Elève Mahmoud Ahmadinejad, levez-vous !
Columbia University (New York), 24 septembre 2007. Mahmoud Ahmadinejad (photo Daniella Zalcman) ne bronche pas. « Quand vous venez dans une institution comme celle-ci, votre déni de l’Holocauste, vous fait apparaître ridicule », lui lance notamment en ce lundi après-midi Leo Bollinger, le recteur de l’Université de Columbia à New York qui l’a invité. Malgré la virulence des attaques, le président iranien ne se départit pas de son petit sourire. Quand il accède au podium pour ce qui s’est transformé en un examen oral, Mahmoud Ahmadinejad commence par se plaindre du traitement « inamical » et cite des versets du Coran avant de se lancer dans une vigoureuse défense de sa politique. Le président iranien qui a préféré sa propre traductrice aux deux traducteurs du Départment d’Etat engagés par l’Université, défend longuement sa position sur l’Holocauste : « Je ne dis pas que cela ne s’est pas produit, j’ai demandé à savoir pourquoi sc’est arrivé, déclare-t-il. Mais pourquoi n’y a-t-il pas plus de receherches sur les événements qui ont causé l’Holocauste ? » Mahmoud Ahmadinejad qui se pose en modéré face aux attaques de son hôte refuse de dire s’il veut « rayer Israël de la carte ». Il défend le droit des Palestiniens de déterminer leur avenir et la création de leur Etat par un référendum, réitère le droit de l’Iran de se doter d’un programme nucléaire civil et assure que les femmes iraniennes bénéficient “du plus haut degré de liberté”. A la fin de son intervention, il provoque un rire crispé dans l’assemblée lorsqu’il affirme que l’Iran n’a pas d’homosexuels. A l’extérieur du bâtiment, des centaines d’étudiants suivent son intervention dans le calme. La scène avec l’effervesence qui régnait sur le campus dans les heures qui ont précédé l’arrivée de celui que le Daily News, un tabloïd new-yorkais, a qualifié hier de « fou » Quelques centaines de militants pro-israéliens se sont mobilisés toute la matinée contre la venue d’Ahmadinejad.. Le rabbin Neil Kurshan, 59 ans, est venu d’Huntington, une ville à une soixantaine de kilomètres de New York, pour participer aux manifestations. Sa raison : « Des membres de ma congrégation ont survécu à l’Holocauste, dit-il A Chaque fois que Mahmoud Ahmadinejad nie cet événement historique, il les poignarde dans le cœur ». Les anti-Ahmadinejad ne forment pas un groupe homogène, mais plutôt un amalgame de revendications. Devant Columbia, il y a Avram Diuger, l’Iranien juif, qui proteste contre « ce régime qui oppresse mon peuple ». Le professeur Neil Shachter , de confession juive, est là pour dénoncer un monstre moral. Il y a aussi J.S., le pompier de 34 ans, qui est venu « défendre la mémoire des victimes du 11 septembre ». “Je suis pour la liberté d’expression, affirme-t-il. Mais ce mec devrait garder ses idées ridicules”. Paulette Press, 71 ans, partage cette conviction. La femme qui se décrit comme “américaine et fière de l’être”, fait le pied de grue devant l’entrée principale de l’université en tenant une bannière étoilée et un panneau sur lequel le président iranien est associé au diable. “Cet homme devrait être arrêté, dit-elle de sa voix douce. Il appelle au génocide”. En marge de ce petit monde, un jeune homme arborant une casquette des New York Yankees et la petite barbe écoute discrètement les opposants à la venue d’Ahmadinejad. Gauhar Malek, un étudiant pakistanais de 23 ans, est favorable à la présence du président iranien « L’Amérique défend la liberté d’expression et le droit au débat est un droit important, dit-il. Il faut se parler pour comprendre. Ahmadinejad ne veut pas la violence, il défend simplement les droits de son peuple à avoir l’énergie nucléaire». Tess Rankin, une étudiante de 19 ans, qui a assisté à la conférence d’Ahmadinejad, estime pour sa part qu’il « il est très important d’écouter ce que les gens avec des idées dangereuses ont à dire, car on ne peut apprendre qu’en écoutant. » Une version courte de cet article est parue le 25 septembre 2007 dans la Tribune de Genève et 24heures. CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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