Beaucoup de jeunes Jamaïcains doivent racoler pour sortir du ghetto
Negril. Alan est fier. L’homme de 29 ans est maître-nageur dans un grand hôtel de Negril, une station balnéraire de l’ouest de la Jamaïque. Il dit gagner « décemment » sa vie mais a besoin de plus d’argent pour finir la maison qu’il construit depuis trois ans et demi à New Hope, son village. Il arrondit ses fins de mois en racolant. « Je ne fais rien d’illégal», dit-il. Il affirme ne pas vendre de marijuana ni se prostituer. Il dit travailler sur des chantiers pendant ses jours de congé et vendre des fruits et légumes. Pour lui, le racolage est l’un des moteurs du « cycle de la vie » en Jamaïque. « C’est une question d’opportunités, dit-il. Lorsque vous venez du ghetto, vous devez faire en sorte de maximiser ce que vous avez ». Selon un sondage publié en juin 2007 par le Gleaner, l’un des principaux quotidiens de l’île, 44% des 18-24 ans en Jamaïque n’arrivent pas à trouver du travail. 8% des jeunes gens sont même tellement découragés qu’ils ont abandonné leurs recherches d’emploi et risquent de tomber dans la délinquance, grand fléau du pays. « Je n’avais pas beaucoup de choses, mais j’ai fait avec, dit Alain. Pour d’autres jeunes issus des milieux défavorisés, il n’y a rien à faire. Même si vous revenez au village après avoir fait des études, vous avez de la peine à vous en sortir car le gouvernement n’a mis sur pied aucune infrastructure capable d’accueillir les jeunes formés ». Début décembre 2007, Bruce Golding, le nouveau Premier ministre jamaïcain, a demandé au jeunes de se dépasser et d’adopter une attitude positive face à l’adversité. «Trop de jeunes de satisfont de la médiocrité et se résignent, a déclaré M. Golding. Ce n’est pourtant pas une fatalité ». L’absence de repères et de structure familiales sont pour le Premier ministre les causes profondes du mal qui ronge la jeunesse jamaïcaine. «Nous avons fait perdre à nos jeunes le sens de la communauté, a déclaré M. Golding. Nous ne leur avons pas donné la possibilité de comprendre ce qu’est une famille». Certains experts jamaïcains estiment que le Service national de la Jeunesse pourrait être l’une des solutions aux problèmes des jeunes. Ce programme quasi militaire a été créé en 1973 en Jamaïque pour tenter d’encadrer les adolescents qui ont prématurément quitté l’école et n’ont pas d’emploi. 140,000 jeunes sont actuellement dans cette situation sur cette île de 2,8 millions d’habitants. La vague de violence qui a déferlé ces derniers mois sur la Jamaïque a même incité certains à se prononcer en faveur d’un Service national de la Jeunesse obligatoire afin de donner aux jeunes de la discipline et des valeurs. La question n’a cependant pas été sérieusement étudiée par le gouvernement. Pour Alan Lyons, les villages et les quartiers ont un grand rôle à jouer pour redonner des repères aux jeunes. Dans des localités comme New Hope, un village proche de Negril, beaucoup de garçons font partie d’une « bande ». Ils mangent parfois ensemble, jouent au cricket ou au football et racolent à Negril. Alan souligne le besoin quotidien de solidarité locale. « Nous avons tous les services dans notre village et pouvons nous entraider”, dit-il. « Tout ce que nous faisons ici est une forme de racolage, ajoute-t-il. Même l’agriculture ». L’homme admet que certains se prostituent ou vendent de la marijuana pour s’en sortir mais relativise : « Si vous êtes pauvre, c’est un moyen comme un autre de gagner de l’argent ». Alan espère un jour pouvoir faire venir sa fille de quatre ans d’Angleterre. Il montre le chantier d’une maison voisine à la sienne. L’une des portes de la structure en béton donne sur le vide. «Pour l’instant, cette porte ne mène nulle part, dit-il. Mais dans cinq mois, le propriétaire de la maison aura peut-être gagné assez d’argent pour pouvoir faire construire une autre pièce. Ce jour-là, la porte ne donnera plus sur le vide». Alan est formel : pour y parvenir, son voisin devra continuer à racoler. CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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