Barack Obama, un espoir dans les ghettos noirs de Philadelphie

agence de presse the.point.is.

  • Pendant toute la semaine, tpinews.com va sillonner la Pennsylvanie, un Etat que Barack Obama et John McCain se disputent âprement et qui sera décisif lors du scrutin présidentiel du 4 novembre.
  • Aujourd’hui: le vote noir et la question raciale à Philadelphie, capitale de Pennsylvanie.
  • Dans les grands quartiers noirs de cette ville de 1,5 millions d’habitants, rongés par la pauvreté et la violence, le sénateur de l’Illinois est l’incarnation d’un avenir “peut-être” meilleur.

Philadelphie. Les traces de sang sont encore visibles sur le trottoir. Des peluches, des bougies, des fleurs et des dizaines de cartes ont étaient déposées à l’endroit où Kendall Scott, un Afro-Américain de 24 ans, a été abattu le 16 octobre. Dans ce quartier noir et pauvre de l’ouest de Philadelphie, la violence a de nouveau frappé. Un jeune homme afro-américain accompagné de deux petits garçons, se recueille devant le mémorial de fortune. Il montre sa main droite dans une attelle. “On m’a tiré dessus en septembre, mais j’ai pu me protéger avec ma main”, lance-t-il en colère. “On ne sait jamais qui va vous tuer. C’est pour cela que je suis venu ici avec eux”, ajoute-t-il en montrant les deux garçons.

En 2007, Philadelphie a connu en moyenne un meutre et quatre fusillades par jour. Ici, près d’un habitant sur deux est noir. A l’image du reste du pays, un Afro-Américain sur quatre résidant à Philadelphie vit au dessous du seuil de pauvreté. Une proportion qui est restée stable pendant les deux mandats de George Bush mais qui est surtout la plus importante toutes races confondues outre-Atlantique.

Pour battre le républicain John McCain et remporter la Pennsylvanie le 4 novembre, Barack Obama mise sur un excellent résultat à Philadelphie, un ville plus progressiste et nettement plus «noire » que le reste de l’Etat. Une ville dans laquelle il avait devancé de 30 points sa rivale Hillary Clinton, lors des primaires démocrates. Le 18 mars dernier, il y a prononcé un discours très remarqué sur la question raciale qui a donné le ton d’une campagne, au cours de laquelle le sénateur de l’Illinois s’est efforcé de faire le faire le lien entre les Blancs, les Noirs, les Hispaniques (voir ci-dessous).

La crise économique ces dernières semaines a permis à Barack Obama de transcender la question de sa couleur de peau auprès de nombreux électeurs des petites villes conservatrices et blanches. Robert Santore, un habitant de Shamokin, une localité minière sur le déclin dans le centre de la Pennsylvanie, est l’un d’entre eux. Il avoue qu’un Noir n’était pas forcément son « premier choix ». Mais l’ancien contremaître estime les Etats-Unis ont besoin d’un changement de direction après George Bush et que Barack Obama est le mieux placé pour y parvenir.

Le “vote noir” pourrait néanmoins faire pencher la balance du côté démocrate dans plusieurs Etats clés dont la Pennsylvanie, mais aussi la Floride ou la Caroline du Nord. Selon un sondage du Joint Center for Political and Economic Studies, 84% des électeurs afro-américains soutiennent Barack Obama contre 6% pour John McCain.

Franchie Lloyd (photo Daniella Zalcman), un Afro-Américain de 22 ans originaire de Philadelphie, a déjà voté par correspondance pour Barack Obama. “Il y a quelques semaines, il est venu dans le quartier”, dit-il. “Il y avait beaucoup d’enfants pour l’écouter parler. Il faut quelqu’un qui nous aide à nettoyer les rues de mon quartier des armes et à inciter les enfants à rester à l’école”. Gabe Scott (ndlr, aucun lien de parenté avec Kendall Scott), 21 ans, a fait 5 mois de prison pour un vol de voiture. “J’ai payé le prix de ma bêtise”, glisse le manutentionnaire dans un supermarché. Il estime que Barack Obama est un exemple pour une génération de jeunes Noirs qui, comme lui, n’ont pas connu leur père.

Devant un immeuble modeste à une centaine de mètres de l’endroit où est décédé Kendall Scott, Carlton Stith, un quinquagénaire, fustige la violence de son quartier en buvant une bière. “Barack Obama parle au moins de nous”, dit-il. “Mais s’il devient président, je suis sûr qu’ils changeront son adresse de la Maison Blanche à celle du cimetière le plus proche”.

Cette peur de voir le candidat démocrate être assassiné ou perdre la présidentielle à cause de sa couleur de peau, est récurrente chez les Afro-Américains issus de milieux modestes. “Vont-ils vraiment laisser un Noir s’installer à la Maison Blanche?”, se demande Gabe Scott. Dans les classes moyennes noires, on se méfie aussi de l’impact de la question raciale le 4 novembre. “Certaines personnes voteront peut-être contre Barack Obama à cause de leurs préjugés”, aadmet Martin Taylor, un travailleur social, résidant dans l’ouest de la Pennsylvanie. “Mais si Obama est élu et qu’il fait du bon travail, il aura prouvé que l’on peut être issu d’une minorité et changer la Maison Blanche”.

Philadelphie / Jean-Cosme Delaloye


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