New York. Une femme, un homme et deux landeaux. Michelle Thomas, un petit bout de femme de 1m54 aux cheveux court et au rire franc, et Michael D., un acteur au teint hâlé, projettent à permière vue l’image de parents traditionnels. L’histoire que le couple s’apprête à partager avec la quarantaine de personnes présente en ce mercredi soir de fin juin dans une salle du centre pour gays et lesbiennes de New York, n’a pourtant rien de classique. Michael D. est homosexuel. Il a dépensé au total 100 000 dollars (103 000 francs suisses) pour avoir Dimitri et Ioanna, les jumeaux mis au monde il y a trois mois par Michelle Thomas.

Rio de Janeiro. L’homme tient une grenade. Autour de lui, des jeunes paradent sur des motos, pistolet au poing et à la ceinture. La police patrouille sur la route principale à 200 mètres à peine, mais au bout de cette rue marchande de la Cité de Dieu à Rio de Janeiro, ce sont les trafiquants qui font la loi. L’homme a le regard embrumé et la question nerveuse. Don et Mingau, deux rappeurs et travailleurs sociaux respectés dans le bidonville, négocient avec lui et il finit par s’effacer.

Beyrouth. Le regard perdu sur une Méditerranée écrasée de soleil, Charles Abdallah s’accorde une petite pause cigarillos sur le balcon du bureau qu’il occupe depuis bientôt deux ans comme économiste du développement de la Commission européenne à Beyrouth. Soudain, une explosion retentit. Suffisamment puissante et proche pour faire sursauter le petit cendrier posé sur la rambarde. A 47 ans, le libano-suisse sait qu’il est inutile de tenter d’appeler son épouse Nelly pour la rassurer. Après chaque attentat, toutes les communications sont coupées pour une heure au moins. Ce jour-là, quelqu’un a voulu gâcher la fête d’adieu de l’ambassadeur américain Jeffrey Feltman. Avec succès. Carnage

Dallas, Texas, 3 mars 2008. Lorsqu’il s’est réveillé d’un long cauchemar de 27 ans, le monde avait changé. Charles Chatman n’avait jamais vu de téléphone portable ni entendu parler d’Internet. Il ne savait plus se servir d’un couteau pour manger. Dans sa cellule, l’Afro-Américain condamné au Texas à 99 ans de prison pour le viol d’une Blanche qu’il n’avait pas commis, avait assisté à un interminable et désespérant défilé de plus de 9800 jours. Il n’était plus Charles Chatman mais une combinaison de six chiffres – 324559 –, son numéro de détenu.

Negril. Alan est fier. L’homme de 29 ans est maître-nageur dans un grand hôtel de Negril, une station balnéraire de l’ouest de la Jamaïque. Il dit gagner « décemment » sa vie mais a besoin de plus d’argent pour finir la maison qu’il construit depuis trois ans et demi à New Hope, son village. Il arrondit ses fins de mois en racolant. « Je ne fais rien d’illégal», dit-il. Il affirme ne pas vendre de marijuana ni se prostituer. Il dit travailler sur des chantiers pendant ses jours de congé et vendre des fruits et légumes. Pour lui, le racolage est l’un des moteurs du « cycle de la vie » en Jamaïque. « C’est une question d’opportunités, dit-il. Lorsque vous venez du ghetto, vous devez faire en sorte de maximiser ce que vous avez ».

Kingston. Janice a été battue parce qu’elle est lesbienne. Assise dans une pièce sans fenêtre d’une maison anyonyme sur les hauteurs de Kingston, la Jamaïcaine de 31 ans montre une cicatrice au-dessus de son œil et affirme ne jamais sortir sans son couteau. Elle l’a déjà utilisé «quelques fois » pour se défendre, dit-elle. Quand elle parle de son quotidien, son regard fâché crie sa douleur. La jeune femme a dû quitter le domicile parental quand elle était adolescente à cause de sa sexualité. « J’avais 14 ans, raconte Janice. Mes sœurs avaient des copains mais moi, je n’en voulais pas. J’ai dit un jour à ma mère que je ‘aurai pas d’enfants car j’étais différente. Elle ne l’a pas accepté ».

Kingston/ New York. Mais que se passe-t-il en Jamaïque? Une vague de violence sans précédent déferle sur l’île des Caraïbes. Mercredi, un policier a été abattu à Montego Bay, la grande ville de l’ouest du pays. C’est le quatrième meurtre d’un représentant des forces de l’ordre en une semaine. Selon des statistiques publiées par le Jamaica Gleaner, l’un des deux grands quotidiens jamaïcains, 51 personnes ont été assassinées depuis début décembre. Au total, 1446 personnes sont décédées de mort violente en Jamaïque depuis le début de l’année. L’île des Caraïbes est depuis des années l’un des pays les plus violents au monde avec près de cinq meurtres par jour. Désemparé face à cette violence omniprésente, le gouvernement a déployé l’armée dans les zones sensibles du pays comme Trench Town, le plus célèbre bidonville de l’île.

New York. Jonathan soulève son t-shirt. « Est-ce que vous voyez mon caleçon ? », demande le jeune Afro-Américain qui traverse en ce mardi après-midi de fin octobre les Red Hook Houses, l’une des grandes cités HLM de New York. Jonathan a 20 ans. Il arbore le look du rappeur : filet sur la tête, pantalons baggy portés très bas sur les hanches, t-shirt ample, chaussures montantes Timberland mais son caleçon est caché par une chemisette. Jonathan défend son apparence contre les critiques qui viennent de l’intérieur même de la communauté afro-américaine aux Etats-Unis : « Je ne vois pas pourquoi certains voudraient interdire le port des pantalons baggy, dit-il. C’est mon style et ma culture. En plus, c’est confortable ».

San Diego. Les habits sont entassés dans des grandes boîtes de plastique à l’arrière d’un pick-up. Erasmo Blanco, le propriétaire du véficule, passe le temps en grattant un air sur une guitare miniature appartenant à l’un de ses fils. Le résident de Julian, une localité dans l’arrière-pays de San Diego, a dû précipitament quitter mardi soir sa maison avec sa famille. Erasmo et les siens font partie des quelque 500 000 personnes qui ont dû fuir face aux flammes qui ravagent le sud de la Californie depuis près d’une semaine.

Le Caire. « C’est très difficile pour nous en ce moment, la rentrée scolaire et ramadan sont tombés au même moment cette année et les dépenses ont doublées.» Mère de trois enfants, Om Walid* et son mari Hassan* gèrent depuis dix ans un petit espace de terre battue qui sert de parking aux habitants d’une rue de Downtown, à deux pas du fameux Musée égyptien au Caire. Des trousseaux de clés plein les mains, l’œil aux aguets pour repérer l’automobiliste en quête d’une place ou tout simplement d’une aide pour manœuvrer, elle explique que durant ramadan « il faut acheter de la viande et des douceurs tous les jours, c’est la tradition ». Ajoutez à cela les dépenses scolaires sur fond de paupérisation galopante et c’est un sérieux trou dans le budget qui s’est creusé. Le mois de fête a ainsi tourné au cauchemar financier.