La Jamaïque évite le pire avec Dean mais reste plongée dans le noir

agence de presse the.point.is.

  • REPORTAGE - DERNIERE HEURE MERCREDI 22 août Les autorités jamaïcaines tentent de remettre le pays sur pied après le passage destructeur du cyclone Dean dimanche. L’île est toujours sous couvre-feu.
  • Trois jours après le passage de Dean, sueul un quart de la population de l’île a l’électricté.
  • Les élections législatives du 27 août sont reportées.

Negril (Jamaïque). Les prières de Sonia Whyte ont été entendues. L’habitante de Sheffield, un village dans les collines de l’ouest de la Jamaïque, dit s’être recueillie dimanche et avoir imploré le ciel pour que le cyclone Dean épargne son pays. « Nous avons eu beaucoup de chance », lance-t-elle. Après avoir changé de trajectoire, l’ouragan a finalement longé la côte sud de l’île dimanche soir.

A Kingston, de nombreux toits ont été soufflés par les violentes bourrasques de vent et plusieurs rues ont été inondées. Les dégâts sont toutefois restés limités dans cette île de 2,8 millions d’habitants qui s’était bien préparée pour affronter Dean. Selon un dernier bilan du gouvernement jamaïcain, 300 000 personnes ont été déplacées et une personne est portée disparue. A Clarendon, dans le centre de l’île, des policiers ont confronté des pillards mais la fusillade n’a fait aucun blessé et les incidents sont restés localisés.

La commission électorale jamaïcaine a décidé mardi de reporter les élections législatives du 27 août au 3 septembre afin de permettre la reconstruction des zones touchées par Dean. De nombreuses régions de l’île n’ont toujours pas d’électricité ni d’eau courante.

La Jamaïque avait été placée en état d’alerte dès samedi. Tous les policiers, pompiers et gardiens de prison qui n’étaient pas en service, avaient été réquisitionnés. Les autorités avaient ouvert des abris dans les écoles et les églises pour accueillir les populations les plus vulnérables. Sur le millier de refuges ouverts, seuls 47 ont cependant été utilisés par des Jamaïcains qui ont, dans leur ensemble, préféré affronter Dean chez eux et en famille. Le Premier ministre Portia Simpson Miller avait suspendu samedi la campagne pour les élections législatives du 27 août prochain et instauré un couvre-feu dans tout le pays qui a pris fin hier soir. Dimanche, Portia Simpson Miller avait aussi fait couper le courant sur l’ensemble de l’île afin d’éviter des dommages sur le réseau électrique.

Les mises en garde répétées du gouvernement et le souvenir du passage dévastateur de l’ouragan Ivan en 2004, ont incité des Jamaïcains à ne pas prendre de risques avec Dean. Dans la région de Montego Bay, au nord de l’île, les supermarchés et épiceries ont été pris d’assaut. Et les habitants se sont calfeutrés chez eux dès les premières bourrasques de vent dimanche après-midi.

A peine le cyclone était-il passé lundi matin que les Jamaïcains ont commencé à sortir de chez eux pour déblayer les routes et ôter les protections de fortune qu’ils avaient clouées aux fenêtres de leur domicile. Certains comme Vincent Gothrie ont toutefois décidé de les laisser. «En cette saison, c’est dangereux », dit-il. Vivre dans le noir ne lui fait pas peur. « Le bébé qui naît n’a jamais vu de lumière dans le ventre de sa mère. Il s’adapte. Nous aussi ».

Cette rapide reprise du quotidien contraste avec l’appréhension des Jamaïcains au moment du passage de Dean. Dans un café de Negril dimanche soir, une petite télévision à piles posée sur le comptoir était la seule source de lumière. Autour d’elle, deux hommes et une femme tentaient de capter les bribes d’information qu’elle diffusait à intervalles très irréguliers. Pendant plusieurs heures, la Jamaïque est restée coupée du monde, à la merci des vents violents et de la pluie. A l’arrivée du cyclone Dean, Danzer Fleming, un Jamaïcain de 62 ans, toisait la mer démontée en chantant du gospel. Sa nuit fut agitée, mais il a vite retrouvé le sourire hier matin : «Ivan était pire. Nous avons eu de la chance, man».

Jean-Cosme Delaloye

Cet article est paru le 21 août dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève.


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