Barack Obama, couleur d’espoir

agence de presse the.point.is.

  • A 46 ans, Barack Obama (photo Daniella Zalcman) représente l’espoir d’une nouvelle génération d’Américains qui veulent tourner la page George Bush.
  • Le 26 janvier 2008, le sénateur de l’Illinois qui rêve de devenir le premier président noir des Etats-Unis, a largement remporté la primaire de Caroline du Sud et a été massivement plébiscité par l’électorat afro-américain.
  • Portrait de la nouvelle star du parti démocrate.

New York. La question a été posée par une voix féminine sans visage. Barack Obama (photo Daniella Zalcman) est-il Noir ou Blanc? La voix qui s’échappe d’un poste de radio en ce 9 janvier, finit par trancher : le politicien né d’un père kenyan et d’une mère originaire du Kansas il y a 46 ans, devrait « techniquement » être considéré comme métis.

Dans son livre « Rêves de mon père » publié en 1995, l’homme qui tente de décrocher l’investiture démocrate pour la présidentielle américaine de novembre, se présente dans toute sa complexité métissée. Barack Obama a vu le jour à Hawaï le 4 août 1961. Il a passé une partie de son enfance en Indonésie après le divorce de ses parents et le remariage de sa mère. Il a un deuxième prénom – Hussein –pas forcément évident à porter pour quelqu’un qui se présente à la présidence d’une Amérique encore marquée par les attentats du 11 septembre 2001. Il a quitté l’Indonésie à 10 ans et a été élevé par ses grands-parents dans les classes moyennes d’Honolulu. Dans sa jeunesse, Obama raconte avoir flirté avec l’alcool, la marijuana et même la cocaïne pour fuir les questions persistantes sur son identité.

Barack Obama, dont le prénom signifie « béni » en swahili, est conscient que son parcours est intimement lié au destin de cette Amérique métissée et sait trouver les mots pour lui parler. Sur la scène de ses meetings aux quatre coins du pays, le sénateur de l’Illinois se présente l’espoir en main et captive des audiences avec un discours, dans lequel se côtoient opportunités et difficultés. «Espérer, c’est ne pas pas ignorer les obstacles, lance-t-il régulièrement sous des regards approbateurs. L’espoir n’est pas un optimisme aveugle».

Obama n’a rien inventé. Son thème de campagne a nourri plusieurs générations de politiciens dont Bill Clinton. En 1992, l’ancien président avait affirmé croire encore en «un endroit nommé espoir ». Le destin d’Obama s’est joué le 27 juillet 2004, lors de la convention démocrate à Boston. Ce soir-là, le politicien afro-américain inconnu du grand public, avait interpellé les Américains avec un discours mémorable sur « l’audace de l’espoir ».

Les Américains n’ont pas oublié Boston. Les électeurs rencontrés ces dernières semaines citent régulièrement ce discours d’Obama pour expliquer la passion qu’ils vouent à cette rock star de la politique. L’homme a des t-shirts à son effigie, des milliers de fans virtuels sur Facebook. Il a reçu la bénédiction d’Oprah Winfrey, la reine afro-américaine du petit écran, et a fait campagne avec Superman (l’acteur Brandon Routh).

Croisée dans une nuit glaciale de début janvier à Des Moines, Page Payne, 20 ans, est l’une de ces milliers de jeunes Obama-groupies qui ont faim d’espoir. Une nouvelle génération d’électeurs admire le parcours de l’homme qui rêve de devenir le premier président afro-américain de l’histoire des Etats-Unis. Après des études de sciences politiques à l’Université Columbia à New York, Obama a fait du droit à Harvard. Son brevet d’avocat en poche, il s’est spécialisé dans les cas de discrimination et de droits civiques à Chicago avant de débuter sa carrière politique en 1996. Les Américains admirent aussi le tableau familial d’Obama. Sur les routes américaines, ce dernier fait régulièrement campagne aux côtés de sa femme Michelle, une brillante avocate afro-américaine de 44 ans. Le couple a deux filles, Malia (8 ans) et Natasha (6 ans).

Assise samedi dernier dans un petit café s au cœur d’un quartier délabré de Trenton, la capitale du New Jersey, Geraldine Howard, une ronde afro-américaine de 49 ans, réfléchit quelques secondes à la question. « Pourquoi est-ce que je soutiens Obama ? », demande-t-elle. « Parce qu’il est à la fois noir et blanc. Il est à l’image de notre pays et peut nous redonner un certain équilibre ».

New York / Jean-Cosme Delaloye

Cet article est paru le 21 janvier de le quotidien Tribune de Genève.


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