L’opération turque dans le nord de l’Irak met Washington sur la défensive
New York, 25 février 2008. A Ankara, on annonce. L’armée turque a déclaré lundi avoir tué 41 rebelles kurdes du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) au cinquième jour de l’opération militaire dans le nord de l’Irak. Pendant ce temps à Washington, on croise les doigts. « Nous espérons que ceci sera simplement une incursion à court terme », a dit le même jour Dana Perino, la porte-parole de la Maison Blanche. «Nous sommes en contact avec eux [les Turcs] pour faire en sorte que les cibles se limitent au PKK (n.d.l.r. : une organisation considérée comme terroriste par Washington) et (…) pour éviter les victimes civiles». Le gouvernement Bush induit qu’il y a eu partage de renseignements avec Ankara avant le lancement de l’opération. Les déclarations américaines ces derniers jours témoignent cependant de la difficulté pour Washington de se positionner dans cette crise. Vendredi, la Secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice a fait part de la «solidarité absolue» des Etats-Unis avec la Turquie contre le PKK tout en mettant en garde contre le risque de destabilisation dans la région. «C’est le Bronx ». Stephen Zunes, un professeur de sciences politiques à l’Université de San Francisco, auteur de plusieurs articles sur la question kurde, ne mâche pas ses mots. «Quand deux de vos alliés menacent de se faire la guerre, c’est problématique, dit-il. En plus, Washington arme clandestinement le Parti pour une Vie Libre au Kurdistan (PEJAK), une organisation très proche du PKK mais qui lance des attaques en Iran ». Ancien analylste au Département de la Défense, Samuel Brannen a participé l’année dernière à la rédaction d’un rapport indépendant sur la situation en Irak. Pour lui, le soutien de Washington aux rebelles kurdes du PEJAK n’est pas clair. « Ils ont des armes américaines mais ont pu se les procurer au marché noir, explique-t-il. En revanche, la politique américaine envers les Kurdes est contradictoire. Je pense que George Bush va bientôt devoir intervenir pour faire stopper les frappes aériennes, car le sentiment anti-américain est en train de croître dans le nord de l’Irak». Au Département d’Etat, Nicole Thompson, une porte-parole, affirme que les Irakiens décideront quelle forme ils souhaitent donner à leur Etat. Pas question cependant pour le gouvernement Bush de laisser l’Irak se désintégrer en trois parties, souligne Stephen Zunes. Il précise : «La Maison Blanche favorise la notion d’un Etat décentralisé avec des provinces bénéficiant d’une large autonomie ». Pour Samuel Brannen, l’une des solutions s’appelle Joseph Ralston. L’ancien général américain avait été nommé en août 2006 envoyé spécial de la Maison Blanche pour contrer le PKK. Joseph Ralson a jeté l’éponge en octobre dernier et son poste n’a pas été repourvu. « Il faudrait le convaincre de revenir, conclut Samuel Brannen. Il connaît bien la région et serait capable s’assurer la médiation américaine entre Kurdes et Turcs». Cet article est paru le 26 février dans les quotidiens 24heures et Tribune de Genève. CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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