnez. Et s’ils persévèrent, vous les licenciez.

Comment reconnaissez-vous un sale con ?
Certaines personnes vous chuchottent des méchancetés à l’oreille. D’autres vous insultent. Je ne m’exclus pas du lot. Nous pouvons tous être des trous du c…par moments. Les pires sont les gens qui vous traitent comme si vous étiez invisible.

Vous dites dans votre livre qu’il n’est pas possible pour une société de déterminer précisément le coût des sales cons. Dans ce cas, comment pouvez-vous affirmer qu’il est dans l’intérêt des entreprises de ne pas en avoir?
Vous pouvez faire une estimation du coût total des connards pour votre société. Je mentionne le cas d’une boîte qui a supprimé le bonus annuel de l’un des ses employés parce qu’il s’était mal comporté. Il est possible d’avoir une société qui marche sans cons. La direction de Google considère qu’ilest contre-productif de maltraiter les gens puisque son succès repose sur le travail d’équipe.

Mais n’y a-t-il des moments lors desquels être un con est une vertu ?
Ma femme a fait partie de la direction d’une grande étude d’avocats. Elle m’a dit que la clé pour le bon fonctionnement d’une telle firme, c’est de savoir enclencher et déclencher ses cons. Si la définition d’un trou du c… réside dans la capacité de ce dernier à ôter toute énergie à son interlocuteur, il y a des cas où vous pouvez vouloir que vos emloyés le fassent. Le problème, c’est quand ils gardent cette attitude au bureau avec leurs collègues.

Vous écrivez que l’indifférence est aussi importante que la passion. Pourquoi ?
Les gens qui sont véritablement passionnés par ce qu’ils font, ne pensent pas à grand chose d’autre. C’est l’une des grandes forces de Steve Jobs (n.d.l.r. : le patron d’Apple). Je le critique mais quand il décide de faire quelque chose, il s’implique complètement. Mais du coup, il y a un tas de choses que vous ne faites pas. D’autre part, si les gens autour de vous maltraitent mais vous demandent de vous passionner pour la cause de l’entreprise, il faut être indifférent. Le détachement est un moyen de se protéger des trous du c….

Mais est-ce qu’une entreprise ne peut tourner qu’avec de gentils employés?
Bien sûr. Les sociétés qui rencontrent les plus de succès aux Etats-Unis n’ont souvent pas de culture du con. C’est le cas de Pixar, l’une des compagnies de Steve Jobs.

Que dire d’Apple, la société phare de Jobs ?
Difficile à dire, car Apple est une société imperméable. On peut dire que Walt Disney sous la direction de Michael Eisner avait une culture du sale con. Jobs me fascine car il a l’air de venir d’une autre planète. On pourrait affirmer que c’est un connard mais ce ne serait pas juste. C’est un génie fou.

Est-ce qu’un con peut être guéri ?
Il faut se rappeler que c’est en général la situation qui fait le con. On peut donc guérir. Le patron de SuccessFactors, une société de software dans la Silicon Valley, se décrit comme un sale con en voie de rémission et fait signer à tout employé de sa société un contrat anti-enflure.

L’humilité et la bienséance sur le lieu de travail sont-elles en train de disparaître ?
Je pourrais affirmer qu’il y a de plus en plus de connards parce que les différences de rémunération entre les patrons et la base – l’une des causes centrales du comportement du sale con – s’accroissent et parce que les gens travaillent de plus en plus. En effet, plus vous êtes stressés et fatigués, plus vous avez de chances de vous comporter comme un con. Mais je pense qu’il n’y a pas plus de trous du c… qu’avant.

Stanford (Californie) / Jean-Cosme Delaloye

http://objectif-zero-sale-con.blogspot.com/
Obectif zéro-sale-con, E. Vuibert.
Cet article est paru en juin 2007 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève.


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