Rio de Janeiro. L’homme tient une grenade. Autour de lui, des jeunes paradent sur des motos, pistolet au poing et à la ceinture. La police patrouille sur la route principale à 200 mètres à peine, mais au bout de cette rue marchande de la Cité de Dieu à Rio de Janeiro, ce sont les trafiquants qui font la loi. L’homme a le regard embrumé et la question nerveuse. Don et Mingau, deux rappeurs et travailleurs sociaux respectés dans le bidonville, négocient avec lui et il finit par s’effacer.

Kingston. Janice a été battue parce qu’elle est lesbienne. Assise dans une pièce sans fenêtre d’une maison anyonyme sur les hauteurs de Kingston, la Jamaïcaine de 31 ans montre une cicatrice au-dessus de son œil et affirme ne jamais sortir sans son couteau. Elle l’a déjà utilisé «quelques fois » pour se défendre, dit-elle. Quand elle parle de son quotidien, son regard fâché crie sa douleur. La jeune femme a dû quitter le domicile parental quand elle était adolescente à cause de sa sexualité. « J’avais 14 ans, raconte Janice. Mes sœurs avaient des copains mais moi, je n’en voulais pas. J’ai dit un jour à ma mère que je ‘aurai pas d’enfants car j’étais différente. Elle ne l’a pas accepté ».

Kingston/ New York. Mais que se passe-t-il en Jamaïque? Une vague de violence sans précédent déferle sur l’île des Caraïbes. Mercredi, un policier a été abattu à Montego Bay, la grande ville de l’ouest du pays. C’est le quatrième meurtre d’un représentant des forces de l’ordre en une semaine. Selon des statistiques publiées par le Jamaica Gleaner, l’un des deux grands quotidiens jamaïcains, 51 personnes ont été assassinées depuis début décembre. Au total, 1446 personnes sont décédées de mort violente en Jamaïque depuis le début de l’année. L’île des Caraïbes est depuis des années l’un des pays les plus violents au monde avec près de cinq meurtres par jour. Désemparé face à cette violence omniprésente, le gouvernement a déployé l’armée dans les zones sensibles du pays comme Trench Town, le plus célèbre bidonville de l’île.

De retour de Kingston. L’étât de grâce de « Sista P » (Sœur P) n’aura duré que 17 mois. Le 3 septembre, le Parti national du Peuple (PNP) de Portia Simpson Miller, la première femme à avoir gouverné la Jamaïque, a été battue par le Parti travailliste. Nommée Premier ministre le 30 mars 2006, Portia Simpson Miller, 62 ans, va devoir d’ici la fin de la semaine céder sa place à Bruce Golding. Après 18 ans dans l’opposition, les travaillistes ont finalement remporté 32 sièges au parlement contre 28 pour le PNPà l’issue d’un scrutin historique et très serré.

Kingston. Dans le taxi qui traverse les rues défoncées de Kingston en direction de Trench Town, le ghetto où a grandi Bob Marley, Dig glisse soudainement qu’il voudrait être payé. «Il ne faut jamais montrer de l’argent à Trench Town», justifie le chauffeur en regardant la route d’un œil. Malgré une récente baisse de la criminalité, le bidonville contrôlé par les gangs, est considéré comme l’un plus dangereux de Jamaïque.

Kingston. On croirait que la guerre est passée par là. Des poteaux électriques sont brisés en deux et des tas de débris jonchent les rues de Trenchtown, le ghetto de Kingston où a grandi Bob Marley. L’ouragan Dean et ses vents à 230 km/h ont violemment frappé les bâtiments délabrés du bidonville la semaine dernière. «C’est le ghetto man, dit Clifford Bent, un rasta man du quartier en montrant des murs en ruines. Nous ne pouvons pas attendre du gouvernement qu’il nous aide. Il faut que nous le fassions nous-mêmes».

Negril (Jamaïque). Les prières de Sonia Whyte ont été entendues. L’habitante de Sheffield, un village dans les collines de l’ouest de la Jamaïque, dit s’être recueillie dimanche et avoir imploré le ciel pour que le cyclone Dean épargne son pays. « Nous avons eu beaucoup de chance », lance-t-elle. Après avoir changé de trajectoire, l’ouragan a finalement longé la côte sud de l’île dimanche soir.

Montego Bay. Le combat s’annonce inégal. Samedi, les Jamaïcains qui le peuvent protégé leurs maisons avec des planches de bois en prévision de l’arrivée de l’ouragan Dean sur leur île dans la journée de dimanche. Les autres comme Nelson, un habitant d’Orange Bay au nord-ouest de la Jamaïque, s’en remettent à leur bonne fortune. « On ne peut rien faire de toute façon, explique le quadragénaire. Il n’y a qu’à attendre et à espérer».

Caracas, 6 décembre 2006. Du trou qui lui sert de fenêtre, Benito Anzola voit quasiment tout Caracas. Un tableau étrange où se mêlent, au premier plan, la misère des bidonvilles et, en arrière-fond, l’opulence du centre. Cet ancien champion de boxe amateur de 46 ans vit avec sa femme et trois de ses sept enfants à Petare, gigantesque et violent barrio qui surplombe la capitale vénézuélienne. Chaque soir, sur le coup de 23 h, il descend de la colline par le raide et sombre sentier qui se faufile entre les habitations de fortune pour aller travailler comme veilleur de nuit dans l’un des quartiers aisés de Caracas.

Port-au-Prince, Haïti. Il y a ces regards durs. Ces regards soulignés par des chaînes en argent, des lunettes de soleil, des chemises propres bien repassées ou des tatouages. A Bel Air, bidonville au centre de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, ces regards contrôlent le quartier. Et il y a ces coups d’œil furtifs jetés de derrière des portes entrouvertes, des fenêtres, qui se baissent quand ils croisent les durs. C’est la loi tacite dans ce fief d’Aristide contrôlé par les «chimères», supporters armés de l’ancien président.