Marcia, visage de la désolation sur Liberty Street

agence de presse the.point.is.

  • La crise des hypothèques qui met les Etats-Unis à genoux depuis des semaines, vide des quartiers entiers comme celui de Liberty Street à Trenton dans le New Jersey.
  • Incapable de payer son hypothèque, Marcia (photo Andy Kropa) a failli perdre sa maison.
  • La mairie de Trenton a mis sur pied une task force pour aider les propriétaires comme Marcia.

Trenton (New Jersey). Elle hésite à donner son nom. Dans la pénombre du Conte’s Saloon, un bar sur Liberty Street (rue de la Liberté) à Trenton, Marcia (photo Andy Kropa) accepte finalement de témoigner pour «aider les gens qui sont dans mon cas ». Debout devant son jus de myrtilles samedi 19 janvier 2008, la quinquagénaire se met à raconter comment elle a failli perdre la maison qu’elle avait achetée pour 60 000 dollars il y a quinze ans.

Marcia est secrétaire depuis 20 ans au ministère des finances du New Jersey, Etat voisin New York dont Trenton est la capitale. Malgré cela, elle ne pouvait plus payer son hypothèque : «En 1989, il a fallu amputer mon mari», dit-elle. «Ses frais de santé nous ont fait prendre du retard dans le remboursement de notre maison».

Le piège s’est refermé sur elle. «Mon mari est décédé et notre courtier immobilier a proposé de nous faire un nouveau prêt pour payer les dettes que nous avions auprès de lui», poursuit-elle. En 2007, la société a décidé de doubler le montant des mensualités de Marcia. L’argent n’arrivant pas, le courtier a rapidement entamé une procédure d’expulsion. «J’étais tellement épuisée par cette bataille que j’ai failli abandonner ma maison », dit-elle.

Un coup de téléphone à la mairie de Trenton et le soutien de son fiancé Harold, l’ont sauvée la semaine dernière. Dans cette ville majoritairement afro-américaine, rongée par la pauvreté et la criminalité, Douglas Palmer, le maire démocrate a mis sur pied une task force pour aider ses administrés menacés d’expulsion. « Une ONG s’est occupée de mon cas et a réussi à refinancer mon hypothèque à un taux de 5,5% au lieu des 9,85% initiaux, poursuit Marcia. Je vais pouvoir garder ma maison ».

Marcia a eu de la chance. A l’extérieur du bar, Liberty Street offre le spectacle désolant d’une ville frappée de plein fouet par la crise des hypothèques. Les nombreux panneaux « à vendre » tentent d’attirer le regard d’improbables acheteurs vers de modestes maisons désespérément vides. Des cadenas ont été placés aux portes et des planches clouées aux fenêtres. « C’était un bon quartier à l’époque, glisse Sherry, une quinquagénaire, rencontrée devant le domicile, à vendre, de sa mère. Mais il est devenu dangereux. Et avec toutes ces maisons liquidées, c’est très difficile de vendre ».

En deux ans, le nombre de liquidations a doublé à Trenton. En 2007, le shérif de cette ville de 85 000 habitants a procédé à 600 expulsions. Assis dans le salon de sa maison coloniale, Douglas Palmer, le maire afro-américain de Trenton, soupire: « Il est difficile de quantifier l’impact économique de la crise des crédits immobiliers. Il est très important, mais c’est surtout humainement que nous payons le prix. Qu’y a-t-il de pire que de perdre sa maison ? ».

La crise des hypothèques étrangle de nombreuses villes américaines. Les municipalités de Baltimore et de Cleveland ont déposé plainte contre les banques. L’Association des maires américains, dont Douglas Palmer est le président, va aborder le problème lors de sa conférence de jeudi à Washington. « Nous devons essayer de forcer les sociétés de courtage à stopper leurs pratiques de prédateurs, assure Douglas Palmer. La Maison Blanche doit aussi s’investir beaucoup plus. Le plan de George Bush n’aide que les propriétaires qui n’ont jamais eu de retard de leurs mensualités!».

Pendant ce temps, la crise des subprimes continue à faire des victimes à Trenton. Samedi, un quotidien de la ville annonçait en Une le meurtre d’une femme, tuée par son mari avant que celui-ci ne se suicide. L’homme, un courtier en crédits immobiliers, avait fait faillite.

Trenton (New Jersey) / Jean-Cosme Delaloye

Cet article est paru le 21 janvier 2008 dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève.


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