Eclectique Moby
New York. C’est un visage reconnaissable entre mille. Crâne légèrement ovale, lisse comme un œuf, lunettes carées noires, barbe de deux jours. C’est le visage d’un homme qui a vendu des millions d’albums depuis le succès de « Go », son premier tube en 1991, et a traversé les années sans prendre une ride. Pourtant quand on croise Moby (photo Deirdre O Callaghan) dans New York, il se fond dans la masse. On pense à Jacques Dutronc. Des millions d’individus et Moby. Enfant de New York, le discret musicien savoure l’anonymat que confère la Grande Pomme à ses habitants. « Il est facile d’imaginer New York sans moi, dit-il assis sur une chaise de son salon épuré. Je vis dans une ville de 8 millions d’habitants. Si je disparaissais, personne ne s’en rendrait vraiment compte à part mes amis proches. En revanche, je ne sais pas quel genre de musique je ferais si je ne vivais pas ici». Eclectique. Moby aime l’attribut et l’utilise pour décrire son environnement new-yorkais et sa musique. «Je sors beaucoup et dans Last Night (n.d.l.r. : son nouvel album qui sort le 28 mars en Suisse), je voulais reproduire ce que l’on peut entendre quand on sort à Manhattan. Je ne me soucie pas vraiment d’avoir l’air avant-gardiste ou experimental. Je voulais juste faire un disque de dance que j’aime écouter ». Moby reçoit chez lui, dans le quartier de Nolita. Soho, Little Italy et Chinatown sont à deux pas, David Bowie habite en face. L’appartement qu’il possède depuis des années, est simple mais confortable. Sur l’un des murs du couloir, le musicien a accroché tous les disques d’or qu’il a collectionnés en deux décennies de carrière. Il y a un piano dans le salon, une mezzanine, et deux ordinateurs portables sur une table basse. Moby compose et enregistre chez lui. «Chaque fois que je travaille sur un album, j’écris entre 300 et 400 morceaux dans des genres différents, affirme-t-il. Pour Last Night certains titres étaient punk, d’autres funk, classiques ou dance. Une fois que j’ai décidé quel genre de disque je veux faire, je sélectionne ». Certains morceaux qui ne sont pas retenus sur l’album, sont mis gratuitement à disposition de cinéastes indépendants sur le site mobygratis.com, un site Internet que Moby a créé l’année dernière. On touche-là au paradoxe de Moby. En 1999, le musicien avait connu un succès planétaire avec son album Play et vendu les droits de tous les morceaux du disque pour leur utilisation commmerciale. Moby n’a pas non plus hésité à faire des sets de deejays lors de soirées sponsorisées par de grandes entreprises. Aujourd’hui, sa « rédemption » passe par la distribution de musique gratuitement sur Internet. Moby est né à Harlem 36 ans jour pour jour avant les attentats du 11 septembre 2001 à New York. Une coïncidence souvent soulignée dans une Amérique pour laquelle tant d’images sont associées à cette date. Il s’appelle Richard Melville Hall mais a très très tôt été surnommé Moby en partie à cause du roman Moby Dick, écrit par Herman Melville, son arrière-arrière-arrière grand-oncle. Moby est végétalien, chrétien évangélique, buveur de thé, activiste anti-Bush. Sur scène, il se produit notamment sous les noms de Voodoo Child, Barracuda, UHF ou encore DJ Cake. Il jongle avec les sons et les influences, passe du punk au hip hop. Quand il parle de sa carrière, le diplômé de sociologie parle de ces visages qu’il imagine. « Staline a dit un jour: « Un million de morts sont une statistique, deux morts sont une tragédie », glisse-t-il. Pour moi, un million d’albums vendus sont une statistique mais deux albums vendus sont un événement. Si je vends 1000 albums au Pakistan, Je me demande qui sont les mille personnes qui ont acheté ma musique. Où l’écoutent-elles ? Dans leur voiture ? Au lit ? A un checkpoint militaire ? Est-ce que Ben Laden a acheté l’un de mes diques ? C’est un phénomène fascinant». New York / Jean-Cosme Delaloye Moby, Last Night, distribution EMI. Sort en Suisse le 28 mars. Bio Express11 septembre 1965 : naissance de Richard Melville Hall dans le quartier de Harlem, New York. Arrière-arrière-arrière petit neveu de Herman Melville, écrivain et auteur de Moby Dick. Cet article est paru le 17 mars 2008 dans la Tribune de Genève et le 22 mars 2008 dans 24heures. CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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