Abraham Foxman, l’homme qui fustige la Suisse pour ses liens avec l’Iran
New York. Abraham Foxman arrive dans son spacieux bureau de Manhattan en bras de chemise. A la vue du photographe, le président de l’Anti-Defamation League (ADL), l’organisation juive américaine qui a lancé début avril 2008 une campagne de publicité accusant la Confédération de financer le terrorisme en traitant avec l’Iran, va chercher son veston et sa cravate. «Je ne veux pas que les Suisses aient l’impression que je suis un gangster !», lance-t-il en souriant. Le ton est donné. Abraham Foxman a un sens inné de la communication. Il justifie les critiques de l’ADL face à l’accord gazier conclu par la société helvétique EGL avec la compagnie iranienne NIGEC, en trois mots : «Question de timing ». L’homme décoré de la légion d’honneur par Jacques Chirac en 2006, s’explique : « Je suis conscient que d’autres pays traitent avec l’Iran. Mais la Suisse a décidé de le faire après deux résolutions onusiennes en 2006 et 2007, sanctionnant Téhéran pour ses activités d’enrichissement d’uranium ». A la tête de l’ADL depuis 1987, Abraham Foxman a fait de la défense de l’Etat d’Israël et de la lutte contre l’anti-sémitisme son combat quotidien. «Israël doit conjuguer avec des pays qui tentent de lui retirer son certificat de naissance délivré par les Nations Unies en 1948». Les racines de son combat contre l’anti-sémitisme remontent à sa naissance en 1940 en Pologne. Enfant juif, il a survécu à l’Holocauste grâce à sa nourrice catholique qui l’a baptisé et s’est occupé de lui pendant 4 ans. A l’issue de la guerre, il n’a pu être récupéré par ses parents qu’au terme d’une bataille légale avec la femme qui l’avait sauvé : «Sans le catholicisme, je ne serai pas ici, explique-t-il. Cette religion ne fait pas partie de ma spiritualité, mais de mon identité ». Ses liens avec certains néo-conservateurs et mouvements fondamentalistes chrétiens aux Etats-Unis, ne font pas pas l’uninanimité auprès de la communauté juive. Abraham Foxman s’en défend : « Je n’ai pas le luxe d’avoir des idéologies politiques et Israël ne peut pour sa part pas se permettre de refuser des amitiés». Le mois dernier, Energia News, une publication israélienne spécialisées dans les questions énergétiques a affirmé qu’Israël achète du pétrole iranien via Rotterdam notamment. « Israël a besoin d’énergie, justifie Abraham Foxman. La source du pétrole iranien n’est pas identifiable à l’achat. Même des compagnies américaines sont actives en Iran. Mais alors que la Suisse se veut exemplaire, sa ministre des Affaires étrangères se rend à Téhéran pour signer un énorme accord commercial qui légitimise un régime finançant le terrorisme et prônant la destruction d’Israël».» Abraham Foxman balaie la réponse de Doris Leuthard (lire ci-dessous), selon laquelle l’accord gazier ne contrevient pas aux résolutions de l’ONU. « Peut-être est-ce le cas, mais c’est triste de voir la Suisse se cacher derrière la légalité, dit-il. Lors de la Seconde Guerre mondiale, elle n’a peut-être pas techniquement rompu sa neutralité, mais elle a enfreint les règles de la morale. C’est une situation similaire aujourd’hui ». L’affable président de l’ADL affirme comprendre que la Fédération suisse des communautés israélites se soit distanciée de son action. Il se met à en lire un email d’un Zurichois membre d’une association contre le racisme dont il tait le nom. L’auteur du courriel remercie l’ADL pour sa campagne mais dit qu’elle a rendu son travail plus difficile. « Quand je lis ce témoignage, je me dis que nous avons pris la bonne décision, lâche Abraham Foxman d’un ton grave. Mais cet homme en paie aujourd’hui le prix. C’est très triste ». Doris Leuthard surprise par l’ampleur de la polémique iranienneEn visite officielle ce week-end à Washington pour assister à la réunion de la Banque mondiale et du FMI, la conseillère fédérale Doris Leuthard a dit que le Conseil fédéral avait surpris par l’ampleur des reactions américaines à l’accord gazier de 30 milliards de francs conclu par la firme EGL avec une société iranienne. Accompagnée du ministre des finances Hans-Rudolf Merz, Doris Leuthard a affirmé n’avoir pas mené d’entretiens bilatéraux avec des représentants du gouvernment Bush pour expliquer la politique commerciale helvétique en Iran. Le mois dernier, la Maison Blanche avait demandé à voir le contrat signé par EGL avec Téhéran. Doris Leuthard a ajouté que le président du Congrès juif mondial Ronald Lauder se rendrait en Suisse le 30 avril prochain. Comme Abraham Foxman et l’Anti-Defamation League, Ronald Lauder avait lui aussi critiqué avec virulence la visite de Micheline Calmy-Rey en Iran le mois dernier. Il avait notamment accusé la Conseillère fédérale d’avoir «vendu la crédibilité internationale de son gouvernement » pour du gaz naturel. “Nous n’avons pas compris l’ampleur des réactions en provenance des Etats-Unis, a concedé Doris Leuthard, Il s’agit d’un contrat entre une société privée Suisse avec une firme privée iranienne. Et le domaine énergétique n’est pas inclus dans les sanctions de l’ONU”. “Bien sûr qu’il y a des violations de droits de l’homme en Iran, a-t-elle conclu. La Suisse a toujours mis en avant le dialogue et c’est comme cela qu’elle a pu obtenir des resultats”. Washington / J-C De CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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