“Le gouvernement Bush doit faire ses devoirs après Annapolis”

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  • Daniel Kurtzer, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Israël de 2001-2005, analyse la politique américaine au Proche-Orient à la veille de la conférence de paix d’Annapolis du 26 et 27 novembre 2007 (photo: Palestinien arrêté par une patrouille israélienne ©DR).
  • Pour lui, George Bush doit s’investir pleinement dans le processus de paix pour que la conférence d’Annapolis ait une chance de produire des résultats.
  • La Maison Blanche doit notamment se préparer à définir une position sur les questions difficiles de Jérusalem et des réfugiés palestiniens.

New York.
Ambassadeur Kurtzer, comment décrireriez-vous la politique du gouvernement Bush au Proche-Orient ces derniers mois?
Depuis juillet de cette année, le gouvernement Bush a annoncé son intention de progresser sur trois fronts: le conflit israélo-palestinien, l’Irak et l’Iran. Jusqu’ici, la Maison Blanche s’est concentrée sur ces deux derniers dossiers. Elle a néanmoins en juillet conclu qu’elle devait plus s’investir au Proche-Orient. Beaucoup d’experts estiment que la conférence d’Annapolis arrive trop tard et que les chances de succès sont minces. Ils ont peut-être raison, mais Annapolis représente au moins une tentative de faire avancer les choses.

Mais le gouvernement Bush n’a-t-il pas perdu beaucoup de temps ces dernières années?
Chaque jour où vous ne faites rien pour le Proche-Orient, est une journée perdue. C’est vrai que la Maison Blanche a tardé à s’investir dans cette région mais mieux vaut tenter quelque chose maintenant plutôt que de ne rien faire du tout. La Secrétaire d’Etat Condoileezza Rice croit qu’un accord entre les deux parties est possible avant que George Bush ne quitte ses fonctions en janvier 2009. C’est peut-être un peu trop optimiste, mais le gouvernement Bush a décidé de faire avancer les choses.

Qu’est-ce qui a convaincu Washington de tenter de relancer le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens?
Les alliés arabes de la Maison Blanche lui ont dit et répété qu’elle devait tenter de relancer le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens si elle voulait faire des progrès au Moyen-Orient.


Dans un éditorial publié le 21 novembre 2007 par l’International Herald Tribune, vous écrivez que la Maison Blanche doit créer une mission chargée de faire respecter les engagement pris par les Israéliens et Palestiniens. Mais les deux camps n’arrivent pas à se mettre d’accord sur une telle mission. Pensez-vous que cette idée soit réaliste?

Sans une telle mission, nous ne progresserons pas. En 2003, le gouvernement Bush n’a pas réussi à mettre sur pied une telle délégation qui aurait été chargée de faire respecter les engagements pris dans le cadre de la Feuille de route pour la paix élaborée pare les Etats-Unis, la Russie, l’Union européenne et les Nations unies. Et on ne peut vraiment pas dire qu’Israéliens et Palestiniens ont eu un comportement irréprochable ces dernières années. Sans une telle «mission de police», le processus de paix va droit dans le mur. Et le gouvernement Bush doit agir rapidement.

En 2003, l’Initiative de Genève a exposé clairement des recommandations pour un traité de paix entre Israéliens et Palestiniens mais elle a été rejetée par les acteurs de la crise. Pensez-vous que cette Initiative reste une alternative à la Feuille de route pour la paix?
J’aime que les gens s’investissent pour la paix. Mais aucun gouvernement n’acceptera un deal obtenu par des gens qui ne font pas partie des cercles officiels. C’est pourquoi la solution ne peut provenir que de négociations comme celles d’Annapolis.

Vous demandez la création d’une équipe au sein du Département d’Etat qui serait chargé de d’élaborer la position américaine sur les difficiles questions du statut de Jérusalem (n.d.l.r. : qu’Israéliens et Palestiniens revendiquent comme capitale), des frontières d’un Etat palestinien, de la sécurité d’Iisraël et celle des réfugiés palestiniens. Cela veut donc dire que Washington serait cette fois obligé de prendre clairement position sur ces dosssiers?
Oui. En 2002, George Bush s’est prononcé en faveur de la création d’un Etat palestinien. En 2004, le président américain s’est engagé envers Ariel Sharon, le Premier ministre israélien de l’époque, à garantir la sécurité de l’Etat hébreu. La Maison Blanche doit se préparer à se prononcer sur ces questions. Pour Israéliens et Palestiniens, les différends sur la question de Jérusalem, la sécurité de l’Etat hébreu et sur le droit au retour des réfugiés palestiniens, sont les plus importantes. George Bush ne doit pas se prononcer sur ces dossiers maintenant mais il devrait être en mesure de pouvoir le faire. Et il ne peut le faire que si son gouvernement fait ses devoirs à Annapolis et au lendemain de la conférence.

Vous prétendez qu’il ne pourra y avoir des progrès dans le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens que si l’agenda diplomatique de Condoleezza Rice est une priorité absolue pour George Bush. Est-ce le cas?
Je ne dirais pas que c’est une priorité absolue, mais c’est une priorité. Certains experts estiment que les efforts du gouvernement Bush au Proche-Orient sont un moyen de détourner l’attention des Américains de la situation en Irak et des tensions avec l’Iran. Je ne suis pas de cet avis. C’est une période charnière pour le processus de paix au Proche-Orient et ce qui se passera après Annapolis sera important.

Que voulez-vous dire par là?

La signification d’Annapolis pour le processus de paix au Proche-Orient, réside dans ce qui se passera au lendemain de la conférence. Il faut apporter des réponses à trois questions centrales : allons-nous obtenir des négociations sérieuses entre les deux camps? Si Israël s’engage à stopper la colonisation de la Cisjordanie et que les Palestiniens s’engagent à combattre le terrorisme, ces paroles se traduiront-elles par des actes concrets sur le terrain? les Américains sont-ils prêts à superviser le processus? Si les réponses à ces trois questions sont positives, nous pourrons faire des progrès.

Que pensez-vous de la décision de la Maison Blanche d’inviter la Syrie à la conférence d’Annapolis?
La conférence ne pourrait pas avoir lieu en l’absence de la Syrie. Je pense que les Syriens méritent au moins une nouvelle chance de reprendre des négociations avec la Maison Blanche. Mais je ne crois pas que le gouvernement Bush soit prêt à le faire.

Vous avez été ambassadeur des Etats-Unis en Israël à une époque où le le gouvernement Bush a été accusé de laisser tomber le Proche-Orient. Regrettez-vous quoi que ce soit?
Non. J’ai été diplomate pendant 29 ans. Servir mon pays en Israël fut un immense privilège. J’aurais espéré un plus d’engagement au proche-Orient de la part mon gouvernement, mais je ne regrette rien.

Jean-Cosme Delaloye

Daniel Kurtzer a été ambassadeur des Etats-Unis en Israël de 2001 à 2005. Il est aujourd’hui professeur de sciences politiques à l’Université de Princeton.

Conflit israélo-palestinien : où en sommes-nous?

Le gouvernement Busb affirme que la conférence d’Annapolis du 26 et 27 novembre 2007 sera un succès si Israéliens et Palestiniens acceptent de relancer les négociations de paix. Ce serait une première depuis 2000. La Feuille de route pour la paix élaborée par les Etats-Unis, la Russie, l’Union européenne et les Nations unies est bloquée depuis 2003 parce que les deux camps ont été incapables de faire des progrès sur deux fronts : Israël n’a pas mis fin à la colonisation de la Cisjordanie et l’Autorité palestinienne n’a pas réussi à mettre fin à la violence.

A la veille de la conférence d’Annapolis, le Premier ministre israélien Ehud Olmert et le président palestinien Mahmoud Abbas ont été incapables de se mettre d’accord sur un plan de travail. Les Palestiniens et leurs alliés arabes voulaient que les questions les plus problématiques soient abordées lors de la conférence d’Annnapolis. Les Palestiniens voulaient ainsi que le statut de Jérusalem et celui des réfugiés palestiniens, ainsi que les frontières d’un Etat palestinien et les colonies juives en Cisjordianie soient discutées. Le gouvernement israélien souihaitait un document plus vague qui servirait de base pour des négocaitions.

La seconde Intifada a débuté en 2000. Le bilan de cette vague de violence entre Israéliens et Palestiniens est de plus de 4300 Palestiniens morts et de plus de 1000 Israéliens tués. Ces dernières années, la nouveauté majeure fut le retrait unilatéral d’Israël de Gaza, terminé en septembre 2005. La démarche n’a cependant pas mis fin à la vague de violence. Aujourd’hui, les Palestiniens sont profondément divisés entre la Bande de Gaza contrôlée par le Hamas et la Cisjordiaie gouvernée par le Fatah du président Mahmoud Abbas.

J-C De


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