Lenny Kravitz a toujours le rock peace and love

agence de presse the.point.is.

  • 19 ans après son premier album Let Love Rule , Lenny Kravitz (photo David Hindley) prône la révolution amoureuse avec son nouvel album It’s Time for a Love Revolution.
  • Recontre à New York avec un rocker qui proclame son dégoût de la guerre en Irak et prend congé de son père.
  • Retrouvez l’interview de Lenny Kravitz réalisée par l’agence de presse the.point.is. tous les jours de la semaine du 11 au 15 février entre 19h et 20h (heure suisse; entre 13h et 14h à New York) sur la radio Couleur 3.

New York. Pour pénétrer dans l’antre du rock’n roll, il faut trouver la porte anonyme au discret interphone dans une rue passante du West Village à New York. Il faut ensuite descendre une série de marches jusqu’au sous-sol et traverser un long couloir longeant une salle de mixage. C’est là, dans les entrailles de l’Electric Lady Studios, le mythique studio d’enregistrment ouvert par Jimi Hendrix peu avant sa mort en 1970, qu’attend Lenny Kravitz (photo David Hindley).

A l’intérieur de la pièce feutrée, le musicien new-yorkais de 43 ans est assis à côté d’une guitare. L’homme qui prône une révolution amoureuse sur son huitième album It’s time for Love Revolution, a le t-shirt rebelle. Les déchirures savamment placées sur le bout de tissu appuient un discours dans lequel s’entremêlent romantisme, nostalgie, rock’n’roll et revendications d’une liberté artistique gagnée à coups de disques d’or, en 19 ans de carrière.

Comme à chaque fois, Kravitz a lui-même produit son album et joué de tous les instruments : « Je ne suis pas le genre de mec à avoir un producteur, dit-il. Pour moi, la musique est comme la peinture. Je ne voudrais pas être un peintre et avoir quelqu’un qui me dise où mettre du jaune ou du vert. Je ne cherche pas à suivre la mode en prenant le producteur du moment, Dans dix ans, ce mec ne sera plus là et je veux que ma musique soit intemporelle».

Kravitz parle de van Gogh, Manet, Toulouse-Lautrec, dont il a admiré les toiles un jour au musée d’Orsay, à Paris. Il bifurque sur les Beatles, Al Green, Led Zepplin et Cream quand on lui pose une question sur sa conception du son. Le monde du rock contemporain l’ennuie : « J’aime pouvoir entendre les instruments. Il y a le piano, dur et fort. Et puis il y a l’orgue, la batterie, la basse. Chaque instrument a son identité. La batterie de Ringo Starr (n.d.l.r. : le batteur des Beatles) est reconnaissable entre 1000. Aujourd’hui, les albums de rock ne me touchent plus comme avant. Ils ont tous le même son et n’ont plus de caractère propre».

Parlons d’identité. Né le 26 mai 1964, Leonard Albert Kravitz tient son prénom de son oncle, tombé au front en 1951, lors de la guerre de Corée. La famille est une affaire compliquée pour ce musicien, fils d’un producteur de télévision d’origine ukrainienne et d’une actrice des Bahamas. « Papa, pourquoi m’as-tu quitté et fait pleurer ? », chante-il sur A Long and Sad Goodbye (n.d.l.r.: un long et triste au-revoir), l’un des morceaux de son nouvel album.

Kravitz a décidé de parler de son père Sy, avec il a longtemps été brouillé. Mais lorsqu’il évoque le sujet, les repères se dérobent. « Quand j’ai écrit cette chanson, mon père était toujours vivant, raconte-t-il. Il est mort en novembre 2005. Je ne me rappelle plus de la date, mais c’était entre le 1er et 5 novembre (n.d.l.r. : Sy Kravitz est décédé le 29 octobre 2005). Je ne voulais pas inclure cette chanson sur l’un de mes disques tant qu’il était vivant. Et quand je l’ai écrite, je ne savais que nous finirions par nous réconcilier une trentaine de jours avant sa mort ».

Les agissements de sa mère patrie en Irak révoltent Lenny Kravitz. Dans Back in Vietnam (De retour au Vietnam), il affiche un désir de paix sur fond de guitares électriques. « Quand l’être humain comprendra-t-il qu’il est capable de régler une dispute sans violence ? », lance-t-il, assis devant une tasse de thé. « Nous avons la possibilité d’avoir la paix mais nous n’en voulons pas. Ou du moins ceux qui nous dirigent ».

Kravitz est un récidiviste du rock engagé. A l’époque de la première Guerre du Golfe, il avait enregistré une reprise de Give Peace a Chance avec Sean Lennon. Et au moment du déclenchement de la guerre en Irak, il avait collaboré avec un chanteur irakien sur un morceau intitulé We want Peace (n.d.l.r.:Nous voulons la paix). «Par deux fois, ces chansons ont été interdites aux Etats-Unis, glisse-t-il. Je ne sais l’impact qu’elles ont eu (…), mais l’essentiel est de rester intègre». Le propos n’est pas toujours révolutionnaire, mais dans le studio de Jimi Hendrix, il sonne plutôt bien.

Jean-Cosme Delaloye / New York

It’s Time for a Love Revolution
, dist. Emi Music. Disponible dès le 1 er février en Suisse romande.
Cet article est paru le 27 janvier dans le Matin Dimanche en Suisse.


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