En Caroline du Sud, Obama a conquis les voix de l’Amérique noire qui galère

agence de presse the.point.is.

  • Barack Obama a remporté le 26 janvier la primaire présidentielle démocrate de Caroline du Sud avec 55% des voix. Il a devancé Hillary Clinton de 28 points.
  • Le Sénateur de l’Illinois a pu s’appuyer sur les voix de 78% des électeurs afro-américains et 54% des femmes lors de cette première primaire «noire » sur la route de la Maison Blanche.
  • Dans les quartiers noirs et pauvres de Charleston, Obama a mobilisé des électrices comme Chantelle Milton (photo Daniella Zalcman), une Afro-Américaine qui peine à joindre les deux bouts avec son modeste restaurant.

Charleston (Caroline du Sud), 26 janvier 2008. Assise un jeudi soir de fin janvier dans le modeste café qu’elle a ouvert il y a un an et demi dans un quartier noir de Charleston, Chantelle Milton (photo Daniella Zalcman) ne fait pas son âge. L’Afro-Américaine au regard juvénile a 36 ans, deux filles qu’elle élève seule et une petite-fille de deux ans, Zehnyah. Elle va devoir quitter sa maison faute de pouvoir payer son hypothèque, et n’a pas d’assurance maladie.

Le rêve de Chantelle n’est pourtant pas loin, à deux kilomètres à peine au sud de la table à laquelle elle a pris place. C’est là-bas, dans le centre-ville de Charleston, qu’elle voulait ouvrir son restaurant. Mais la réalité économique l’a repoussée vers ce quartier surplombé par une bretelle d’autoroute, en face du minuscule et vétuste salon d’Oncle Léon, un barbier noir, et à côté de l’école de boxe d’Al «Hollywood» Meggett, 77 ans. « Je sais que je peux gérer un restaurant, affirme Chantelle, le regard triste. Mais c’est difficile ici, car il y a beaucoup de criminalité».

Comme 78% des électeurs afro-américains, Chantelle Milton a voté pour Obama lors de la primaire démocrate de Caroline du Sud du 26 janvier. Le Sénateur de l’Illinois qui pourrait devenir le premier président noir de l’histoire des Etats-Unis a pu compter eur une mobilisation record de la communauté noire pour distancer largement Hillary Clinton dans cet Etat du sud des Etats-Unis. Obama a recueilli 55% des suffrages contre 27% pour sa rivale et 18% pour John Edwards qui était pourtant originaire de Caroline du Sud. Le sénateur de l’Illinois a aussi remporté 54% du vote des femmes. «Obama m’inspire, explique Chantelle. Comme lui, j’ai été élevée par une mère seule. Il sait d’où je viens.».

A Charleston, deuxième ville de Caroline du Sud, un habitant sur deux est noir. La localité est considérée par le FBI comme l’une des villes les plus dangereuses des Etats-Unis et un jeune de moins de 18 ans sur trois y vit sous le seuil de pauvreté. Sur Hunters Ridge Lane, une rue bordée de petites maisons mitoyennes qui font grise mine, Chris et John, deux jeunes Noirs de 16 et17 ans, attendent en ce jeudi matin la chance sans vraiment y croire, en fumant un cigarillo. Ils ne vont plus à l’école depuis des mois. Leur ami Romeo observe du coin de l’œil la voiture de police qui patrouille le quartier.

De’vasha McPherson, 18 ans, élève seule Da’nasia. Le père de sa fille de 11 mois est en prison et l’Afro-américaine cherche un emploi depuis 3 mois, tout en rêvant à des études d’infirmière. «Les jeunes des quartiers noirs perdent de plus en plus pied, dit la jeune femme qui avoue une légère préférence pour Hillary Clinton. Nos écoles sont foutues. Il faut que ça change».

Dans sa grande église au cœur de maisons colononiales du centre de Charleston, le révérend afro-américain Joe Darby parle de l’espoir que de nombreux Noirs de la ville ont placé en Obama. « Je n’ai jamais vu un tel intérêt pour des primaires, explique le pasteur. Même lorsqu’ils lui préfèrent Hillary Clinton ou John Edwards, les Afro-américains sont fiers de voir Obama briguer la présidence des Etats-Unis. Sa victoire dans l’Iowa leur a prouvé qu’un Noir pouvait remporter un Etat blanc ».

Pour le révérend Darby, une victoire d’Obama lors de la présidentielle de novembre aurait un impact « immense » sur les Etats-Unis. « Il peut rassembler les Américains et sa candidature transcende la question raciale ». Malgré des ouvertures répétées envers la communauté blanche de Charleston, la congrégation de l’église méthodiste du pasteur Darby reste à « 99,9% noire ».

La candidature présidentielle d’Obama a facilité la vie de Marion Welch. L’ancien soldat afro-américain de 52 ans, est aujourd’hui président de la Coalition pour la participation des électeurs noirs, un mouvement qui incite et mobilise la communauté noire pour qu’elle vote. « Il y avait beaucoup d’apathie auparavant chez les Afro-Américains, explique-t-il dans le hall anonyme d’un hôtel de North Charleston. Mais la candidature d’Obama et sa bataille avec Hillary Clinton ont changé la donne et redonné aux gens de la communauté noire une certaine conscience de son poids politique».

Waring Howe, président du parti démocrate à Charleston, acquiesce. Dans son bureau à l’épaisse moquette rouge dans le centre de Charleston, l’avocat blanc soutient lui aussi Obama. « Sa candidature a créé un véritable engouement dans la communauté noire », explique-t-il. « Obama est en train de construire une large coalition et je suis convaincu qu’il peut remporter l’élection présidentielle de novembre s’il décroche l’investiture de notre parti ». Chantelle Milton a les yeux qui brillent quand elle parle de l’homme qui lui redonné espoir. « Je n’avais jamais voté pour une primaire, glisse-t-elle de sa voix douce, en tenant sa petite-fille sur ses genoux. Mais Barack Obama m’a réveillé».

Jean-Cosme Delaloye / Charleston

Une version différente de cet article est parue le 26 janvier dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève.
Sur le même sujet:
Pour voir la série de photos de Daniella Zalcman sur la primaire de Caroline du Sud, cliquer sur ce lien.
Pour lire le portrait de Barack Obama, cliquer ici.


Comments

You must be logged in to post a comment.

Name (obligatoire)

Email (obligatoire)

Site web

Speak your mind