Le Jamaïque se prépare à affronter le « monstre » Dean

agence de presse the.point.is.

  • REPORTAGE L’ouragan Dean se dirige vers la Jamaïque et devrait frapper de plein fouet l’île des Caraïbes dimanche dans l’après-midi.
  • Les habitants ont mis des planches pour protéger leurs maisons et ont fait samedi leurs courses en prévision des importants dégâts que devrait causer Dean.
  • Les météorologues estiment que ses vents pourraient atteindre les 250 km/h et les autorités jamaïcaines ont instauré un couvre-feu.

Negril.
Dans la petite église anglicane de St Mary à Negril, quatre femmes et deux fillettes écoutent le prêche du révérend Harold Jones en ce dimanche matin. En temps normal, les bancs sont bien pleins. Mais alors que l’ouragan Dean s’apprête à frapper la Jamaïque en ce dimanche, de nombreux fidèles n’ont pas osé prendre la route de peur des inondations. Les hommes sont restés pour tenter de protéger les maisons. « Dieu, protège notre terre », lance le révérend au six femmes. L’homme d’Eglise parle de rédemption et de bonté sous les acclamations approbatives des six femmes dont Gloria Tanner, très élégante dans sa tunique jaune avec son grand chapeau noir.

Le révérend a cloué des planches sur l’une des façades de l’église pour tenter de protéger les nouvelles vitres. Le combat s’annonce inégal. Samedi et dimanche matin, les Jamaïcains qui le peuvent ont barricadé leurs maisons avec des planches de bois pour faire face à Dean. Les autres comme Nelson, un habitant d’Orange Bay au nord-ouest de la Jamaïque, s’en remettent à leur bonne fortune. « On ne peut rien faire de toute façon, explique le quadragénaire. Il n’y a qu’à attendre et à espérer».

Les autorités jamaïcaines ont instauré un couvre-feu dans toute l’île et ont demandé aux habitants de se mettre à l’abri. Plusieurs écoles ont été transformées en refuges. La compagnie nationale d’électricité a coupé le courant dans l’ensemble de l’ile dimanche après-midi.

Les rues de Lucea, chef-lieu du comté d’Hanover, à une quarantaine de kilomètres de Montego Bay, grouillaient de monde samedi en fin d’après-midi. Sur les écrans de télévision, les chaînes suivent minute par minute la progression du « monstre » Dean. Les Jamaïcains se rappellent encore les passages dévastateurs des ouragans Hugo en 1989 et Ivan en 2004. A Negril, une station balnéaire de la Côte Ouest de l’île, le supermarché a été pris d’assaut. Les habitants et touristes ont fait des réserves d’eau et de boîtes de thon et de sardine ainsi que de piles et de lampes de poche. Les rayons de pain sont désespérément vides.

A Montego Bay, Kady, une jeune Jamaïcaine qui étudie à New York, a tenu à rentrer chez elle pour affronter l’ouragan en famille. « Mes parents, mes frères et mon petit ami sont là, dit-elle. Si j’étais restée à New York, je me serai inquiétée. Je préfère être avec eux ». Dans l’aéroport de la deuxième ville du pays, les charters de touristes en provenance d’Europe continuaient d’arriver malgré les menaces de conditions météorologiques dantesques.

La campagne qui devrait battre son plein à neuf jours des élections législatives, a été arrêtée à la demande de Portia Simpson-Miller, le Premier ministre. Le pays a été placé en état d’alerte maximale en prévision des vents à 250 km/h et des inondations dans l’île. Les responsables des abris et les secours ont été réquisitionnés pour faire face au premier ouragan de la saison. Plusieurs personnes ont déjà été évacuées de leur domicile pour être hébergées dans le millier d’abris que compte l’île.

Dans les rues habituellement animées de Negril, pas un chat. Un air de fausse normalité plane sur la petite localité dans la ligne de mire du cyclone. Quelques rasta men et jeunes sirotent du rhum. Les derniers retardataires font encore quelques courses dans la seule épicerie encore ouverte. «On ne peut pas combattre un ouragan, explique Noel, un habitant de Montego Bay. Il faut patienter. » Assis dans son bureau, Kenric Davis, président d’une association de défense de l’environnement, se dit « soucieux » : « Si Dean nous frappe de plein fouet, il va paralyser le pays pendant quatre ou cinq jours ».
Negril / Jean-Cosme Delaloye


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