Rap, espoir et grenades à la Cité de Dieu

agence de presse the.point.is.

  • Début mars 2008, le président brésilien Lula a lancé un grand programme d’assainissement de certaines des 752 favelas de Rio de Janeiro.
  • Reportage à la Cité de Dieu, un quartier en partie contrôlé par les trafiquants, où des habitants ont pris leur destin en main.
  • Pour accéder à la série de photos de Jean-Cosme Delaloye, cliquer sur la photo.

Rio de Janeiro. L’homme tient une grenade. Autour de lui, des jeunes paradent sur des motos, pistolet au poing et à la ceinture. La police patrouille sur la route principale à 200 mètres à peine, mais au bout de cette rue marchande de la Cité de Dieu à Rio de Janeiro, ce sont les trafiquants qui font la loi. L’homme a le regard embrumé et la question nerveuse. Don et Mingau (photo Jean-Cosme Delaloye), deux rappeurs et travailleurs sociaux respectés dans le bidonville, négocient avec lui et il finit par s’effacer.

Violence, drogue, musique. Il y a cinq ans, le film Cidade de Deus (Cité de Dieu) a véhiculé ces images du quartier de l’ouest de Rio de Janeiro. «La violence existe bien sûr, dit Michel Fernades alias Don, en traversant une allée entre des immeubles locatifs délabrés. Mais il n’y a pas que cela. La très grande majorité des gens de la Cité de Dieu travaille dur pour s’en sortir. Il y a ici de nombreux projets éducatifs et sociaux». Mingau, (n.d.l.r. : littéralement «Petite bouillie pour bébé »), 36 ans, donne par exemple des cours de breakdance aux jeunes de la Cité.

Malgré ces intiatives, Rio de Janeiro reste rongée par la criminalité. De janvier à septembre 2007, 1 300 personnes sont tombées sous les balles de la police de Rio de Janeiro, soit 60 % de plus que l’année précédente. Chaque jour, trois jeunes (15-24 ans) sont assassinés dans la ville carioca. Pour tenter de mettre fin à cette spirale de la violence, le président brésilien Lula a annoncé le 7 mars dernier le lancement du Programme d’Accélération de la Croissance (PAC).

Ce grand projet de réhabilitation et d’urbanisation des favelas de Rio, vise notamment à donner des titres de propriété aux habitants de certaines des 752 favelas de l’Etat de Rio. Brasilia s’engage également à investir près de 700 millions de dollars et améliorer les infrastructures des bidonvilles souvent gangrénés par la violence et menacés par une épidémie de dengue qui a déjà fait 79 victimes depuis le début de l’année.

Parallèlement, la chasse au trafiquants de drogue se poursuit. Le 3 avril, la police de Rio de Janeiro a annoncé avoir tué 10 membres de gang présumés au cours d’un raid sur une favela de l’ouest de la ville. Le mois dernier, Michelle Silva Lima, une habitante de 27 ans de la Cité de Dieu, avait été abattue par erreur par la police alors qu’elle faisait sa lessive chez elle. Dans les jours qui ont suivi la bavure, ses voisins et des habitants du quartier ont défilé pour crier leur indignation face à cette mort de trop.

Cette cohabitation de la violence et de l’espoir est palpable dans rues d’un quartier, où l’on peut voir un gamin, avec à la ceinture une arme emballée dans un sac plastique, jouer au basket. Rencontre avec deux jeunes : Marcos Vinicius, 14 ans, fils d’un mécanicien, et Victor Hugo, 13 ans, fils d’un caméraman. Les deux adolescents disent aimer leur quartier mais rêvent d’en sortir un jour, le premier pour devenir footballeur professionnel et le second professeur de mathématiques.

Don et Mingau assurent pour leur part ne pas vouloir quitter la Cité de Dieu même si le rap leur permet de percer un jour. « C’est ici que je peux avoir un impact sur les jeunes”, déclare Don en descendant une rue surplombée par un mur qui proclame « Jésus est la vérité ». “Ma culture est dans la Cité de Dieu ».

Jean-Cosme Delaloye / Rio de Janeiro

Une version similaire de cet article est parue le 12 avril 2008 dans la Tribune de Genève.

Prochain article de cette série bérislienne à paraître prochainement sur tpinews.com: “Journaliste des favelas”.


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