Désarroi à Trench Town, ghetto de Bob Marley

agence de presse the.point.is.

  • La Jamaïque élit aujourd’hui son nouveau parlement.
  • La campagne électorale s’est conclue sur une note sanglante. Sept personnes sont mortes le week-end dernier.
  • Reportage à Trench Town, bidonville de Kingston qui a vu grandir Bob Marley et qui était au cœur d’une violente bataille politique dans les années 70.

Kingston. Dans le taxi qui traverse les rues défoncées de Kingston en direction de Trench Town (photo Jean-Cosme Delaloye), le ghetto où a grandi Bob Marley, Dig glisse soudainement qu’il voudrait être payé. «Il ne faut jamais montrer de l’argent à Trench Town», justifie le chauffeur en regardant la route d’un œil. Malgré une récente baisse de la criminalité, le bidonville contrôlé par les gangs, est considéré comme l’un plus dangereux de Jamaïque.

Le paysage urbain défiguré par la pauvreté défile rapidement au rythme irrégulier des coups d’accélérateur de Dig qui a encaissé son dû. On entre dans Trench Town quelques minutes plus tard, par une route qui longe une canalisation asséchée. D’un côté de l’égout, des petits immeubles locatifs bleus ciel rongés par les années. De l’autre des habitations en dur et en tôle. A l’époque de Bob Marley, dans les années 60, Trench Town était le pouls du reggae avant de devenir l’un des nerfs de la vie politique en Jamaïque dans les années 70. Le quartier contrôlé par le Parti national du peuple (n.d.l.r. : PNP, aujourd’hui au pouvoir), était alors le théâtre de violents affrontements avec le quartier voisin qui soutenait le parti travailliste, grand rival du PNP.

La politique semble pourtant s’être effacée à l’approche des élections législatives d’aujourd’hui (lire ci-dessous). En ce vendredi de fin août, la priorité pour les habitants de Trench Town est de reparer les dégâts provoqués par l’ourgan Dean.

Kevin, un jeune charpentier du quartier, regarde passer le temps en fumant de la marijuana. Dean et l’incertitude qui règne à cause du scrutin d’aujourd’hui, l’ont mis en chômage technique. A côté de lui, un jeune homme à qui il manque des dents, réclame des institutions pour encadrer les enfants du bidonville. « Les gens sont fatigués des politiciens, explique Wayne Gray, président de la Trench Town Development Association, l’un des principaux groupes qui oeuvrent pour relancer le quartier. Ils ont été instrumentalisés par les deux partis».

Assis dans une arrière-cour, Bombstraight, un rasta de 36 ans estime lui aussi que le relatif désintérêt des habitants de Trench Town est dû au sentiment d’abandon qui règne dans le ghetto. « Le gouvernement nous a laissé tombé, explique-t-il. Le christianisme aussi». Les anciens de Trench Town parlent de leur quartier comme d’un trésor que l’on a pillé. Un ébeniste qui répond au surnom de Coopa a vu l’endroit sombrer dans la pauvreté. Comme beaucoup ici, le rasta quinquagénaire raconte avec nostalgie l’époque de Bob Marley, héros local décédé en 1981.

Pendant que les habitants de Trench Town rêvent d’une improbable aide financière de l’étranger, plusieurs associations locales tentent d’offrir des débouchés aux jeunes. Dans un bureau orange sans fenêtre, Maria, entraîneuse de l’équipe de football féminin du quartier voisin, prépare le match du week-end de ses protégées. « Certaines jeunes femmes rêvent de décrocher une bourse dans une université américaine grâce au foot », explique un coach qui doit s’adapter aux vagues de violence qui secouent ponctuellement ghetto. « Une de mes joueuses a récemment reçu un texto pendant qu’elle jouait. Un membre de sa famille la prévenait qu’il y avait eu une fusillade près de chez elle . Ma joueuse a fini l’entraînement, passé la nuit chez une de ses amies et est rentrée à la maison le lendemain ».
Jean-Cosme Delaloye / Kingston

7 morts pour conclure la campagne

La campagne électorale s’est conclue ce week-end sur une note violente. Sept personnes ont été abattues vendredi en Jamaïque et un couvre-feu a été imposé dans un quartier de Kingston. La nation des Caraïbes qui a célébré cette année ses 45 ans d’indépendance, a vécu des semaines difficiles depuis le passage de l’ouragan Dean, le 19 août. Le pays de 2,7 millions d’habitants a été placée en état d’urgence pendant une semaine et les élections législatives intialement prévues pour le 27 août ont été repoussées au 3 septembre.
Deux grands partis s’affrontent aujourd’hui: le Parti national du peuple (PNP), au pouvoir depuis 18 ans, et le Parti travailliste. La Jamaïque est dirigée depuis mars 2006 par Portia Simpson Miller, une femme qui se représente aujourd’hui. Elle est menacée par Bruce Golding, le leader travailliste. A noter encore que la Jamaïque qui a un taux officiel de chômage de 12%, est un pays pauvre qui vit principalement du tourisme et des mines de bauxite.
J-C De


Comments

You must be logged in to post a comment.

Name (obligatoire)

Email (obligatoire)

Site web

Speak your mind