Refuge quatre étoiles pour les évacués des incendies de Californie

agence de presse the.point.is.

  • Les quelque 500 000 personnes qui ont dû fuir les flammes dans le sud de la Californie, peuvent compter sur un réseau d’entraide parfaitement huilé et sponsorisé.(Photo Nick C. Carlson)
  • Rien à voir avec le désespoir vécu par les rescapés de l’ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans en 2005.
  • Les évacués de la San Diego ont aussi droit à des massages gratuits, des séances d’acuponcture et de yoga.

San Diego. Les habits sont entassés dans des grandes boîtes de plastique à l’arrière d’un pick-up. Erasmo Blanco, le propriétaire du véhicule, passe le temps en grattant un air sur une guitare miniature appartenant à l’un de ses fils. Le résident de Julian, une localité dans l’arrière-pays de San Diego, a dû précipitament quitter mardi soir sa maison avec sa famille. Erasmo et les siens font partie des quelque 500 000 personnes qui ont dû fuir face aux flammes qui ravagent le sud de la Californie depuis près d’une semaine.

Les Blanco campent sur l’immense parking qui entoure le stade Qualcomm à San Diego (Photo Nick C. Carlson). L’antre des Chargers, l’équipe locale de football américain, a été reconvertie par la municipalité en centre de secours quatre étoiles pour quelques milliers d’évacués des zones sinistrées.

Montré du doigt pour son apathie initiale au lendemain du passage dévastateur de l’ouragan Katrina à fin août 2005 à la Nouvelle-Orléans, George Bush a appris la leçon. Il a débloqué des fonds cette semaine pour venir en aide aux victimes. Hier, il était dans le sud de la Californie pour se rendre compte de l’ampleur des dégâts causés par les incendies. Arnold Schwarzenegger, le gouverneur républicain de la Californie, est pour sa part omniprésent et coordonne une structure d’entraide bien huilée.

Alors que des milliers de personnes avaient littéralement été abandonnées à leur triste sort pendant plusieurs jours à la Nouvelle-Orléans, les victimes des feux de Californie sont reçues avec le sourire par les centaines de volontaires du stade Qualcomm qui leur offrent tous les produits de première nécessité : nourriture, boissons, habits, nécessaire de toilette et un lit.

Les évacués de la San Diego ont aussi droit à des massages gratuits, des séances d’acuponcture et de yoga. Il y a aussi des cours de danse pour les enfants, des groupes de prière, des représentations théatrales, des troubadours perchés sur des échasses, des clowns, des classes de dessin. « Notre but est de faire en sorte que ces gens puissent évacuer le stress qu’ils viennent de vivre, explique Mohammed Javaherian, responsable du stand d’acuponcture. Beaucoup ont perdu leurs maisons et nous les aidont à se détendre».

Pour les Blanco originaires de Tijuana au Mexique, ce soutien est bienvenu. Ils sont venus à deux familles et logent à 12 dans trois tentes montées à côté de leurs pick-ups. Bettany, la plus jeune d’entre eux, va fêter son premier anniversaire le mois prochain. « Elle n’a pas trop souffert, dit Carlos, le fils de 14 ans d’Erasmo. Les autorités nous ont donné de la nourriture pour bébés et des couches ».

Dans toute la région de San Diego, l’élan de solidarité a été tel que les autorités ont dû demander mercredi à la population de ne plus envoyer d’habits. Plusieurs grandes sociétés américaines se sont elles aussi précipitées au stade Qualcomm pour offrir leurs services. Une compagnie d’assurances sponsorise des repas chauds. L’un des leaders de la téléphonie aux Etats-Unis a mis sur pied un stand avec une dizaine d’ordinateurs et propose des connections internet gratuites. Son principal concurrent fait distribuer des jeux de cartes. « Qu’est-ce que je vais pouvoir faire de ça ? », se demande Franck. Après réflexion, le sans-abri afro-américain de 28 ans qui avoue avoir profité du dispositif d’entraide pour obtenir un repas chaud, décide finalement de garder le jeu bleu ciel. Il le range dans un sac en plastique contenant un soda et des barres de céréales qu’on lui a donné quelques minutes plus tôt.

Jean-Cosme Delaloye /San Diego

Cet reportage a été publié le 26 octobre par les quotidiens Tribune de Genève et 24heures.
Nick C. Carlson, le photographe, est licensié de géographie et se destine à l’enseignement.


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