Jeff DePrimo, héros d’une Amérique qui paie chaque jour le prix de ses guerres

agence de presse the.point.is

  • the.point.is. sillonne la Pennsylvanie, un Etat que Barack Obama et John McCain se dispiutent âprement et qui sera décisif lors du scrutin présidentiel du 4 novembre.
  • Chaque jour, nous abordons l’un des grands thèmes de cette élection. Aujourd’hui: le prix de la guerre.
  • JLes guerres en Irak et en Afghanistan ont fait près de 5000 victimes américaines et continuent à diviser les électeurs. Alors que Barack Obama demande un retrait d’Irak dans les 16 mois, John McCain ne veut pas d’une date fixe.


Pittston (Pennsylvanie).
Le soldat qui défile en treillis avec ses compagnons de promotion, s’est retourné. Il rit devant l’église blanche de Pittston, une petite ville dans le nord-est de la Pennsylvanie. “C’est ma photo préférée de mon neveu”, dit Ron Gitkos (photo Daniella Zalcman). “Là, il est en train de regarder sa mère qui s’était exclamée “c’est mon bébé” en le voyant”. C’était le 28 mai 2007. Ce jour-là, Jeff DePrimo ne le savait pas: il lui restait moins d’un an à vivre.

Ron Gitkos, un mécanicien, voit chaque jour l’église blanche située face à son garage, mais n’a plus que les souvenirs de son neveu, un officier dans la Garde nationale, de Pennsylvanie, qui avait été déployé en mars dernier en Afghanistan. Un passage au front immortalisé par une photo que Ron Gitkos a mise sur son comptoir. Le cliché pris le 23 mars 2008 par un photographe de l’agence AP montre Jeff DePrimo, 35 ans, l’arme au poing et le regard fier.

Deux mois plus tard, le 20 mai, le véhicule dans lequel le fils de Joseph DePrimo et Helen Gitkos DePrimo avait pris place, a heurté une mine. “Mon neveu Jeff a décidé de rejoindre l’armée au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, raconte Ron Gitkos. Il voulait faire tout ce qu’il pouvait pour servir son pays et est mort pour ses principes”.

L’histoire de Jeff DePrimo est une histoire américaine. Aux quatre coins des Etats-Unis, des familles paient le prix des guerres en Irak et en Afghanistan. L’officier de Pittston avait étudié la musique, jouait dans un groupe de guitare classique et travaillait dans la concession automobile de son oncle paternel, à l’entrée de la ville. Il venait d’une famille à la tradition militaire bien ancrée. Son grand-père a participé au Débarquement en Normandie lors de la Seconde guerre mondiale. Son oncle Ron a fait le Vietnam . “Je soutiens la guerre en Irak car nous avons libéré un peuple d’un tyran, affirme ce dernier. Nous combattons les terroristes là-bas pour ne pas avoir à le faire chez nous”.

Dans des Etats-Unis ébranlés par la crise économique, les guerres en Irak et en Afghanistan sont moins discutées depuis plusieurs semaines par les deux candidats à la Maison Blanche. Mais ces conflits qui ont fait près de 5000 victimes, font partie des préoccupations majeures des Américains à la veille du scrutin présidentiel du 4 novembre.

La guerre en Irak est très impopulaire à l’image d’un George Bush qui ne recueille que 25% d’avis positifs dans les sondages. Le sénateur de l’Arizona continue cependant à la mentionner lors de ses meetings de campagne. Cindy McCain a récemment fait le tour de la Pennsylvanie en demandant aux électeurs de donner à son mari la chance de faire rentrer les troupes américaines d’Irak avec “honneur et dans la victoire”. Un argument qui convainc Denisse Cruz, une femme femme qui a servi dans la marine de 1994 à 1998. “Nos soldats doivent pouvoir être accueillis en héros quand ils auront remporté la victoire, glisse l’employée d’une entreprise de services financiers. Leur service ne peut pas avoir été vain”.

Une majorité d’électeurs rencontrés en Pennsylvanie comme Chris Shaw, un courtier en assurances à Wilkes-Barre, demande la fin de la guerre en Irak et soutient Barack Obama en raison de son opposition à cette guerre. “C’est le conflit le plus mal préparé de l’histoire des Etats-Unis”, lance-t-il. Sur l’Afghanistan en revanche, tout le monde, à commencer par Barack Obama et John McCain, semble en revanche convaincu qu’il faut plus de troupes.

Ruth Gonzales a servi dans l’année au moment de la guerre du Vietnam. Elle s’occupe depuis 20 ans des vétérans et espère que le prochain président ne réduira pas les ressources qui leur sont allouées. “Les vétérans aujourd’hui sont beaucoup plus jeunes et souffrent de stress provoqué par les combats”, explique-t-elle. “Pour la première fois depuis le Vietnam, des femmes meurent au combat. Et quand vous avez un enfant du pays comme Jeff DePrimo qui est tué, toute une ville est en deuil”.
Pittston / Jean-Cosme Delaloye


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