A Southside, ne cherchez pas 50 Cent
Southside (Queens). La mise en garde est venue d’un jeune vêtu d’un large t-shirt noir et qui traverse en ce samedi matin de septembre 2007 Rochdale Village (Photo Jean-Cosme Delaloye), une cité HLM du Queens à New York. « Si vous voulez trouver des gens qui vous parleront de 50 Cent, allez-voir le « strip », déclare-t-il en déclinant poliment une demande d’interview. Mais cela risque d’être difficile étant donné que vous êtes Blanc ». Le « strip » en question est une succession d’une douzaine de magasins de l’autre côté du Boulevard Guy Brewer, où le rappeur 50 Cent s’était fait arrêter en 1994 pour avoir vendu de la cocaïne à un policier en civil. Dans Southside, les jeunes respectent l’ancien délinquant devenu millionnaire du hip hop, même si celui-ci est actuellement largement battu par son rival Kanye West dans la bataille commerciale que se livrent les deux hommes. West et 50 Cent ont tous deux sorti leur album le 11 septembre dernier et le rappeur de Chicago fait aujourd’hui la course en tête avec 957,000 copies de « Graduation » vendues contre 657 000 albums de « Curtis » pour 50 Cent. A l’intérieur de Butter Cutter Barbershop, quelques jeunes tattoués se font raser les cheveux au son du hip hop. « Je fais ce que je dois faire, tu vois ce que je veux dire ? », déclare un jeune homme qui se fait appeler Pop, sur fond de bruit de tondeuse. Pop, 25 ans, dit être livreur de lait et respecter la « tchatche » de celui que les gens appellent ici « Fif’ ». Alors qu’il est en train de parler avec un reporter de the.point.is., 50 Cent qui a décidé de faire une visite surprise dans son ancien quartier, pénètre chez le barbier. « Oh merde, crie Pop. Je n’arrive pas à le croire ! Yo Fif’, j’adore ton nouvel album, mec ! » L’une des règles tacites de Southside, est qu’on n’aborde pas 50 Cent comme cela. « Qui vous a permis de faire ça ? », demande sèchement l’ancien boxeur au journaliste de the.point.is. qui voulait connaître l’impact de Southside dans la carrière du rappeur. « Je n’ai rien à dire ». Après avoir pris quelques photos avec des jeunes de son quartier et fait quelques accolades à des anciens amis, 50 Cent se dirige vers la sortie du salon de coiffure. Nouvelle tentative. « Va te faire f…. », lance 50 Cent en jurant (Pour écouter un extrait de al rencontre avec 50 Cent, cliquer ici). L’un de ses gardes du corps profère quelques mots de menace en se plaignant des journalistes qui, selon lui, cherchent toujours la controverse. Une fois 50 Cent reparti dans un 4×4 noir aux vitres teintées, les jeunes de Southside ne veulent plus parler à l’intrus. Ce que le rappeur n’a pas voulu raconter, est que Southside était au coeur d’une guerre des gangs dans les années 80. La mère de 50 Cent dealait de la cocaïne et a été assassinée pour une question de drogue alors qu’il n’avait que 8 ans. Comme son père ne s’occupait pas de lui, 50 Cent alias Curtis Jackson de son vrai nom, a été élevé par sa grand-mère dans une petite maison à quelques blocs de la cité de Rochdale Village Le rappeur bâti comme une armoire normande a un passé troublé. Il a choisi son nom de scène en hommage à un gangster de Brooklyn, a fait de la prison pour trafic de drogue et s’est fait tirer dessus en 2000. Kanye West, vient d’une autre planète . Il a été élevé les classes moyennes supérieures de Chicago. Sa mère, qui s’occupe aujourd’hui de sa carrière, a été doyenne du département d’anglais à l’Université de Chicago alors que son père est un ancien photojournaliste reconverti dans le conseil religieux. On ne sort pas facilement de Southside comme 50 Cent l’a fait. L’artiste qui brasse aujourd’hui des millions de dollars, revient de loin. Interrogé peu de temps avant l’arrivée du rappeur dans son salon, un barbier résume les débouchés pour les jeunes de Southside en ces termes : « Ici, tu vas à l’école et tu vends de la drogue ». Protégé d’Eminem et de Dr Dre, 50 Cent qui revendique son passé d’écorché vif, a d’abord menacé d’arrêter sa carrière s’il ne vendait pas plus de disques que Kanye West, avant de faire finalement marche arrière. A Southside, personne n’imagine que « Fif’ » pourrait arrêter de faire de la musique. L’artiste new-yorkais va d’ailleurs sortir un nouvel album l’année prochaine. Son titre : « Before I self-destruct » (« Avant que je m’auto-détruise »). Jean-Cosme Delaloye Ce reportage a été diffusé en septembre 2007 sur la radio Couleur 3. CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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