Moi, Michelle, 37 ans et mère porteuse
New York. Une femme, un homme et deux landeaux. Michelle Thomas, un petit bout de femme de 1m54 aux cheveux court et au rire franc, et Michael D., un acteur au teint hâlé, projettent à permière vue l’image de parents traditionnels. L’histoire que le couple s’apprête à partager avec la quarantaine de personnes présente en ce mercredi soir de fin juin dans une salle du centre pour gays et lesbiennes de New York, n’a pourtant rien de classique. Michael D. est homosexuel. Il a dépensé au total 100 000 dollars (103 000 francs suisses) pour avoir Dimitri et Ioanna, les jumeaux mis au monde il y a trois mois par Michelle Thomas. La femme de 37 ans est avocate commise d’office dans le Dakota du Sud. Divorcée, elle élève seule Jacob, son fils de 6 ans et demi. “Je voulais de nouveau être enceinte mais ne souhatais plus élever un autre enfant dans ma situation, explique-t-elle. J’ai donc décidé de devenir mère porteuse”. Michelle Thomas ne souhaite pas dévoiler combien sa maternité pour Michael D. lui a rapporté, mais affirme que le prix était conforme à ceux “du marché”. A l’heure actuelle, une mère porteuse gagne entre 25 000 et 30 000 dollars pour une première grossesse aux Etats-Unis. L’avocate l’avoue: cette rémunération a rendu la démarche intéressante. “Mais par rapport à ce que j’ai dû endurer, ce n’est pas énorme, explique-t-elle. J’ai dû me faire des injections quotidiennes dans le ventre pendant six mois avant de tomber enceinte. J’ai perdu le premier bébé et ai finalement accouché par césarienne”. Quand il raconte la fausse couche, Michael D. se met à pleurer. “C’était horrible, mais je me dis qu’il y a une raison à tout ce qui arrive” lâche-t-il. A ses côtés, la jeune femme parle de son sentiment de culpabilité: “Contractuellement, Michael avait le droit à deux autres tentatives et j’avais peur que le problème se reproduise, glisse-t-elle. J’ai même appelé une voyante”. “Pour ma part, j’étais confiant car nous avions la Mercedes des embryons”, ajoute Michael D. L’acteur explique avoir cherché des ovules sur internet: “Je voulais ceux d’une femme diplômée d’une grande école. Je les ai payés 20 000 dollars, soit le double du prix de marché”. Ces ovules ont ensuite été fécondés in vitro par le sperme de Michael D. et Michelle Thomas a reçu les embryons âgés de 5 jours. Le couple s’était rencontré par le biais de Circle Surrogacy, une agence basée à Boston. “Nous passons beaucoup de temps à étudier les profils des mères porteuses et ceux de nos clients”, assure Ron Poole-Dayan, responsable du marketing chez Circle Surrogacy. Michael D. le reconnaît: toutes les expériences ne sont pas aussi heureuses que la sienne: “J’espère que vous aurez de la chance de tomber sur une femme aussi intelligente que Michelle”, lance-t-il à la vingtaine de couples gays qui assistent à la réunion. En fin d’année dernière, une mère porteuse de Floride a par exemple remporté sa bataille légale contre un couple hétéroseuxel qui l’avait engagée et utilisé ses ovules. Et c’est finalement elle qui a obtenu la garde du bébé. Trois mois après la naissance de Dimitri et Ioanna, Michael D. et Michelle Thomas continuent à s’appeler régulièrement. “Nous ne sommes pas une famille, mais sommes liés, explique le père des jumaux. C’est important car je pourrai dire un jour à mes enfants d’où ils viennent”. De son côté, la mère porteuse pense sérieusement à “louer son ventre” une nouvelle fois. New York / Jean-Cosme Delaloye CommentsYou must be logged in to post a comment. |
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