George Bush a-t-il inventé la menace iranienne?
New York. George Bush l’a assuré le 4 décembre 2007 à Washington : non, il n’a pas inventé la menace iranienne. Pour lui, les doutes des services secrets américains sur les ambitions nucléaires militaires de Téhéran ne changent rien. « Je suis convaincu que l’Iran est un danger, a déclaré le président américain lors d’une conférence de presse à Washington. Je pense que le rapport de nos services de renseignement dit clairement que l’Iran est une menace sérieuse pour la paix. Mon opinion n’a pas changé ». Dans un rapport publié la veille, les 16 agences du renseignement américain concluent pourtant que Téhéran a gelé son programme militaire nucléaire en 2003 et ne serait pas capable de produire et retraiter suffisamment de plutonium pour fabriquer une bombe atomique avant 2015. Ces conclusions contredisent l’analyse faite par ces mêmes services secrets américains en 2005. Malgré cela, la Maison Blanche a répété ses appels à une mobilisation internationale pour empêcher Téhéran d’obtenir le « savoir-faire» du nucléaire militaire. Question de George Bush hier au monde : « Qu’est-ce qui nous dit qu’ils (les Iraniens) ne pourraient pas démarrer un autre programme secret ?» Si l’attitude du président américain face à l’Iran ne change pas, le ton lui a évolué. Il y a deux mois, il parlait encore de la perspective d’une Troisième guerre mondiale lorsqu’il évoquait le programme nucléaire iranien. Hier, il a nuancé sa mise en garde: « Si vous voulez éviter, une situation très problématique, il faut stopper l’Iran ». Pour Arthur Hulnick, un ancien agent qui a passé 28 ans à la CIA et est aujourd’hui professeur de relations internationales à la Boston University, George Bush est un président isolé qui ne possède plus le poids politique pour lancer de tels appels. Il estime également que les nouvelles conclusions des services secrets américains sur l’Iran neutralisent les faucons restant à la Maison Blanche. Le président américain a dit le 4 décembre n’avoir pris connaissance du rapport que la semaine dernière. Dana Perino, porte-parole de la Maison blanche, a pourtant reconnu le lendemain que Mike McConnell, le patron des services secrets américains avait averti George Bush en août de la suspension du programme nucléaire iranien. M. McConnell aurait prévenu le président américain qu’il faudrait encore du temps avant de vérifier la validité des informations recueillies par les services secrets. Arthur Hulnick a participé à la rédaction de tels documents au cours de sa carrière dans le renseignement. Il souligne que «les services secrets américains ne mettent en général au courant le cabinet du président de leurs conclusions que très peu de temps avant leur publication ». Il souligne que l’enquête a été commanditée par le Congrès et non par la Maison Blanche et estime que Mike McConnell, le directeur du renseignement américain, a décidé de la publier parce qu’elle contredisait le précédent rapport. “Il est certain que les services secrets veulent éviter que le fiasco irakien ne se reproduise», ajoute Arthur Hulnick. En 2002, la Maison Blanche avait vendu la guerre en Irak à son opinion publique en se basant sur un rapport similaire publié cette année-là par les agences de renseignement et dans lequel elles affirmaient que Bagdad possédait des armes de destruction massives. «Ce nouveau rapport sur l’Iran n’aurait pas pu être publié sans l’accord de la Maison Blanche, conclut Arthur Hulnick. Mais cette dernière a été accusée d’avoir politisé à outrance les conclusions de ses services secrets sur l’Irak. Une fois les membres du Congrès mis au courant de ce nouveau rapport sur l’Iran, elle ne voulait et pouvait pas prendre le risque d’empêcher sa publication». Une version différente de cet article est parue le 5 décembre 2007 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève. CommentsYou must be logged in to post a comment. |
||


