Al Gore, le Nobel en santiags en quête d’un climat de paix
New York. Le nouveau prix Nobel de la paix a une paire de santiags rutilantes et un message inchangé depuis des années : la terre est menacée par les changements climatiques. Le 12 octobre 2007, Al Gore (photo Daniella Zalcman), déjà oscarisé cette année pour son documentaire « Une vérité qui dérange », a vu son engagement en faveur de l’environnement être récompensé par le prix Nobel de la paix. L’ancien vice-président partage cette distinction avec le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), un panel onusien qui a publié cette année un rapport alarmant sur les changement climatiques. Au cours d’une brève allocution depuis la Californie, le nouveau prix Nobel de la paix a parlé le 12 octobre «d’urgence planétaire » et de sa volonté d’accélérer la prise de conscience de la population sur les risques posés par le réchauffement climatique. L’environnement inquiète Al Gore depuis longtemps. Il est à l’origine des premières auditions parlementaires sur l’environnement et le réchauffement climatique au Congrès au début des années 1980. En 1994, le vice-président de Bill Clinton lance une initiative aujourd’hui méconnue. « Les liens entre les changements climatiques et les violences politiques préoccupaient énormément Al Gore, explique Marc Levy, directeur adjoint du Centre international pour la science de la terre à l’Université de Columbia à New York. Il a créé une task force incorporée à la CIA qui étudie les causes de désintégration des Etats ». A l’époque, la task force dont fait partie le professeur Levy se penche sur les cas de la Somalie, du Libéria et d’Haïti. «Gore pensait que les problèmes de ces pays avaient forcément quelque chose à voir avec le climat, poursuit Marc Levy. Nous n’avons pas pu trouver de lien direct à l’époque. Mais cela ne veut pas dire qu’ils n’existaient pas. Nous n’avions simplement des données aussi précises qu’ aujourd’hui » (lire ci-dessous). L’image d’Al Gore, prophète de la paix climatique, est véhiculée par les mouvements environnementaux aux Etats-Unis. «Gore est un écologiste crédible, estime Chris Miller, responsable du programmee sur le réchauffement climatique à Greenpeace à Washington. Il est le premier politicien à avoir véritablement sensibilisé les Américains aux enjeux climatiques». Le responsable de Greenpeace estime qu’ “Une vérité qui dérange” et le désastreux passage de l’ouragan Katrina sur la Nouvelle-Orléans, ont profondément bouleversé l’opinion américaine. Ce prix Nobel de la paix est aussi la consécration d’un homme qui a su se reconstruire après sa défaite mortifiante face à George Bush lors de la présidentielle de 2000. Gore qui fêtera ses 60 ans le 31 mars prochain, a orchestré sa résurection médiatique d’une main de maître. L’homme est vénéré dans les milieux progressistes pour s’être opposé à la guerre en Irak. L’ ancien politicien démocrate qui avait été défait par George Bush en raison notamment de son manque de charisme, a pris ses critiques au mot. Il a simplifié son message écologique. Il n’hésite pas à porter ses santiags avec un complet cravate, histoire de montrer au cœur de l’Amérique que lui, l’homme du Tennessee, a aussi ses racines dans le Sud profond. Il est l’un des co-fondateurs de Current TV, une chaîne de télévision sur le câble et sur le Net. Il fait partie du Conseil d’administration d’Apple et est impliqué dans Google . Son engament écologique a été critiqué début 2007 par un groupe qui relevait qu’Al Gore avait une facture d’électricité astronomique et qu’il émettait beaucoup de CO2 par ses incessants voyages. A l’époque, une porte-parole d’Al Gore l’avait défendu en disant que l’ancien vice-président achetait de l’électricité provenant de sources d’énergies renouvellables et qu’il investissait dans des programmes visant à réduire les émissions de gaz carbonique pour compenser l’impact de ses voyages aux quatre coins du globe. Ce prix Nobel de la paix relance les spéculations sur une improbable candidature d’Al Gore à la présidentielle de 2008. L’ex-politicien a répété à plusieurs reprises qu’il n’avait aucunement l’intention de briguer la Maison Blanche l’année prochaine. Cela n’a pas empêché le groupe draftgore.com (littéralement « enrôlezGore.com) de financer le 10 octobre 2007 une pleine page de publicité dans le New York Times pour demander à Gore de changer d’avis. Vendredi, le nouveau Nobel de la Paix n’a pas abordé la question. Il a simplement parlé de la Terre. Le réchauffement climatique, une menace sécuritaireLe Secrétaire général des Nations Unies n’a pas hésité à faire le pas en juin dernier. Dans un éditorial publié par Washington Post, Ban Ki-moon a lié le conflit au Darfour à la crise écologique et aux changements climatiques. Dans son bureau de l’Université de Berne, Thomas Stocker, l’un des experts suisses du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui a partagé le 12 octobre le prix Nobel de la paix avec Al Gore, estime que «la paix est le climat sont irrémédiablement liés ». « Aujourd’hui la paix dans le monde ne dépend plus que des relations politiques entre les différents Etats, affirme le professeur Stocker. Elles dépend aussi de l’accès aux ressources énergétiques, à l’eau et à la nourriture». Aux Etats-Unis, deux rapports d’experts indépendants publiés cette année, abordent la question du réchauffement climatique comme une menace pour la sécurité du pays. L’une des deux analyses a été rédigée par 11 généraux à la retraite dont le général Anthony Zinni, ancien chef d’Etat-major de l’armée américaine pour le Moyen-Orient. Ces derniers concluent que les Etats-Unis devraient plus s’impliquer «au niveau national et international » pour permettre d’atténuer l’impact des changements climatiques et garantir la stabilité et la sécurité mondiales. Ce dossier est paru le 13 octobre 2007 dans la Tribune de Genève et 24heures. A lire également “Al Gore: la voix de la terre”, portrait d’Al Gore publié en juillet 2007. CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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